Autorité
<j 8. t ° Propositions douteuses prises pour principes.
Dr premier et le plus ferme fondement de probabilité , c'est la conformité qu’une chose a avec notre connaissance, et surtout avec cette partie de nos connaissances que nous avons reçue et que nous continuons de regarder comme autant de principes. Ces sortes de principes ont une si grande influence sur nos opinions, que c'est ordinairement par eux que nous jugeons de la vérité; et ils deviennent à tel point une mesure de probabilité pour nous, que ce qui ne peut s'accorder avec nos principes, bien loin de passer pour probable daus notre esprit , ne saurait être regarde comme possible. Le respect qu’on porte à ces principes est si grand , et leur autorité si fort au-dessus de toute autre autorité , que nonseulement nous rejetous le témoignage des hommes, mais même l’évidence de nos propres sens, lorsqu’ils viennent à déposer quelque chose de contraire à ees régies déjà établies. Je. n’examinerai point ici combien la doctriuc qui pose des principes innés, et que les principes ne doivent point être prouvés ou mis en question , a contribué à cela ; mais ce que je ne ferai pas difficulté de soutenir , c’tst qu'une vérité ne saurait être contraire à une autre vérité. D'où je prendrai la liberté de conclure que chacun devrait être soigneusement sur ses gardes lorsqu’il s’agit d’admettre quelque chose en qualité de principe; qu’il devrait l’examiner auparavant avec la dernière exactitude , et voir s’il connaît certainement que ce soit une chose véritable par elle-même et par sa propre évidence, ou bien si la forte assurance qu'il a quelle est véritable est uniquement fondée sur le témoignage d’autrui. Car, dés qu’un homme a adopté de faux principes, et qu’il s’est livré aveuglément A l'autorité d’une
opinion qui n’est pas en elle-même évidemment véritable, il y a dans son entendement une pente inévitable qui ne saurait manquer de l'égarer.
S 9. Il est généralement établi par la coutume que les enfants reçoivent de leurs pères et mères, de leurs nourrices, ou des personnes qui se tiennent autour d’eux, certaines propositions (et surtout sur le sujet de la religion), lesquelles étant une fois inculquées dans leur entendement, qui est sans précaution aussi bien que sans prévention, y demeurent fortement empreintes; et, qu'elles soient vraies ou fausses, y prennent A la fin de si fortes racines, par le moyen de l’éducation et d’une longue habitude, qu’il est tout A fait impossible de les en arracher. Car, lorsqu'ils sont devenus hommes faits, venant A réfléchir sur leurs opinions, et trouvant celles de cette espèce aussi anciennes dans leur esprit qu’aucune chose dont ils se puissent ressouvenir , sans avoir observé quand elles ont commencé d’y être introduites, ni par quel moyen ils les ont ncquises, ils sont portés A les respecter comme des choses sacrées, ne voulant pas permettre qu’elles soient profanées, attaquées, ou mises en question; mais les regardant plutôt comme VUrim et le Thummim que Dieu a mis dans leur âme , pour être les arbitres souverains et infaillibles de la vérité et de la fausseté, et autant d’oracles auxquels ils doivent en appeler dans toutes sortes de controverses.
S 10. Cette opinion qu’un homme a conçue de ce qu’on appel le scs principes (quels qu’ils puissent être ) étant une fois établie dans son esprit , il est aisé de se figurer comment il recevra une proposition, prouvée aussi clairement qu’il est possible, si elle tend A affaiblir l'autorité de ces oracles internes , ou qu’elle leur soit tant soit peu contraire; au lieu qu’il admet sans peine les choses les moins probables, et les absurdités les plus grossières, pourvu qu'elles s’accordent avec ces principes favoris. L'extrême obstination qu’on remarque dans les hommes A croire fortement des opinions directement opposées, quoique fort souvent également absurdes, parmi les différentes religions qui partagent le genre humain ; cette obstination, dis-je, est une preuve évidente, aussi bien qu'une conséquence inévitable, de cette manière de raisonner sur des principes reçus par tradition : jusque-là que les hommes viennent A n’en pas croire leurs propres yeux , A renoncer a l'ev idcncc de leurs sens , et A douncr un dc-