‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 347 sur 423 · XVI. - On est autant la cause d'un évé · texte numérisé non relu

XVI. - On est autant la cause d'un évé

• nement, lorsqu'on le procure par des voies

• morales , que lorsqu'on le procure par les voies

• physiques. Un ministre d'État, qui , sans sortir

• de son cabinet , et se servant seulement des

• passions des directeurs d’une cabale, renver-

- serait tous leurs complots, ne serait pas moins

• l'auteur de la ruine de cette cabale que s'il la

- détruisait par des coups de main. »

Je n'ai rien à dire contre cette maxime. On impute toujours le mal aux causes morales, et on ne l'impute pas toujours aux causes physiques. J'y remarque seulement que si je ne pouvais empêcher le péché d’autrui qu'en commettant moiméme un péché , j'aurais raison de le permettre, et je n’en serais point complice, ni cause morale. En Dieu , tout défaut tiendrait lieu de péché ; il serait même plus que le péché , car il détruirait la divinité. Et ce serait un grand défaut & lui de ne point choisir le meilleur. Je l’ai déjà dit plusieurs fois. Il empêcherait donc le péché par quelque chose de plus mauvais que tous les péchés.

1 32. XVII. « C’est toute la même chose, d’em-

- ployer une cause nécessaire , et d'employer

- une cause libre , en choisissant les moments « ou on la connaît déterminée. Si je suppose que

• la poudre à canon a le pouvoir de s’allumer ■ ou de ne s'allumer pas quand le feu la touche, « et que je sache certainement qu'elle sera d'hu-

• meur à s'allumer à huit heures du matin , je « serai antant la cause de ses effets en y appli-

- quant le feu â cette heurc-là , que je le serais » dans la supposition véritable qu'elle est une

« cause nécessaire. Car, à mon égard , elle ne se-

• rait plus une cause libre ; je la prendrais dans

■ le moment où je la saurais nécessitée par son

■ propre choix. Il est impossible qu’un être soit

• libre ou indifférent A l'égard de ce a quoi il

- est déjà déterminé , et quant au temps où il » y est déterminé. Tout ce qui existe , existe

- nécessairement pendant qu’il existe. [T4 «Tv»i « to 5v otccv $ , xal -ro 8v eTvai Sens pi) r, ,

- ivoryxr,. Nccesse est id quod est, quando est,

■ esse ; et id quod non est, quando non est,

• non esse. Arislot., de Interprct., cap. U. Les «nominaux ont adopte cette maxime d’Aris- « totc. Seot et plusieurs autres scolastiques sem- « blent la rejeter , mais au fond leurs distinc- « tions reviennent à la même chose. Voyez les «jésuites de Conimbre sur cet endroit d’Aris- ■■ tote , p. 880 et seq. ] »

Cette maxime peut passer aussi ; je voudrais seulement changer quelque chose dans les phrases. Je ne prendrais point libre et indiffèrent pour une même chose , et ne fêtais point opposition entre libre et déterminé. On n'est jamais parfaitement indifférent d’une indifférence d’équilibre; on est toujours plus incliné, et par conséquent plus déterminé d'un côté que d'un autre; mais on n’est jamais nécessité aux choix qu’on fait. J'entends ici une nécessité absolue et métaphysique ; car il faut avouer que Dieu , que le sage est porté au meilleur par une nécessité morale. 11 faut avouer aussi qu’on est nécessité au choix par une nécessité hypothétique, lorsqu'on fait le choix actuellement ; et même auparavant on y est nécessité par la vérité même de la fùturition , puisqu'on le fera. Ces nécessités hypothétiques ne nuisent point. J'en ai assez parlé ci-dessus.

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