‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 334 sur 423 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

i . Apres avoir réglé les droits de la foi et de la raison d’une manière qui fait servir la raison à la foi , bien loin de lui être contraire, nous verrons comment elles exercent ces droits pour maintenir et pour accorder ensemble ce que la lumière naturelle et la lumière révélée nous apprennent de Dieu et de l’homme par rapport au mal. L’on peut distinguer les difficultés en deux classes. Les unes naissent de la liberté de l'homme, laquelle parait incompatible avec la nature divine ; et cependant lu liberté est jugée nécessaire pour que l'homme puisse être jugé coupable et punissable. Les autres regardent la conduite de Dieu , qui semblent lui faire prendre trop de part à l’existence du mal, quand même l'homme serait libre et y prendrait aussi sa part. Et cette conduite parait contraire à la bonté , à la sainteté et à la justice divine , puisque Dieu concourt au mal , tant physique que moral , et qu’il concourt à l'un et à l’autre d’une manière morale , aussi bien que d'une manière physique , et qu'il semble que ces maux se font voir dans l’ordre de la nature , aussi bien que dans celui de In grâce, et dans la vie future et éternelle, aussi

bien et même plus que dans cette vie passagère.

2. Pour représenter ces difficultés en abrégé , il faut remarquer que la liberté est combattue (en apparence) par la détermination ou par la certitude, quelle qu’elle soit; et cependant le dogme commun de nos philosophes porte , que la vérité des futurs contingents est déterminée. La prescieuce de Dieu rend tout l’avenir certain et déterminé ; mais sa providence et sa préordination , sur laquelle la prescience même parait fondée, fait bien plus : car Dieu n'est pas comme un homme, qui peut regarder les événements avec indifférence, et qui peut suspendre son jugement ; puisque rien n’existe qu’ensuite des decrets de sa volonté et par l’action de sa puissance. Et quand même on ferait abstraction du concours de Dien, tout est lié parfaitement dons l’ordre des choses, puisque rien ne saurait arriver sans qu’il y ait une cause disposée comme il faut à produire l’effet : ce qui n’a pas moins lieu dans les actions volontaires que dans toutes les autres. Après quoi il parait que l'homme est forcé à faire le bien et le mal qu'il fait , et , par conséquent, qu’il n’en mérite ni récompense ni

BONTE DE DIEU

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