‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 349 sur 423 · XIX. » Les médecins, qui, parmi bcau · texte numérisé non relu

XIX. » Les médecins, qui, parmi bcau

■ coup de remèdes capables de guérir un ma-

■ lade, et dont il y en a plusieurs qu’ils seraient » fort assurés qu’il prendrait avec plaisir, clioi-

ESSAIS SDK LA BONTÉ DE DIEU

• siralcnt précisément celui qu'ils sauraient qu'il « refuserait de prendre , auraient beau l’exhorter « et le prier de ne le refuser pas ; on aurait « néanmoins un juste sujet de croire qu'ils n'au-

• raient aucune envie de le guérir : car s’ils sou- . haitaient de le faire , Ils lui choisiraient l'une o de ces bonnes médecines qu'ils sauraient qu’il

- voudrait bien avaler. Que si d'ailleurs ils sa-

- valent que le refus du remède qu’ils lui offri-

• raient augmenterait sa maladie jusqu’à la

• rendre mortelle , on ne pourrait s'empêcher de ■ dire qu'avec toutes leurs exhortations ils ne

• laisseraient pas de souhaiter la mort du ma-

• lade. •

Dieu veut sauver tous les hommes; cela veut dire qu'il les sauverait , si les hommes ne l'empêehaicnt pas eux-mémes, et ne refusaient pas de recevoir ses grâces; et il n’est point obligé ni porté par la raison à surmonter toujours leur ' mauvaise volonté. Il le fait pourtant quelque- ’ fois , lorsque des raisons supérieures le permettent , et lorsque sa volonté conséquente et décrétoirc, qui résulte de toutes scs raisons, le détermine à l'élection d'un certain nombre d'hommes. Il donne des secours à tous pour se convertir et pour persévérer, et ces secours sont suffisants dans ceux qui ont bonne volonté ; mais ils ne sont pas toujours suffisants pour la donner. Les hommes obtiennent cette bonne volonté , soit par des secours particuliers , soit par des circonstances qui font réussir les secours généraux. 11 ne peut s'empêcher d'offrir encore des remèdes qu’il sait qu’on refusera, et qu'on en sera plus coupable : mais voudra-t-on que Dieu soit injuste, nUn que l’homme soit moins criminel ? Outre que les grâces qui ne servent pas à l’un peuvent servir à l’autre, et servent même toujours à l’intégrité du plan de Dieu, le mieux conçu qu'il se puisse, Dieu ne donnera-t-il point la pluie, parce qu’il y a des lieux bas qui en seront incommodés ? Le soleil ne luira-t-il pas autant qu’il faut pour le général , parce qu’il y a des endroits qui en seront trop desséchés ? Enfin toutes les comparaisons, dont parlent ces maximes que M. Bayle vient de donner, d’un médecin , d’un bienfaiteur , d'un ministre d’Ëtat , d'un prince, clochent fort , parce qu’on connaît leurs devoirs , et ce qui peut et doit être l’objet de leurs soins : ils n'ont presque qu’une affaire , et ils y manquent souvent par négligence ou par malice. L’objet de Dieu a quelque chose d'infini , ses soins embrassent l'univers ; ce que nous en connaissons n'est presque rien , et nous voudrions

