CHAPITRE XXI
De la division des sciences.
)j i. Les sciences divisées en trois espèces.
Tout ce qui peut entrer dans la sphère de l'entendement humain , étant , en premier lieu , ou la nature des choses telles qu’elles sont en ellesmêmes, leurs relations et leur manière d'opérer ; ou , en seeoud lieu , ce que l'homme luimême est obligé de faire , en qualité d'agent raisonnable et volontaire , pour parvenir à quelque Un , et particulièrement à la félicité ; ou , en troisième lieu , les moyens par où l’on peut acquérir la connaissance de ces choses , et la communiquer aux autres ; je crois qu'on peut diviser proprement la science en trois espèces.
S 2. 1 ° Physique.
La première est la connaissance des choses, comme elles sont dans leur propre existence,
1 « Cette justice que l'auteur rend ici au genre humain « ne tourne [wént à sa louange ; et les hommes seraient
• plus excusables de suivre sincèrement leurs opinions , n que de les contrefaire par intérêt. Peut-être y a-t-il plus
* de sincérité dans leur fait, que M. Locke ne semble le b faire entendre. Car, sans aucune connaissance de cause,
• ils peuvent être, parvenus h une foi implicite , en 6e b soumettant généralement et quelquefois aveuglément, b mais souvent rte bonne foi, au jugement des autres, b dont ils ont une fois reconnu l’autorité. Il est vrai que b l’intérêt qu'ils y trouvent contribue a cette soumission, b mais cela n'empêche point qu'entin l’opinion ne se forme. « On se contente, dans l'Église romaine, de cette foi im- « plicite à |reu prés , n’y ayant peut-être point d’artirle dit
* à la révélation , qui y soit jugé absolument fondamen- « tal , et qui y passe pour nécessaire nécessitais medii , b c'est-h-dire, dont la croyance soit une condition néccs- - saire du salut. Et Os le sont torts necessi/ate prrnrpti, « par la nécessité qu’on y enseigne d'obéir à l'Église, b comme on t'appelle, et de donner toute l’attention due
■ à ce qui y est proposé, le brut sous peine de péché mon « lei. Mais cette nécessité n’evige qu'une docilité raison* b nable, et n’nhlige point absolument k l'assentiment, b suivant les plus savants docteurs de cette Église. Le » cardinal llellarmin même crut qne rien n'était meilleur « que cette foi d’enfant qui se soumet a une autorité éta-
■ blic , et il raconte avec approbation l'adresse d'un rrm-
• ribontl , qui éluda le diable par ce cercle qu'on lui en-
* tendit répéter souvent :
" Je crois tout ce que croit t'Égiise,
> L'Église croit ce que je crois. »
dans leurs constitutions, propriétés et opérations. Par où je n'entends pas seulement la matière et le corps , mais aussi les esprits , qui ont leurs natures, leurs constitutions , leurs opérations particulières , aussi bien que les corps. C'est ce que j’appelle Physique ' ou philosophie naturelle , en prenant ce mot dons an sens un peu plus étendu qu’on ne le fait ordinairement. La fin de cette science n’est que simple spéculation ; et tout ce qui peut en fournir le sujet à l'esprit de l'homme, est de son district ; soit Dieu lui-même, les anges, Ira esprits , Ira corps , ou quelqu’une de leurs affections, comme le nombre et la figure , etc.
jj 3. 2° Pratique.
La seconde , que Je nomme Pratique •, enseigne les moyens de bien appliquer nos propres puissances et actions , pour obtenir des choses bonnes et utiles. Ce qu’il y a de plus considérable , sous ce chef , c’est la morale , qui consiste il découvrir les règles et les mesures des actions humaines , qui conduisent au bonheur , et Ira moyens de mettre ces règles en pratique. Cette seconde science sc propose pour fin , non pas la simple spéculation et la connaissance de la vérité , mais la justice , et une conduite qui y soit conforme.
S 4. 3° Connaissance des signes.
Enfin , la troisième peut être appelée Sr.puiwmv|, ou science des signes ; et , comme les mots en font la plus ordinaire partie , elle est aussi nommée assez proprement Logique 3. Son emploi consiste à considérer la nature des signes dont l’esprit sc sert, pour entendre les choses , ou pour communiquer sa connaissance aux autres. Car , puisque entre Ira choses que l’esprit contemple , il n’y en a aucune , excepté lui-même, qui soit présente à l'entendement, il est nécessaire que quelque autre chose se présente à lui comme signe ou représentation de la chose qu’il considère , et ce sont les idées. Mais, parce que la scène des idées qui constitue les pensées d’un homme , ne peut pas paraître immédiatement à la vue d’un autre homme, ni être conservée ailleurs que dans la mémoire, qui n'est pas un dépût très-sûr , nous avons besoiu d’attacher nos idées à des signes pour pouvoir nous communiquer réciproquement nos pensées, aussi
* «l»vaixirç.
* flpxxTixyj.
) Aoytxè , du mot )éy»î , qui signifié parole, discours.