‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 318 sur 423 · LIVRE IV, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIX

Ils y prennent plaisir , Us la suivent partout où elle les entraîne; et personne ne peut être ni plus assuré , ni plus dans le parti de la raison qu'eux , si on s'en rapporte à la force de leur propre persuasion.

S I -I. C’est la raison qui doit juger de la vérité de la révélation.

i Par conséquent , celui qui ne voudra pas donner tête baissée dans toutes les extravagances de l'Ulusion et de l’erreur doit mettre à l’épreuve cette lumière intérieure qui se présente à lui pour lui servir de guide. Dieu ne détruit pas l’homme en faisant un prophète : il lui laisse toutes ses facultés dans leur état naturel , pour qu’il puisse juger si les inspirations qu’il sent en lui-méme sont d’une origine divine, ou non. Dieu n’éteint point les lumières naturelles de l'esprit, lorsqu'il vient à l'éclairer d'une lumière surnaturelle. S’il veut nous porter à recevoir la vérité d'une proposition , ou il nous fuit voir cette vérité par les voies ordinaires de la raison naturelle , ou bien il nous donne à connaître que c'est une vérité que son autorité nous doit faire recevoir, et il nous convainc qu'elle vient de lui , par certaines marques auxquelles la raison ne saurait se méprendre. Ainsi , la raison doit être notre dernier juge et notre dernier guide en toute chose. Je ne veux pas dire parla que nous devions consulter la raison et examiner si une proposition que Dieu a révélée peut être démontrée par des principes naturels ; et que , si elle ne peut l'être , nous soyons en droit de la rejeter ; mais je dis que nous devons consulter la raison, pour examiner, par son moyen , si c’est une révélation qui vient de Dieu , ou non. Et , si lu raison trouve que c’est une révélation divine, dès lors elle se déclare en Si» faveur aussi fortement que pour aucune autre vérité , et en fuit un de ses dogmes. Du reste, il faudra que toute fantaisie qui frappe vivement notre imagination passe pour une inspiration , si nous ne jugeons de nos persuasions que par la forte Impression qu'elles font sur nous. Si , dis-je , nous ne laissons point à la raison le soin d'en examiner la vérité , par quelque chose d'extérieur à l'égard de ses persuasions mêmes, les inspirations et les illusions, la vérité et la fausseté , auront une même mesure, et II ne sera pas possible de les distinguer.

§ 13. La foi ne prouve pas ta révélation.

Si cette lumière intérieure , ou quelque proposition que ce soit , qui , sous ce titre , passe pour

inspirée dans notre esprit , sc trouve conforme aux principes de la raison , ou à la parole de Dieu, qui est une révélation attestée, en ce caslà nous avons la raison pour garant : nous pouvons recevoir cette lumière pour véritable , et la prendre pour guide , tant à l’égard de notre croyance qu'à l’égard de nos actions. Mais, si elle ne reçoit ni témoignage ni preuve d'aucune de ces règles , nous ne pouvons point la prendre pour une révélation , ni même pour une vérité ; jusqu’à ce que quelque autre marque , différente de la croyance où nous sommes que c’est une révélation , nous assure que c'en est effectivement une. Ainsi, nous voyons que les saints hommes qui recevaient des révélations de Dieu avaient quelque autre preuve, outre la lumière intérieure qui éclatait dans leurs esprits , pour les assurer que ces révélations venaient de la part de Dieu. Ils n'étaient pas abandonnés à la seule persuasion que leurs persuasions venaient de Dieu ; mais iis avaient des signes extérieurs , qui les assuraient que Dieu était l'auteur de ces révélations ; et lorsqu’ils devaient en convaincre les autres , Ils recevaient un pouvoir particulier, pour justifier la vérité de la commission qui leur avait été donnée du ciel , et pour certifier, par des signes visibles , l'autorité du message dont ils avaient été chargés de la part de Dieu. Moïse vit un buisson qui brûlait sans se consumer, et entendit une voix du milieu du buisson. C’était là quelque chose de plus que le sentiment intérieur d’une impulsion qui l’entraînait vers Pharaon , pour pouvoir tirer ses frères hors de l'Égvpte ; cependant il ne crut pas que cela suffit pour aller en Égypte avec cet ordre de la part de Dieu , jusqu'à ce que , par un autre miracle de sa verge changée en serpent. Dieu l’cùt assuré du pouvoir de confirmer sa mission , par le même miracle répété devant ceux auxquels il était envoyé. Gédcon fut envoyé par un ange , pour délivrer le peuple d'Israël du joug des Madianites ; cependant II demanda un signe , pour être convaincu que cette commission lui était donnée de la part de Dieu. Ces exemples , et autres semblables , qu’on peut remarquer à l'égard des anciens prophètes , suffisent pour faire voir qu'ils ne croyaient pas qu’une vue intérieure , ou une persuasion de leur esprit , sans aucune autre preuve, fût une assez bonne raison pour les convaincre que leur persuasion venait de Dieu , quoique l'Ecriture ne remarque pas partout qu'ils aient demundc ou reçu de telles preuves.

