‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 306 sur 423 · LIVRE IV, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVII

plus grand poids des preuves , après qu’on les a dûment examinées de part et d’autre dans toutes les circonstances, rien n'est moins propre à aider l’esprit dans cet examen que le syllo-

« nations des propositions universelles. Car de ces deux « modes ordinaires ,

Tout B est C ,

Tout A est B,

Donc : Tout A est C,

« Et de même :

Nul B n'est C,

Tout A est B ,

Donc : Nul A n’est C,

» On peut taire ces deux modes additionnels :

Tout B est C,

Tout A est B,

Donc : Quelque A est C.

■ F.t de même :

Nul B n’est C.

Tout A est B ,

Donc : Quelque A n’est point C.

« Car Q n’est point nécessaire de démontrer la subal- » fernation et de prouver ses conséquences ( tout A est

• C , donc quelque A est C , et nul A n'est C , donc quel*

• que A n’est point C ) ; quoiqu’on la puisse pourtant

• démontrer, par les identiques , joints aux modes déjà « reçus de la première figure, en cette manière :

Tout A est C,

Quelque A est A,

Donc : Quelque A est C.

« Et de même :

Nul A n’est C ,

Quelque A est A ,

Donc : Quelque A n’est pas C.

« De sorte que les deux modes additionnels de la pus « mière figure se démontrent par les deux modes ordi-

• naires de cette même figure , au moyen de la subalter- ■.nation, démontrable elle-même par les deux outres

• modes de cette figure. De la même façon la seconde

• figure reçoit aussi deux nouveaux modes. Ainsi , la pre-

• mière et la seconde en ont six , la troisième en a eu six ■ de tout temps ; on en donnait cinq à la quatrième , mais

• il se trouve qu’elle en a six aussi , par le même prin- « dpe d’addition.

« Au reste, il faut savoir que la forme logique ne nous « oblige pas à cet ordre de propositions dont on se sert - ordinairement , et je suis de l'opinion de M. Locke, que

• cet autre arrangement vaut mieux :

Tout A est B ,

Tout B est C ,

Donc : Tout A est C.

• Ce qui serait particulièrement pour les soriles , qui sont un tissu de syllogismes ; car s’il y en avait en-

• rore un,

Tout A est C.

Tout C est D ,

Donc : Tout A est D.

gisme. En effet , à l’aide d'une seule probabilité ou d’un seul argument topique, il s’élance * pour ainsi dire , et suit cet argument , jusqu’à ce qu’il ait entraîné l’esprit hors de la vue de

» On pourrait faire un tissu de ces deux syllogismes,

• qui éviterait la répétition , en disant :

Tout A est B ,

Tout B est C ,

Tout C est D,

Donc : Tout A est D.

• Où l’on voit que la proposition inutile ( tout A est C) « est négligée , et la répétition inutile de cette même pro- >« position , que les deux syllogismes demandaient , est

• évitée ; car cette proposition est inutile désonnais , et le « tissu est un argument parfait et bon en forme, sans m cette même proposition , quand la force du tissu a été « démontrée, une fois |»our toutes, par le moyen de ce» « deux syllogismes.

• Il y a une infinité d’autre* tissus plus composés, « non-seulement parce qu’un plu» grand nombre de syl- « logismes simples y entre, mai» encore parce que les « syllogismes ingrédient sont plus différent» entre eux ; « car on y petit taire entrer non-seulement de» catégori-

• que» simples, mais encore des copulatif» et des liypo- « thétiques ; non-seulement des sy llogisme* pleins , mais « encore de* enthy mêmes , où les propositions qu’on croit « évidente» sont supprimées. Et tout cela, joint avec de* « conséquences «syllogistiques , avec des transposition*

• de* propositions, et avec quantité de tour* et de pensée*

• qui cachent ces propositions, par l'inclination naturelle n de l’esprit à abréger, et par les propriétés du langage , « qui paraissent en partie dans l’emploi des particule* ,

• fera un tissu de raisonnement qui représentera toute « argumentation , même d’un orateur, niais décharnée et « dépouillée de se* ornements , et réduite à la ferme lo- « gique, non pas scolastiquement , mais toujours suffi-

