‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 319 sur 423 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De l’erreur.

§ I. Les causes de l’erreur.

Comme la connaissance ne regarde que les vérités visibles et certaines, l’erreur n’est pas une faute de notre connaissance , mais une méprise de notre jugement qui donne son consentement à ce (pii n’est pas véritable.

Mais, si rassentiment est fondé sur la vraisemblance , si la probabilité est l’objet propre et le motif de notre assentiment , et si elle consiste dans ce qui en a été dit dans les chapitres précédents, on pourrait demander comment les hommes en viennent à donner leur assentiment d’une manière opposée à la probabilité. Car rien n’est plus commun que la contrariété des sentiments : rien de plus ordinaire que de voir un homme ne croire en aucune manière une chose dont un autre se contente de douter , et qu’un troisième croit fermement, faisant gloire d’y adhérer avec une constance inébranlable. Quoi-

- sisstes d’aujourd’hui croient recevoir encore de Diea « des dogmes qui les éclairent ; les tram Meurs ( quakers ) « sont dans cette persuasion, et Barclay, leur premier au- « teur méthodique, prétend qu’ils trouvent en eox une « certaine lumière qui se fait connaître par elle-même. « Mais pourquoi appeler lumière ce qui ne fait rien voir ? « Je saisqu’fl y a des personnes, de cette disposition d’es-

• prit, qui voient des étincelles, et même quelque chose « de plus lumiueux ; mais cette image de lumière corpo* « relia, excitée quand leurs esprits sont écliauffés , ne « donne point de lumière à l’esprit. Quelques personnes « idiotes, ayant l'imagination agitée, se forment des ton* « ceptions qu’elles n’avaient pas auparavant ; elles sont « en état de dire des choses belles, à leur sens, ou du « moins fort animées; elles admirent elles -mêmes, et

• font admirer aux autres, celte fertilité qui |tasse pour « inspiration. Cet avantage leur vient, en bonne partie, « d’une forte imagination que la passion anime, et d’une « mémoire heureuse, qui a bien retenu les manières de « parler des livres prophétiques, que la lecture ou les dis- « cours des autres leur ont rendus familiers... Les lus* « toires sont pleines des mauvais effets des prophéties m fausses ou mal entendues, comme on peut le voir dans « une savante et judicieuse dissertation De of/tcio r irl

• boni circa futura contingentia» que feu M. Jacques « Thomasins , professeur célèbre à Leipsick, donna aulre-

• fois au public... Quant aux dogmes de la religion, nous « n’avons point besoin de nouvelles rév dations ; c'est assez « qu’on nous propose des règles salutaires, pour que nous

• soyons obligés de les suivra, quoique celui qui les pro- « pose ne fasse aucun miracle ; et quoique Jésus-Christ « en fftt muni , il ne laissa pas de refuser quelquefois d’eu « faire pour complaire à cette race perverse , qui deman- «« doit îles signes , lorsqu'il ne prêchait quo la vertu et ce « qui avait iléjà été enseigné par la rai sou natuieJle et les « prophètes. <*

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