<j 16. Au reste, dans tout ce que je viens de dire j'ai été fort éloigné de nier que Dieu ne puisse Illuminer, ou qu'il n'illumine même quelquefois l'esprit des hommes, pour leur faire comprendre certaines vérités, ou pour les porter à de Ixnmes actions , par l'influence et l’assistance immédiate du Saint-Esprit, sans aucuns signes extraordinaires qui accompagnent cette influence. Mais , dans ces cas-lé , nous avons la raison et l’Écriture, deux règles infaillibles, pour connaître si ces illuminations viennent de Dieu , ou non. Lorsque la vérité que nous embrassons se trouve conforme à la révélation écrite , lorsque l’action que nous voulons fuirc s'accorde avec ce quo nous dicte la droite raison ou l'Écriture sainte , nous pouvons être assurés que nous ne courons aucun risque de la regarder comme inspirée de Dieu ; parce qu'encore que ce ne soit peut-être pas une révélation immédiate , imprimée dans nos esprits par une opération extraordinaire de Dieu , nous sommes pourtant sûrs qu'elle est authentique , par sa conformité avec la vérité que nous avons reçue de Dieu. Mais ce n'est point la force de la persuasion particulière que nous sentons en nous-mêmes qui peut prouver que c'est une lumière ou un mouvement qui vient du ciel. Rien ne'peut le faire que la parole de Dieu écrite, ou la raison , cette règle qui nous est commune avec tous les hommes. Lors donc qu’une opinion ou une action est autorisée expressément par la raison ou par l’Écriture, nous pouvons la regarder comme fondée sur une autorité divine ; mais jamais la force de notre persuasion ne pourra par elle-même lui donner ce caractère. L’inclination de notre esprit peut favoriser cette persuasion , au gré de nos désire, et faire voir ainsi qu’elle est l’objet particulier de notre affection : mais elle ne saurait prouver que cette persuasion vienne du ciel , ni qu'elle ait une origine divine

« « Le mot enthousiasme était dans l'origine pris dans « un sens favorable : cl , comme le mot sophisme marque «< proprement on exercice de la sagesse, enthousiasme « signifie qu'il y a une divinité en nous ; est Dnu in no-

• bis. Et Socrate prétendait qu'un dieu on démon lui « donnait des avertissements intérieurs ; de sorte quVn- « thousiasme serait un instinct divin. Mais les hommes « ayant consacré leurs passions, leurs fantaisies, leurs

• songes, et jusqu'à leurs fureurs, pour quelque chose de

• divin , l'enthousiasme commença à signifier un dérégie- « ment d’esprit attribué à la force de quelque divinité,

• qu'on supi>osait dans ceux qui en étaient frappés. Car « les devins et les devineresses faisaient paraîtra une alié- « nation d'esprit, lorsque leur dieu s’emparait d’eux,

• comme la sybille de Cumc chez Virgile... Les cuthou-

Page 1