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De sorte que c'est un jugement terrible

ET LA LIBERTÉ DE L’HOMME. PART. I

que Dieu donnant son (ils unique pour tout le genre humain , et étant l’unique auteur et maitre du salut des hommes, en sauve pourtant si peu, et abandonne tous les autres au diable sou ennemi, qui les tourmente éternellement, et leur fait maudire leur Créateur, quoiqu'ils aient été tous créés pour répandre et manifester sa bonté, sa justice et ses autres perfections : et cet événement imprime d’autant plus d’effroi , que tous ces hommes ne sont malheureux pour toute l’éternité, que parce que Dieu a exposé leurs parents & une tentation A laquelle il savait qu’ils ne résisteraient pas ; que ce péché est inhérent et imputé aux hommes avant que leur volonté y ait part; que ce vice héréditaire détermine leur volonté à commettre des péchés actuels, et qu’une infinité d'hommes , enfants ou adultes , qui n’ont jamais entendu parler de Jésus-Christ, sauveur du genre humain , ou ne l'ont point entendu suffisamment, meurent avant que de recevoir les secours nécessaires pour se retirer de ce gouffre du péché, et sont condamnés A être à jamais rebelles A Dieu , et abîmés dans les misères les plus horribles, avec les plus méchantes de toutes les créatures ; quoique dans le fond ces hommes n’aient pas été plus méchants que d'autres , et que plusieurs d’entre eux aient peut-être été moins coupables qu’une partie de ce petit nombre d'élus qui ont été sauvés par une grâce sans sujet , et qui jouissent par là d’une félicité éternelle, qu’ils n’avaient point méritée. Voilé un abrégé des difficultés que plusieurs ont touchées ; mais M. Bayle a été uu de ceux qui les ont le plus poussées, comme il paraîtra dans ta suite , quand nous examinerons ses passages. Présentement je crois d’avoir rapporté ce qu’il y a de plus essentiel dans ses difficultés ; mais j’ai jugé à propos de m’abstenir de quelques expressions et exagérations qui auraient pu scandaliser, et qui n’auraient point rendu les objections plus fortes.

6. Tournons maintenant la médaille , et représentons aussi ce qu’on peut répondre à ces objections, où il sera nécessaire de s'expliquer par un discours plus ample : car l’on peut entamer beaucoup de difficultés en peu de paroles ; mais ;iour en faire la discussion il faut s'étendre. Notre but est d'éloigner les hommes des fausses idées qui leur représentent Dieu comme un priuee absolu, usant d'un pouvoir despotique, peu propre à être aimé , et peu digne d'être aimé. Ces notions sont d’autant plus mauvaises par rapport a Dieu , que l'essentiel de la

piété est non-seulement de le craindre, mais encore de l'aimer sur toutes choses ; ce qui ne se peut sans qu’on en connaisse les perfections capables d’exciter l'amour qu’il mérite, et qui fait la félicité de ceux qui l’aiment Et nous trouvant animés d'un zèle qui ne peut manquer de lui plaire , nous avons sujet d’espérer qu'il nous éclairera , et qu’il nous assistera lui-méme dans l’exécution d'un dessein entrepris pour sa gloire et pour le bien des hommes, line si bonne cause donne de la confiance : s'il y a des apparences plausibles contre nous, il y a des démonstrations de notre cête; et j’oserais bien dire A un adversaire :

Aspics, quàm mage sit noslrum pnetrabile telum.

7. Dieu est la premier » raison des choses ; car celles qui sont bornées , comme tout ce que nous voyons et expérimentons , sont contingentes, et n’ont rien en elles qui rende leur existence nécessaire ; étant manifeste que le temps, l’espace et la matière, unis et uniformes en eux - mêmes , et indifférents à tout , pouvaient recevoir de tout autres mouvements et figures, et dans un autre ordre. Il faut donc chercher la raison de l’existence du monde , qui est l’assemblage entier des choses contins y entes : et il faut la chercher dans la substance qui porte la raison de son existence avec elle, et laquelle par conséquent est necessaire et étemelle. U faut aussi que cetto cause soit intelligente : car ce monde qui existe étant contingent, et une infinité d'autres mondes étant également possibles et également prétendants à l’existence , pour ainsi dire , aussi bien que lui, il faut que la cause du monde ait eu égard ou relation à tous ces mondes possibles pour en déterminer un. Et cet égard ou rapport d’une substance existante & de simples possibilités, ne peut être autre chose que \' entendement qui en a les idées ; et en déterminer une, ne peut être autre chose que l’acte de la volonté qui choisit. Et c’est la puissance de cette substance qui en rend la volonté efficace. La puissance va A Y être, la sagesse ou l'entendemeut au crai, et la volonté au bien. Et cette cause intelligente doit être infiuie de tontes les manières, et absolument parfaite en puissance , en sagesse et en bonté , puisqu'elle va à tout ce qui est possible. Et comme tout est lié , il n’y a pas lieu d’en admettre plus d'une. Son entendement est la source des es sences, et sa volonté est l’origine des existences. Voilà en peu de mots la preuve d’un Dieu uni-

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