mesurer sa sagesse et sa bonté par notre connaissance : quelle témérité , ou plutôt quelle absurdité ! Les objections supposent faux ; il est ridicule de juger du droit, quand on ne connaît point le fait. Dire avec saint Paul : O altitudo divitiarum et sapientiœ, ce n’est point renoncer a la raison , c'est employer plutôt les raisons que nous connaissons ; car elles nous apprennent cette Immensité de Dieu dont l’apôtre parle : mais c'est avouer notre ignorance sur les faits ; c’est reconnaître cependant , avant que de voir, que Dieu fait tout le mieux qu’il est possible , suivant la sagesse infinie qui règle scs actions. Il est vrai que nous en avons déjà des preuves et des essais devant nos yeux , lorsque nous voyons quelque chose d'entier, quelque tout accompli en soi, et Isolé , pour ainsi dire, parmi les ouvrages de Dieu. Un tel tout, formé, pour ainsi dire, de la main de Dieu , est une plante , un animal , un homme. Nous ne saurions assez admirer la beauté et l'artifice de sa structure. Mais lorsque nous voyons quelque os cassé , quelque morceau de chair des animaux , quelque brin d’une plante, il n’y paraît que du désordre , à moins qu'un excellent anatomiste ne le regarde; et celui-là même n’y reconnaîtrait rien s'il n'avait vu auparavant des morceaux semblables attachés à leur tout. Il en est de même du gouvernement de Dieu : ce que nous en pouvons voir jusqu’ici n’est pas un assez gros morceau pour y reconnaître la beauté et l’ordre du tout. Ainsi la nature même des choses porte que cet ordre de la cité divine , que nous ne voyons pas encore icibas, soit un objet de notre foi, de notre espérance , de notre confiance en Dieu. S’il y en a qui en jugent autrement, tant pis pour eux; ce sont des mécontents dans l’État du plus grand et du meilleur de tous les monarques , et ils ont tort de ne point profiter des échantillons qu’il leur a donnés de sa sagesse et de sa bonté infinie pour se faire connaître non -seulement admirable , mais encore aimable au delà de toutes choses.

ISS. J’espère qu’on trouvera que rien de ee qui est compris dans ces dix-neuf maximes de M. Bayle, que nous venons de considérer, n'est demeuré sans une réponse nécessaire. Il y a de l’apparence qu'ayant souvent médité auparavant sur cette matière , il y aura mis ce qu’il croyait le pins fort touchant la cause morale du mal moral. Il se trouve pourtant encore là-dessus par-ci par-là plusieurs endroits dans ses ouvrages qu’il sera bon de ne point passer sous si-

ET LA LIBERTE DE L’HOMME. PART. II

lence. Il exagère bien souvent la difficulté qu'il croit qu'il y a de mettre Dieu & couvert de l’Imputation du péché. Il remarque (Rép. au prov. , ch. tel, p. 1024) que Mollna, s’il a accordé le libre arbitre avec la prescience, n’a point accordé la bonté et la sainteté de Dieu avec le péché. Il loue la sincérité de ceux qui avouent rondement ( comme il veut que Plscator l’a fait ) que tout retombe enfin sur la volonté de Dieu , et qui prétendeut que Dieu ne laisserait pas d’étre juste , quand même il serait l’auteur du péché , quand même il condamnerait des innocenta. Et , de l’autre côté, ou en d’autres endroits , il semble qu’il applaudit davantage aux sentiments de ceux qui sauvent sa bonté aux dépens de sa grandeur, comme fait Plutarque dans son livre contre les stoïciens. « Il était pins «raisonnable, dit-il, de dire {avec les épieu-

■ riens ) que des parties innombrables ( ou des « atomes voltigeant au hasard par un espace

• infini), prévalant par leur force à la faiblesse « de Jupiter , fissent malgré lui, et contre sa na-

■ turc et volonté, beaucoup de choses mauvaises

• et absurdes, que de demeurer d’accord qu’il

• n’y a ni confusion ni méchanceté dont il ne « soit l’auteur. » Ce qui se peut dire pour l’un et pour l’autre de ces partis des stoïciens ou des épicuriens parait avoir porté M. Bayle à l’iiré- /tiv des pyrrhoniens, à la suspension de son jugement, par rapport à la raison, tant que la foi est mise a part , à laquelle il professe de se soumettre sincèrement.

1 30. Cependant, poursuivant ses raisonnements, il est allé jusqu'à vouloir quasi faire ressusciter et renforcer ceux des sectateurs de Manès , hérétique persan du troisième siècle du christianisme , ou d'un certain Paul , chef des manichéens en Arménie dans le septième siècle, qui leur fit donner le nom de pauliciens. Tous ces hérétiques renouvelèrent ce qu’un ancien philosophe de la haute Asie, connu sous le nom de Zoroastre, avait enseigné, à ce qu’on dit , de deux principes intelligents de toutes choses, l'un bon , l'autre mauvais ; dogme qui était peut-être venu des Indiens , où il y a encore quantité de gens attachés A cette erreur, fort propre à surprendre l'ignorance et la superstition humaine , puisque quantité de peuples barbares , même dans l'Amérique, ont donné là dedans , sans avoir eu besoin de philosophie. Les Slaves ( chez Helmold) avaient leur Zenebog , c’est-à-dire , dieu noir. Les Grecs et les Romains , tout sages qu'ils paraissent , avaient un Vejovis ou Anti-Jupiter ,

