‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 301 sur 423 · LIVRE IV, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVII

S 1 3. Il y a un ras où L expérience contraire

ne diminue pas la force du témoignage.

Quoique la commune expérience et le cours ordinaire des choses aient avec raison une grande influence sur l’esprit des hommes , pour les porter à donner ou à refuser leur consentement à une chose qui leur est proposée à croire , il y a pourtant un cas où ce qu'il y a d’étrange dans un fait n’affaiblit pas l’assentiment que nous devons donner au témoignage sincère sur lequel il est fondé. Car, lorsque de tels événements surnaturels sont conformes aux fins que se propose celui qui a le pouvoir de changer le cours de la nature , dans un tel temps et dans de telles circonstances, ils peuvent être d'autant plus propres à trouver créance dans nos esprits, qu’ils sont plus au-dessus des observations ordinaires, ou même qu’ils y sont plus opposés. Tel est justement le cas des miracles , qui étant une fols bien attestés , trouvent non-seulement créance pour eux-mémes , mais la communiquent aussi à d'autres vérités qui ont besoin d’une telle confirmation.

S 14. Le simple témoignage de la révélation

exclut tout doute , aussi parfaitement que

la connaissance la plus certaine.

Outre les propositions dont nous avons parlé jusqu’ici , il y en a une autre espèce , qui , fondée sur un simple témoignage , réclame et doit obtenir le plus haut degré d'assentiment , soit que la chose établie sur ce témoignage-convicnne ou ne convienne point avec la commune expérience et avec le cours ordinaire des choses. La raison de cela est que le témoignage vient d’un être qui ne peut ni tromper ni être trompé , e’est-à-dire, de Dieu lui -même; ce qui emporte avec soi une assurance au-dessus de tout doute, et une évidence qui n’est sujette à aucune exception. C’est IA ce qu’on désigne par le nom particulier de révélation; et l’assentiment que nous (ni donnons s’appelle foi , laquelle détermine aussi absolument notre esprit, et exclut aussi parfaitement tout doute que notre connaissance peut le faire. Car nous pouvons tout aussi bien douter de notre propre existence que nous pouvons douter si une révélation qui vient de la part de Dieu est véritable. Ainsi , la foi est un principe d’assentiment et de certitude incontestable établi sur des fondements Inébnmlablts, et qui ne laisse aucun lieu au doute ou à l’hésitation. La seule chose dont nous devons

nous bien assurer, c’est que telle ou (elle chose est une révélation divine , et que nous en comprenons le véritable sens ; autrement nous nous exposerons à toutes les extravagances du fanatisme , et à toutes les erreurs que peuvent produire de faux principes , lorsqu'on ajoute fol A ce qui n’est pas une révélation divine. C’est pourquoi , dans ces cas-là , si nous voulons agir raisonnablement , il ne faut pas que notre assentiment surpasse le degré d’évidence que nous avons que ce qui en est l’objet est une révélation divine , et que tel est le sens des termes par lesquels cette révélation est exprimée. Si l’évidence que nous avons que c'est une révélation , ou que c’en est là le vrai sens , n'est que probable, notre assentiment ne peut aller au delà de l'assurance ou de la défiance que produit le plus ou le moins de probabilité qui se trouvent dans les preuves. Mata je trotterai plus au long, dans la suite, de la foi, et de la prééminence qu'elle doit avoir sur les autres arguments propres à persuader, lorsque je la considérerai telle qu’on la regarde ordinairement, comme distinguée d’avec la raison et mise en opposition avec elle, quoique dans le fond la foi ne soit autre chose qu’un assentiment fondé sur la raison la plus parfaite.

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