LIVRE IV, CHAPITRE XVI
terrés que nous avons faite® , enfin le nombre et ta crédibilité des témoignages, conviennent plus ou moins avec elle , ou lui sont plus ou moins ! contraires. J’avoue qu’il y a une autre chose, qui , bien qu’elle ne soit pas par elle-même un * vrai fondement de probabilité , ne laisse pas d’être ! souvent employée comme un fondement sur lequel les hommes ont coutume de se déterminer et de fixer leur croyance plus que sur aucune autre chose , c'est l’opinion des autres. Quoiqu’il n’y ait rien de plus dangereux , ni de plus propre à nous jeter dans l’erreur, qu’un tel appui , puisqu’il y a beaucoup plus de fausseté et d’erreur parmi les hommes que de connaissance et de vérité. D’ailleurs , si les opinions et la croyance de ceux que nous connaissons et que nous estimons sont un fondement légitime d’assentiment, les hommes auront raison d’être païens dans le Japon , mahométans en Turquie, catholiques romains en Espagne, protestants en Angleterre et luthériens en Suède *. Mais j’aurai occasion de
• ■ Le témoignage des hommes est sans donte de pins
• de poids que leur opinion, et on y a aussi plus d’égard « eu justice. Néanmoins, dans les interrogatoires, on « demande souvent aux témoins, non-seulement ce qu'ils « ont vu, mais aussi ce qu'ils jugent, en leur demandant
■ en même temps les raisons de leur jugement , et on y a « tel égard qu’il appartient. Les juges aussi défèrent beau- « coup aux senti menu et opinions des experts en chaque « profession ; les particuliers n’y sont pas moins obligés ,
• suivant qu’ita sont plus ou moins en état d’examiner et « de juger par eux -mêmes. — On peut consulter les dis- « putes entre M. Nicole et autres, sur Y argument du « grand nombre en matière de foi, où quelquefois l’un « y défère trop , et fautre ne le considère pas assez. Il y « a d’autres préjugés semblables , par lesquels les hom- « rnes seraient bien aises de s’exempter de la discussion.
« C’est ce que Tertullien, dans un traité exprès, appelle n prescriptions , *e servant d’un terme que les anciens « Jurisconsultes, dont le langage ne lui était pas inconnu,
« entendaient de plusieurs sortes d’exceptions ou alléga- « tiens étrangères et prévenantes, mais qu 'aujourd'hui « ou n’entend guère que de la prescription temporelle,
« lorsqu'on prétend rebuter la demande d’autrui , parce « qu elle n'a point été faite dans le temps fixé par les lois.
« C’est ainsi qu’on a eu de quoi pultlier des préjugés lé- « gi limes (titre de divers ouvrages de controverse ) , tant « du cdté de l'Église romaine que du côté des protestants.
• On a trouvé qu’il y a moyen d’oppuecr, à certains égards,
■ la nouveauté aussi bien aux uns qu’aux autres. Par « exemple, lorsque les protestants ont quitté, pour la
■ plupart , la forme des anciennes ordinations ecclésks*
• tiques , et que les romanistes ont changé l'ancien canon « des livres de la sainte Écriture du Vieux Testament,
• comme j’ai montré assez clairement, dans une dispute
• que j’ai eue par écrit , et è diverses reprises , avec mon- « seigneur l'évêque de Meaux, qt’on vient de perdre « (Bossuet, mort ta 12 avril t7o4) suivant les nouvelles
• qui en sont venues depuis quelques jours. Ainsi, ces « reprodies étant réciproques, ta nouveauté, quoiqu’elle
parler plus au long, dans un autre endroit, de ce faux principe d'assentiment.