nommé autrement Pluton , et quantité d’autres divinités malfaisantes. La déesse Némésis se plaisait a abaisser ceux qui étaient trop heureux ; et Hérodote insinue en quelques endroits qu’il croyait que toute la Divinité est envieuse , ce qui ne s’accorde pourtant point avec la doctrine des deux principes.

137. Plutarque, dans son Traité d'Isis etd’Osiris, ne connaît point d’auteur plus ancien qui les ait enseignés que Zoroastre le magicien, comme il l'appelle. Trogus ou Justin en fait un roi des Bactriens, que Ninus ou Sémiramis vainquirent; il lui attibue la connaissance de l’astronomie et l’invention de la magie : mais cette magie était apparemment la religion des adorateurs du feu , et fl paraît qu’il considérait la lumière ou la chaleur comme le bon principe; mais 11 y ajoutait le mauvais , c’est-à-dire , l’opacité , les ténèbres , le froid. Pline rapporte le témoignage d’un certain Hermlppe, interprète des livres de Zoroastre , qui le faisait disciple en l’art magique d'un nommé Azonace, pourvu que ce nom ne soit corrompu de celui d'Oromase , dont nous parlerons tantôt, et que Platon, dans l’Alcibiade, fait père de Zoroastre. Les Orientaux modernes appellent Zerdust celui que les Grecs appelaient Zoroastre; en le fait répondre à Mercure , parce que le mercredi on a son nom chez quelques peuples. Il est difficile de débrouiller son histoire et le temps auquel il a vécu. Suidas le lait antérieur de cinq cents ans à la prise de Troie : des anciens, chez Pline et chez Plutarque, en disent dix fois autant. Mais Xanthus le Lydien ( dans la préface de Diogène Laerce) ne le fait antérieur que de six cents ans à l'expédition de Xercès. Platon déclare dans le même endroit , comme M. Bayle le remarque, que la magie de Zoroastre n’était autre chose que l’étude de la religion. M. Hyde, dans son livre de la Religion des anciens Perses, tâche de la justifier, et de la laver non-seulement du crime de l'impiété, mais encore de celui de l’idolâtrie. Le culte du feu était reçu chez les Perses et chez les Chaldéens : on croit qu’Abraham le quitta en sortant d’L'r, en Chaldée. Mithra était le soleil , et il était aussi le dieu des Perses , et au rapport d’Ovide on lui sacrifiait des chevaux.

Plaçai cquo Pénis roifiij Hgperiona cinctum ,

Se detur celert victlma tarda Deo.

Mais M. Hyde croit qu'ils ne se servaient du soleil et du feu dans leur cuite que comme de symboles de la Diviulté. Tcut-êtrc faut-il distinguer,

5f,4 ESSAIS SUR LA

comme ailleurs, entre les sages et le peuple. Il y a dans les admirables ruines de Pcrsépolis ou de Tschelminaar ( qui veut dire quarante colonnes ) des représentations de leurs cérémonies en sculpture, lin ambassadeur de Hollande les avait fait dessiner avec bien de la dépense par un peintré qui y avait employé un temps considérait : mais je ne sais par quel accident ces dessins tombèrent entre les mains de M. Chardin, connu par ses Voyages; suivant cequ'il en a rapporté lui-méme, ce serait dommage s’ils se perdaient. Ces ruines sont un des plus anciens et des plus beaux monuments de la terre , et j'admire à cet égard le peu de curiosité d’un siècle aussi curieux que le nôtre.