• sam nient pour qu’on en reconnaisse la force, suivant « le* lois de la logique , qui ne sont autres que celle* du « bon sens, mise* en ordre et par écrit, et qui n'en dif- « fèrent pas plus que la coutume d'une province ne dif- « 1ère de ce quelle avait été , quand , de non-écrite qu’elle

• était , elle est devenue écrite : si ce n’est qu’étant mise « par écrit , et 6e pouvant mieux envisager tout d’un « coup , elle fournit plus de lumière pour pouvoir être « poussée et appliquée. Car, le bon sens naturel , sans

• l’aide de l’art , faisant l’analyse de quelque raisonne- « ment, sera quelquefois un peu en doute sur la force « de quelques conséquences, lorsqu'il en trouvera qui en-

• veloppent quelque mode, bou à la vérité, mais moins « ordinairement usité.

« Mais un logicien qui voudrait qu’on ne se servit point « de tels tissus , ou ne voudrait point s’en servir lui-

• même , prétendant qu’on doit toujours réduire tous les « arguments composés aux syllogismes simples , dont ils » dépendent en effet , ferait comme un homme qui vou-

• droit obliger les marchands dont il achète quelque « chose à lui compter les nombres un à un , comme on n compte per les doigts , ou comme on compte les heures •« d’une horloge, ce qui ne pourrait être que l’effet de la

• stupidité ou du caprice. Il serait aussi comme un « homme qui ne voudrait point qu’on employât les aiio- « mes et les théorèmes déjà démontrés, prétendant qu'on ■ doit toujours réduire tout raisonnement anx premiers

|a chose en question : de sorte que , triomphant de lui sur quelque difficulté éloignée , Il le tient \à fortement attaché et peut-être même embar-

• principes, où se voit U liaison immédiate des idées, dont « «i effet ces théorèmes moyens dépendent.

« Après avoir expliqué l'usage des formes logiques, de « la manière que je crois qu’on les doit prendre, je viens

- aux considérations de M. Locke, et je ne vois point

- comment U prétend qne le syllogisme ne sert qu'à faire « voir la connexion des preuves dans un seul exemple. « De dire que l'esprit voit toujours facilement les consé- . quences, c’est ce qui ne se trouvera pas, car on en «v aperçoit quelquefois ( au moins dans les raisonnements h d’autrui ) , ota l’on a lieu de douter d’ahord , tant qu’un « n'en voit pas la démonstration. Ordinairement on se •* sert des exemples pour justifier les conséquences , mais

- cela n’est pas toujours assez sûr, quoiqu’il y ait un url « de choisir des exemples , qui ne se prouveraient pas n vrais si la conséquence n'était bonne. Je lie crois pas « qu’il fût permis, dans les écoles bien gouvernées, de .< nier sans aucune honte les convenances manifestes « des Idées, et il ne me parait fias qu’on emploie le sjl-

- logisme à les montrer. An moins ce n’est pas son unique •• et principal usage. On trouvera, plus souvent qu’on ne *. pense, en examinant les paralogismes des auteurs, « qu’ils ont péché contre h» régie* de la logique ; et j’ai ■ moi-mème expérimenté quelquefois , en disputant même

• par écrit avec des personnes de bonne foi , qu’on n’a « commencé à s’entendre que lorsqu'on a argumenté en

- forme, pour débrouiller un chaos de raisonnements. Il

• serait ridicule sans doute de vouloir argumenter à la « scolastique dans des délibérations importantes , à cause « de* prolixités importunes et emltarrassantes de celte « forme de raisonnement , et parce que c’est comme « compter avec les doigts. Mais cependant , il n’est que •< trop vrai que dans le* phis importantes délibérations , « qui regardent la vie, l’état, le salut, les hommes se

- laissent éblouir, souvent par le poids île l’autorité, par « la lueur de l’éloquence, par des exemple* mal applin qnés , par îles en th y mêmes qui supposent faussement

- l’évidence de ce qu’ils suppriment, et même par de* « conséquences fautive». De sorte qu’une logique sévère, « mais d’un autre tour que celle de l’école, ne leur serait x que trop nécessaire , entre autres pour déterminer de

• quel côté est la plu* grande apparence.

