‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 323 sur 423 · LIVRE IV, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XX

menti à leor propre expérience, plutôt que d’admettre quoi que ce soit d'incompatible avec ces dogmes sacrés. Prenez un luthérien 1 de bon sens, A qui l’on ait constamment inculqué ce principe ( dés que son entendement a commencé de recevoir quelques notions), qu'il doit croire ce que croit l’Église, c’est-à-dire, ceux de sa communion ’ , de sorte qu'il n’ait jamais entendu mettre en question ce principe, jusqu'à ce que, parvenu à l’Age de quarante ou cinquante ans , il trouve quelqu'un qui ait des principes tout différents; quelle disposition n'a-t-il pas à recevoir sans peine la doctrine delà consubstantiation, non-seulement contre toute probabilité, mais même contre l'évidence manifeste de ses propres sens ? Ce principe a une telle influence sur son esprit , qu'il croira que le pain qu'il voit est de la chair J. Et quel moyen prendrez-vous pour

* Il y a dans l’anglais : un catholique-romain .

» 11 y a encore dans l'anglais : ou que le pape est infaillible.

3 s L'auteur parait n'être pas assez instruit des senti- « monts des évangéliques, qui, en admettant ta présence « du corps de notre Seigneur dans l'eucharistie, ont ezpli- " qué mille fois qu’ils ne veulent point de consuhslantîa-

- lion du pain et du vin avec la chair et le sang de Jésus- » Christ, et encore moins qu'une même chose soit chair " et juin ensemble. Ils enseignent seulement qu'en rcce-

• vaut les symboles visibles, on reçoit d’une manière in- » visible et surnaturelle le corps du Sauveur, sans qu’il « soit enfermé dans le pain. Et la présence qu'ils entendent a n'est point locale, ou spatiale pour ainsi dire, c'est-à-dire

■ déterminée par les dimensions du corps présent : de a sorte que tout ce que les sens y peuvent opposer De les a regarde point. Et pour faire voir que les inconvénients a qu'un pourrait tirer de U raison ne les touchent point a non plus, ils déclarent que ce qu’ils entendent pur la a substance du corps ne consiste point dans l'étendue ou a dimension ; et ils ne font point difficulté d'admettre que a le corps glorieux de Jfeos-Clirist garde une certaine a présence ordinaire et locale, mais convenable h son état, a dans le lieu sublime où il se trouve, mais toute diffé* « rente de cette présence sacramentel*' dont il s'agit ici, a on de sa présence miraculeuse avec laquelle il gouverne a l'Église, qui fait qu'il est, non pas partout comme Dien,

* mais là où il veut bien être ; ce qui est le sentiment des a plus modérés. De sorte que, pour montrer l'absurdité a de leur doctrine, il faudrait démontrer que toute Tesa sente du corps ne consiste que dans l’étendue et de ce a qui est uniquement mesuré par elle, ce que personne a n’a encore fait que je sache... Calvin et Hère ont déclaré a le plus distinctement et le pins fortement du inonde a que les symboles fournissent effectivement ce qu’its re-

- présentent, et que nous devenons participants de la a substance même du corps et du sang de Jésus-Christ.

■ F.t Calvin, après avoir réfuté ceux qui se contentent a d’une participation métaphorique de pensée et d'une

- union de foi , ajoute qu'on ne pourra rien dire d'assez a fort, pour établir la réalité, qu'il ne soit prêt à signer, » pourvu qu'on évite la circonscription des lieux , ou la a diffusion des dimensions. Ile sorte qu'il parait que,

convaincre un homme de l'absurdité d'une opinion qu'il s'est mis en tête de soutenir, s'il a posé pour principe de raisonnement, avec quelques philosophes, qu'il doit croire sa raison (car c’est ainsi que les hommes appellent improprement les arguments qui découlent de leurs principes) contre le témoignage des sens? Qu'un fanatique prenne pour principe que lui ou son docteur est inspiré et conduit par une direction immédiate du Saint-Esprit ; c'est en vain que vous attaquez scs dogmes par les raisons les plus évidentes. Et par conséquent, tous ceux qui ont été imbus de faux principes ne peuvent être touchés des probabilités les plus manifestes et les plus convaincantes , dans des choses qui sont incompatibles avec ces principes , jusqu'à ce qu'ils aieut assez de candeur et d'ingéuuité pour consentir à examiner ees principes mêmes, ce que plusieurs ne se permettent jamais.

S 11. 2" Hypothèses reçues.

Après ces gens-là viennent cenx dont l’entendement est comme jeté au moule d'une hypothèse reçue , et dont la portée ne va pas au delà. La différence qu’il y a entre les précédents et ceux-ci, c'est que ces derniers admettent tout point de fait , et conviennent sur cela avec leurs adversaires , dont iis ne diffèrent que sur les raisons de la chose et sur la manière d’en expliquer l'opération. Ils ne se défient pas ouvertement de leurs sens , comme les premiers ; ils peuvent écouter plus patiemment les instructions qu'on leur donne; mais iis ne veulent faire aucun fond sur les rapports qu'on leur fait pour expliquer les choses, ni céder à des probabilités , qni les convaincraient que les choses ne vont pas précisément de la même manière qu’ils Tout déterminé en eux-mêmes. En effet, ne serait-ce pas une chose insupportable pour un savant professeur de voir renverser en un instant par un nouveau venu une autorité établie depuis trente ou quarante ans, soutenue par quantité de grec et de latin , acquise par bien des sueurs et des veilles, et confirmée par une barbe vénérable? Qni peut jamais espérer de réduire ce professeur à confesser que tout ce qu'il a enseigné à scs écoliers , pendant trente années, He contient que des erreurs et des méprises , et qu’il leur a vendu bien