1 38. Les anciens Grecs et les Orientaux modernes s'accordent a dire que Zoroastrc appelait le bon dieu Oromazes, ou plutôt Oromasdes, et le mauvais dieu Arimanius. Lorsque j’ai considéré que de grands princes de la haute Asie ont eu le nom d' Hormisdas, et qu'Irmin ou Hcrmin a été le nom d’un dieu ou ancien héros des Celto-Scytbes, c’est-à-dire, des Germains, il m'est venu en pensée que cet Arimanius on lrmin pourrait avoir été un grand conquérant très-ancien , venant de l'Occident , comme Chingis-Chan et Tamerlan venant de l'Orient l’ont été depuis. Ariman serait donc venu de l’Occident boréal , c’est-à-dire, de la Germanie et de la Sarmatle , par Ira Alains et les Massagètes, faire irruption dans les États d’un Hormisdas , grand roi dans la haute Asie , comme d’autres Scythes l’ont fait depuis du temps de Cyaxare, roi des Mcdra , au rapport d’Hérodote. Le monarque gouvernant des peuples civilisés , et travaillant à Ira défendre contre les barbares, aurait passé dans la postérité , parmi les mêmes peuples , pour le bon dieu ; mais le chef de ces ravageurs sera devenu le symbole du mauvais principe : il n’y a rien de si naturel. 11 parait , par ccttc mythologie même, que ces deux princes ont combattu longtemps , mais que pas un des deux n’a été vainqueur. Ainsi ils se sont maintenus tous deux , comme les deux principes ont partagé l'empire du monde , selon l’hypothèse attribuée à Zoroaslre.

1 39. Il reste A prouver qu’un ancien dieu ou héros des Germains a été appelé Herman , Ariman ou lrmin. Tacite rapporte que les trois peuples qui composaient In Germanie , Ira lugcvons, les lstevons et les Herminons ou Herroions, ont été appelés ainsi des trois fils de Mannus. Que cela soit vrai ou non , il a toujours

BONTÉ DE DIEU

voulu indiquer qu'il y a eu un héros nommé Hermin , dont on lui avait dit que les Herminons étaient nommes. Herminons, Hermenner , Hermunduri , sont la même chose , et veulent dire soldats. Encore dans la basse histoire, Arimanni étaient viri militares, et il y a feudum Arimandiœ dans le droit lombard.

140. J’ai montré ailleurs qu'apparemment le nom d'une partie de la Germanie a été donné au tout , et que de ces Herminones ou Hermunduri, tous ira peuples teutoniqura out été appelés Hennanni ou Oermani; car la différence de ces deux mots n'est que dans la force de l'aspiration : comme diffère le commencement daus le Germant des latins et dans le Hermanos des Espagnols , ou comme dans le Gammarus des latins et dans le Hummer (c’est-à-dire écrevisse de mer) des bas Allemands. Et il rat fort ordinaire qu’une partie d'une nation donne le nom au tout , comme tous les Germains ont été appelés Allemands par Ira Français ; et cependant ce nom n'appartient , selon l’ancien style , qu'aux Souabes et aux Suisses. Et quoique Tacite n'ait pas bien connu l’origine du nom des Germains, il a dit quelque chose de favorable à mon opinion, lorsqu’il marque que c'était un nom qui donnait de la terreur, pris ou donné, ob metum. C’est qu’il signifie un guerrier: heer, hari, est armée, d’où vient hariban ou clameur de haro, c’est-à-dire, un ordre général de se trouver à l'armée , qu’on a corrompu en arricre-ban. Ainsi Hariman ou Ariman, German, Guerreman , est un soldat. Car comme hari, heer rat armée , ainsi wehr signifie armes, wchren combattre, faire la guerre; le mot guerre, guerra , venant sans doute de la même source. J'ai déjà parlé du feudum Arimandiœ ; et non-seulement Herminons ou Germains ne voulaient dire autre chose , mais encore cet ancien Herman, prétendu fils de Mannus, a eu ce nom apparemment comme si on l'avait voulu nommer guerrier par excellence.