« Au reste, de ce que le vulgaire des hommes ignore la « logique artificielle, et qu’ils ne laissent pas de bien rai-

• sonner, et mieux quelquefois que des gens exercés en x logique, cela n’en prouve pas l’in utilité : non plus qu’on « ne prouverait celle de l'arithmétique artificielle, parce " qu’on voit quelques personnes bien compter, dans les « rencontres ordinaires , sans avoir appris à lire ou à « écrire, et sans savoir manier la plume ni les jetons, jus- « qu’à redresser même les fautes d'un antre, qui a appris

• à calculer, mais qni peut se négliger, ou s’embrouiller •• dan» les caractères ou marque*. Il est vrai aussi que les

• syllogismes peuvent devenir sophistiques, mais leur* « propres lois servent à les reconnaître ; et les syllogismes « ne convertissent et même ne convainquent pas tou» « jours , mais c’est parce que l’abus des distinctions et " des terme* malentendus eu rend l’usage prolixe, jus-

- qu’à devenir insupportable, s’il fallait le pousser à bout. • 11 ne me reste ici qu'à considérer et à suppléer l’argu-

• ment apporté par notre auteur, pour servir «l'exemple

ra*é et comme entrelacé dans une chaîne de syllogismes, sans lui donner la liberté de considérer de quel cêté se trouve la plus grande probabilité , après que toutes ont été dûment examinées ; tant s’en faut qu’il fournisse les secours capables de s’en instruire.

S 6. // ne sert point à augmenter nos connais • sauces , mais à disputer sur celtes que nous avons déjà.

Qu’on suppose enfin, si l’on veut, que le syl-

« d’un raisonnement clair, sans b forme des logiciens : Dieu punit l’homme;

« C’est un fait supposé ;

Dieu punit justement celut qu’il punit ;

• C’est une vérité de raison , qu’on peut peut prendre » pour démontrée;

Donc : Dieu punit l’homme justement.

« C’est une conséquence syllogistique, étendue asyl- •• lugiâtiquemeiit a recto ad obliquum.

Donc : L’homme est puni justement ;

« C’est une inversion de relation, mais qu’on sup- « prime à cause de son évidence ;

Donc : L’homme est coupable;

• C’est un enthyméme, où l’on supprime cette propo- •• silion, qui en effet n’est qu’une définition, Celui qu’on » punit justement est coupable;

Donc : L’homme aurait pu faire autrement;

•• On supprime cette proposition, Celui qui est cou- » jHtble a jnt faire autrement;

Donc : L’homme a été libre;

« On supprime encore. Qui a pu faire autrement a été libre, et (par b définition du libre) on conclut :

Donc : Il a eu la puissance de se déterminer « Ce qu’il fallait prouver. Je remarque encore que ce « donc même enferme en effet et b proposition som en- •• tendue (que celui qui est libre a b puissance de se de- » terminer) , et sert à éviter U répétition des termes. El , « dans ce sens, il n'y anrait rien d'omis, et l'argument, « à cet égard, pourrait passer pour entier.

« On voit que ce raisonnement est un tissu de syllo- " gisraes entièrement conformes à la logique ; car je ne « veux point maintenant en considérer b matière, sur quoi il y aurait peut-être des remarques à faire, ou des «• éclaircissements à demander. Par exemple, quand uu « homme ne peut point faire autrement , il y a des cas on x il pourrait être coupable devant Dieu , comme s’il était « bien aise de ne point pouvoir secourir son prochain, « pour avoir une excase. Pour conclure, j’avoue que b « forme d’argumenter scolastique est ordinairement in- « commode , insuffisante, mal ménagée, mais je dis, en " mémo temps, que rien ne serait plus important quo » l’art d’argumenter en forme, selon la vraie logique, « c’est à-dire, pleinement, quant à la matière, et claire- •* ment, quant â l'ordre et à 1a force «le* conséquences, « soit évidentes par elles mêmes, soit |*rédémontrée». »

Page 1