CHAPITRE PREMIER
Où Fon traite des id^es en génfral et de leur origine , et où Fon examine , par occasion, si l ime de l'homme pense toujours.
$ 1". Ce qu'on nomme idée est l’objet de la pensée.
Chsqiik homme étant convaincu en lui-même qu'il pense, et ce qui est dans son esprit , lorsqu'il pense , étant des idées qui l’occupent actuellement, il est hors de doute que les hommes ont plusieurs idées dans l'esprit, comme celles qui sont exprimées par ces mots : blancheur, dureté , douceur, pensée ^mouvement, homme, éléphant, armée , meurtre, et plusieurs autres. Cela posé , la première chose qui se présente à examiner, c'est comment l'homme vient à avoir toutes ces idées P Je sais que c'est un sentiment généralement établi , que tous les hommes ont des idées innées , et certains caractères originaux qui ont été gravés dans leur âme dès le premier moment de leur existence. J’ai déjà examiné au long ce sentiment , et je m'imagine que ce que j'ai dit, dans le livre précédent , pour le réfu ter, sera reçu avec beaucoup plus de facilité , lorsque j’aurai fait voir d’ou l’entendement peut tirer toutes les idées qu'il a , et par quels moyens et par quels degrés elles peuvent venir dans l’esprit; sur quoi j'en appellerai à ce que chacun peut observer et éprouver en soi-même.
S 3. Toutes les idées viennent par sensation ou par réflexion.
Supposons donc qu'au commencement l'âme est ce qu’on appelle une table rase { tabula rasa ) 1 , vide de tous caractères , sans aucune
* * Celle table rase, dont on parie tant, n’est, à mon « avis, qu’une action que la nature 11e souffre point, et « qui n’est fondée que dans les mitions incomplètes des « philosophes, comme le vide, les atomes, ou tomme la « matière première qu'on conçoit sans aucunes formes. ■ Les choses uniformes et qui ne renferment aucune va-
- riété ne sont jamais que des abstractions , comme le
- temps, l’espace, et les autres êtres des mathématiques « pures. . On me répondra peut-être que celte table « rase des philosophes veut dire que l'âme n'a na-
- lurellement et oritânairement que des facultés mies. « Mais les facultés sans quelque acte, en un mot les *' puissances de l'éeoie, ne sont aussi que des fic-