XIII. - C'est un très-grand défaut dans
- ceux qui gouvernent de ne se soucier point » qu'il y ait ou qu'il n'y ait point de désordre
dans leurs États. Le defaut est encore plus » grand , s’ils y veulent et s'ils y souhaitent du « désordre. Si, par des voies cachées et indirectes,
« mais infaillibles , ils excitaient une sédition dans « leurs États pour les mettre à deux doigts de
- leur ruine, afin de se procurer la gloire de faire » voir qu'ils ont le courage et la prudence né-
• cessaires pour sauver un grand royaume prêt » à périr, ils seraient très-condamnables. Mais « s'ils excitaient cette sédition parce qu'il n'y » aurait d'autre moyen que celui-là de prévenir -la ruine totale de leurs sujets , et d'affermir < sur de nouveaux fondements , et pour plusieurs “ siècles, la félicité des peuples , il faudrait plaindre la malheureuse nécessité [voyez ci-des- « sus, pag. 84, 86, 140, ce gui a été dit de la
• force de la nécessité ] où ils auraient été réduits,
• et les louer de l'usage qu’ils en auraient fait. •
Cette maxime, avec plusieurs autres qu'on étale ici, n’est point applicable au gouvernement de Dieu. Outre que ce n’est qu’une très-petite partie de son royaume , dont on nous objecte
ï L’HOMME. PART. 11.
les désordres , il est faux qu'il ne sc soucie point des maux , qu'il les souhaite , qu'il les fasse naître , pour avoir la gloire de les apaiser. Dieu veut l'ordre et le bien ; mais il arrive quelquefois que ce qui est désordre dans la partie est ordre dans le tout. Nous avons déjà allégué cet axiome de droit : Incivile est nisi totd lege inspecta judicare. La permission des maux vient d'une espèce de nécessité morale : Dieu y est obligé par sa sagesse et par sa bonté: cette nécessité est heureuse , au lieu que celle du prince , dont parle la maxinc , est malheureuse. Son État est un des plus corrompus , et le gouvernement de Dieu est le meilleur État qui soit possible.