- dans le fond , sa doctrine était celle do Mélanchttion , et « même de Luther ; romme Calvin le présume lui-même ■ dans une de scs lettres *. »

* Crtlc note prmivr que Leibnitz u'a fait *on travail que mx la traduction français- de I ouvrage de l otie.

cher de l'ignorance et de grands mots qui ne signifiaient rien? Quelles probabilités, dis-je, pourraient avoir assez de force pour produire un tel effet? Et qui est-ce qui pourrajamais être porté, par les arguments les plus pressants , à se dépouiller tout d’un coup de toutes ses anciennes opinions et de ses prétentions à un savoir A l'acquisition duquel il a donné tout son temps avec une application infatigable, et à prendre des notions toutes nouvelles, après avoir entièrement renoncé à tout ce qui lui faisait le plus d'honneur dans le monde? Tous les arguments qu’on peut employer pour l'engager A cela seront sans doute aussi peu capables de prévaloir sur son esprit que les efforts que fit Borée pour obliger le voyageur A quitter son manteau , qu’il tenait d'autant plus ferme que le vent soufflait avec plus de violence On peut rapporter A cet abus qu’on fait de fausses hypothèses des erreurs qui viennent d’une hypothèse véritable, ou de principes raisonnables , mais qu’on n’entend pas dans leur vrai sens. Rien de plus ordinaire que cela. Les exemples de ceux qui soutiennent différentes opinions , qu’ils fondent tous sur la vérité Infaillible des saintes Écritures, en sont une preuve incontestable. Tous ceux qui se disent chrétiens reconnaissent que le texte de l’Évangile, qui dit prctmÎTi, oblige A un devoir fort Important. Cependant, combien sera erronée la pratique de l'une des deux personnes qui , n'entendant que le français, supposeront, l'une, que

' - Kn efTel les cnpmiiricns o«t éprouvé, dans leurs « adversaires, que les hypocrites, reconnus pour tels, ne

• laissent pas d’étre soutenus avec un zèle ardent ; les

• cartésiens ne sont pas moins positifs pour leurs parti- - cales cannelées et petites buules du second élément,

■ que si c'étaient des théorèmes d'Eudide ; et il semble

• que le zèle pour nos hypothèses n'est qn’nn effet rte la « passion que nous avons de nous faire respecter nous-

• mêmes. U est vrai que ceux qui ont condamné Galilée a ont cru que le repos de la terre était plus qu'une

« thèse , car ils le jugeaient conforme à l'Écriture et à la « raison. Mais depuis , on s’est aperçu que fa rmisoo au

• moins ne la soutenait plus; et, quant à l’Écriture, un

• célèbre théologien , dans un ouvrage publié à Kome ,

• n’hésita point à déclarer que ce n’etait que provision-

• nettement qu’on entendait, dans le texte sacre, un vrai

■ mouvement du soleil ; et que, si le sentiment de Co- « pernic se trouvait vérifié , on ne ferait point difliculté « da l'expliquer comme ce passage de Virgile : Terroque « urbnque recedunt. Cependant on ne laisse pas , en « Italie, en Espagne, et même dans les paya héréditaires

■ de l’empereur, de continuer à supprimer la doctrine de

• Copernic, au grand préjudice de ces nations , dont les

• esprits pourraient s’élever aux plus grandes ilécouvcr-

• les , s'ils jouissaient d'une liberté raisonnable et philo- « sophique. -

celte expression signifie Repentez-vous , et ('autre , qu’elle signifie Faites pénitence !

S 12. 3° Passions dominantes.

En troisième lieu , les probobilités qui sont contraires aux désirs et aux passions dominantes des hommes courent le même danger d’étre rejetées. Que la plus grande probabilité qu’on puisse imaginer se présente d’un côté A l’esprit d'un avare, pour lui faire voir l’injustice et la folie de sa passion , et que de l’autre il voie de l'argent A gagner , il est aisé de prévoir de quel cAté penchera la balance. Ces Ames de boue, semblables à des remparts de terre , résistent aux plus fortes batteries; et quoique peut-être la force de quelque argument évident fasse quelque impression sur elles en certaines rencontres, cependant elles demeurent fermes et tiennent bon contre la vérité, leur ennemie, qui voudrait les captiver ou les traverser dans leurs desseins. Dites A un homme passionnément amoureux qu’il est trompé ; apportez-iui vingt témoins de l'infidélité de sa maîtresse ; il y a dix A parier contre un que trois paroles obligeantes de cette infidèle renverseront en un moment tous leurs témoignages. Quotl rolumuSyfacili eredimus. - Nous croyons facilement ce que nous désirons »; c'est une vérité dont je crois que chacun a fait l’épreuve plus d’une fois : et, quoique les hommes ne puissent pas se déclarer ouvertement contre des probabilités manifestes, qui sont contraires A leurs sentiments, et qu'ils ne puissent pas en éluder la force, ils n'avouent pourtant pas la conséquence qu'on en tire. Ce n'est pas à dire que l’entendement ne soit porté de sa nature A suivre constamment le parti le pins probable; mais c’est que l'homme a la puissance de suspendre et d’arrêter ses recherches, et d’empêcher son esprit de s’engager dans un examen absolu et satisfaisant , aussi avant que la matière en question en est capable et le peut permettre. Or , jusqu' A ce qu’on en vienne IA, il restera toujours ees deux moyens-ci d'échapper aux probabilités les plus apparentes.

S 13. Moyens rP échapper aux probabilités.

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