141. Or ce n'est pas le passage de Tacite seulement qui nous indique ce dieu ou héros ; nous né pouvons douter qu'il n'y en ait eu un de ce nom parmi ces peuples, puisque Charlemagne a trouvé et détruit proche du Weser la colonne appelée Irmin-Sul, dressée à l’honneur de ce dieu. Et cela joint au passage de Tacite nous fait juger que ce n’a pas été au célèbre Armlnius, ennemi des Romains, mais à un héros plus grand et plus ancien , que ce culte se rapportait. Armlnius portait le même nom , comme font encore au-

Iby-l

ET LA LIBERTE DE L’HOMME. PART. IL

jnurd'hui ceux qui portent celui de Herman. Arn.inius n’a pas été assez grand, ni assez heureux, ni assez connu par toute la Germanie, pour obtenir l'honneur d'un culte public, même des peuples éloignés, comme des Saxons, qui sont venus longtemps après lui dans le pays des Cherusqucs. Et notre Arminius, pris pour le mauvais dieu par les Asiatiques , est un surcrott de confirmation pour mon opinion. Car dans ces matières les conjectures se confirment les unes les autres sans aucun cercle de logique , quand leurs fondements tendent à un même but.

142. Il n’est pas incroyable que le Hermes ( c'est-A-diçe, -Mercure ) des Grecs soit le même Hennin ou Ariman. Il peut avoir été inventeur ou promoteur des arts , et d’une vie un peu plus civilisée parmi ceux de sa nation , et dans les pays où il était le maitre, pendant qu'il passait pour l'auteur du désordre chez ses ennemis. Que sait-on s'il n'est pas venu Jusque dans l’Égypte , comme les Scythes qui poursuivirent Sésostriset vinrènt près de là î Theut , Menés et Hermes ont été connus et honorés dons l’Égypte. Ils pourraient être Thuiscon, son fils Mannus et Herman, fils de Mannus , suivant la généalogie de Tacite. Menés passe pour le plus ancien roi des Égyptiens, T/ieul était un nom de Mercure chez eux. Au moins Theut ou Thuiscon, dont Tacite fait descendre les Germains , et dont les Teutons, Tuilsche (c’cst-ù-dire, Germains) ont encore aujourd'hui le nom , est le même avec ce Teutatcs que Lucain fait adorer par les Gaulois , et que César a pris pro Dite Pâtre, pour Pluton, à cause de la ressemblance de son nom latin avec celui de Tout ou Thiet, Titan, Théodon, qui a signifié anciennement hommes , peuple , et encore un homme excellent (comme le mot baron), enfin un prince. Et il y a des autorités pour toutes ces significations : mais il ne faut point s’y arrêter ici. M. Otto Sperllng , connu par plusieurs savants écrits , mais qui en a encore beaucoup d’autres prêts à paraître , a raisonné dans une dissertation exprès -sur le Teutatcs, dieu des Celtes ; et quelques remarques que je lui ai communiquées là-dessus ont été mises dons 1rs Nouvelles littéraires de la mer Baltique, aussi bien que sa réponse. Il prend un peu autrement que mol ce passage de Lucain :

TeuUi tes . pallensque /cris altnnbu* Hrsus ,

Et Tar amis Scythietr non rnitwr ara Dianrv.

Hesus apparemment était le dieu de la guerre , (fui était appelé Ares des Grecs et F.rich des

anciens Germains, dont il reste encore triaittag , mardi. Les lettres R et S , qui sont d’un même organe, se changent aisément , par exemple , lUoar et Moas, Geren et Gesen, Erwar et Erwas, Fer, Hierro, Eiron, Eisen. Item Papisius, Vatesius, F'usius, au lieu de Papirius, Valerius , Furius , chez les anciens Romains . Pour ce qui est de Taramts ou peut-être Tarants , on sait que Taran était le tonnerre , ou le dieu du tonnerre, chez les anciens Celtes, appelé Tor des Germains septentrionaux-, d’ou les Anglais ont gardé thursday, Jeudi, diem Jovis. Et le passage de Lucain veut dire que l’autel de Taran, dieu des Celtes , n’était pas moins cruel que celui de la Diane taurique; Taranis a ram non mitiorem ara Diance Scythicœ fuisse.

