XIV. “La permission d’un certain ma
• n’est excusable que lorsque l'on n’y saurait
• remédier sans introduire un plus grand mal ; « mais elle ne saurait être excusable dans ceux
• qui ont en main un remède tres-efilcace contre « ce mal , et contre tous les autres maux qui “ pourraient naftre de la suppression de celui-ci. -
La maxime est vraie, mais elle ne peut pas être alléguée contre le gouvernement de Dieu. La suprême raison l'oblige de permettre le mal. Si Dieu choisissait ce qui ne serait pas le meilleur absolument et en tout , ce serait un plus grand mal que tous les maux particuliers qu'il pourrait empêcher par ce moyen. Ce mauvais choix renverserait sa sagesse ou sa bonté.
130. XV. «L’Être infiniment puissant, et « créateur de la matière et des esprits , fait tout
• ce qu’il veut de cette matière et de ces esprits. « Il n’y a point de situation et de figure qu’il ne « puisse communiquer aux esprits. S'il permettait « donc un mal physique ou un mal moral , ce ne
- serait pas à cause que sans cela quelque autre
• mal physique ou moral , encore plus grand ,
- serait tout à fait inévitable. Nulle des raisons ■ du mélange du bien et du mal , fondée sur la
• limitation des forces des bienfaiteurs, ne lui sau-
• rait convenir. «
II est vrai que Dieu fait de la matière et des esprits tout ce qu'il veut ; mais il est comme un bon sculpteur , qui ne veut faire de son bloc de marbre que ce qu'il juge de meilleur , et qui en juge bien. Dieu fait de la matière la plus belle de toutes les machines possibles ; il fait des esprits le plus beau de tous les gouvernements concevables ; et, par-dessus tout cela , il établit [mur leur union la plus parfaite de toutes les harmonies , suivant le système que j'ai proposé. Or, puisque le mal physique et le mal moral se trouvent dans ce parfait ouvrage, on en doit juger (contre ce
ESSAIS Si R LA HOME DE DIKl;,
une M. Bayle assurcici ) que sans cela un mal encore plus grand aurait été tout à fait inévitable. Ce mal si grand serait que Dieu aurait mal choisi, s’il avait choisi autrement qu’il n'a fait, il est vrai que Dieu est infiniment puissant; mais sa puissance est indéterminée , la bonté et la sagesse jointes la déterminent à produire le meilleur. M. Bayle fait ailleurs une objection qui lui est particulière , qu'il tire des sentiments des cartésiens modernes, qui disent que Dieu pouvait donner aux âmes les pensées qu'il voulait, sans les faire dépendre d'aucun rapport aux corps : par ec moyen on épargnerait aux âmes un grand nombre de maux qui ne viennent que du dérangement des corps. On en parlera davantage plus bas; maintenant il suffît de considérer que Dieu ne saurait établir un système mal lié et plein de dissonnances. La nature des âmes est en partie de représenter les corps.