1 43. Il n’est pas impossible aussi qu’il y ait eu un temps auquel des princes occidentaux ou celtes se soient rendus maîtres de la Grèce, de l’Égypte et d’une bonne partie de l’Asie, et que leur culte soit resté dans ces pays-là. Quand on considérera avec quelle rapidité les Huns, les Sarrasins et les Tartares se sont emparés d'une grande partie de notre continent , on s’en étonnera moins ; et ce grand nombre de mots de la langue allemande et de la langue celtique, qui conviennent si bien entre eux, le confirme. Cailiruaque , dans un hymne à l’honneur d'Apollon , parait insinuer que les Celtes qui attaquèrent le temple deiphlque, sous leur Brennus ou chef , étaient de la postérité des anciens Titans et Géants, qui firent la guerre à Jupiter et aux autres dieux , c'est-à-dire, aux princes de l’Asie et de la Grèce. Il se peut que Jupiter soit descendu lui-même des Titans ou Théodons , c'est-à-dire, des princes celto-scythes antérieurs , et ce que feu M. l'abbé de la Charmoye a recueilli dans ses Origines celtiques s'y accorde ; quoiqu’il y ait d'ailleurs des opinions dans cet ouvrage de ce savant auteur qui ne me paraissent point vraisemblables, particulièrement lorsqu'il exclut les Germains du nombre des Celtes , ne s'étant pas assez souvenu des autorités des anciens , et n'ayant pas assez su le rapport de l'ancienne langue gauloise avec la langue germanique. Or les Géants prétendus qui voulaient escalader le ciel étaient de nouveaux Celtes qui allaient sur la piste de leurs ancêtres ; et Jupiter , bien que leur parent , pour ainsi dire , était obligé de leur résister; comme les AVlsigoths établis dans les Gaules s'opposaient avec les Romains à d'autres peuples de la Germanie et de la Scythic , qui venaient après eux sous la conduite

• ESSAIS SLR LA BONTE DE DIEU

d'Attila , maître alors des nations scythlques , | sarmatlques et germaniques, depuis les frontières de la Perse jusqu'au Rhin. Mats le plaisir qu'on sent lorsqu’on croit trouver dans les mythologie» des dieu* quelque trace de l’ancienne histoire des temps fabuleux m’a emporté peut-être trop loin , et je ne sais si j'aurai mieux rencontré que Goropius Becanus, que Schricckius, que M. Rudbeck, et que M. l’abbé de la Charmoye.

144. Retournons à Zoroastre qui nous a mené b Oromasdes et à Arlmanius, auteurs du bien et du mal , et supposons qu’il les ait considérés comme deux principes éternels opposés l'un à l’autre , quoiqu’il y ait lieu d’en douter. L'on croit que Marcion , disciple de Cerdon , a été de ce sentiment avant Mânes. M. Bayle reconnaît que ces hommes ont raisonné d’une manière pitoyable ; mais il croit qu'ils n’ont pas assez connu leurs avantages, ni su faire jouer leur principale machine , qui était la difficulté sur l’origine du mai. Il s’imagine qu’un habile homme de leur parti aurait bien embarrassé les orthodoxes, et il semble que lui-même , faute d’un autre , a voulu se charger d'nn soin si peu nécessaire , au jugement de bien des gens. « Toutes les « hypothèses , dit-il ( Dictionn. , art. Marcion,

« pag. 2039), que les chrétiens ont établies, pa-

• rent mal les coups qu’on leur porte : elles triom- « phent toutesquand elles agissent offensivement;

■ mais elles perdent tout leur avantage , quand il

• faut qu’elles soutiennent l'attaque. • Il avoue que les dualistes ( comme il les appelle avec M. Hyde), c'est-à-dire, les défenseurs de deux principes, auraient bieutêt été mis en fuite par des raisons a priori , prises de la nature de Dieu ; mais il s’imagine qu’ils triomphent à leur tour , quand on vient aux raisons a posteriori, prises de l’existence du mal.

145. Il en donne un ample détail dans son Dictionnaire, art. Manichéens, p. 2025 , où il faut entrer un peu pour mieux éclaircir toute cette matière. - Les idées les plus sûres et les plus clai- > res de l'ordre nous apprennent , dit-il , qu’un

• être qui existe par lui-même, qui est nécessaire,

• qui est éternel , doit être unique, iniini , tout- « puissant , et doué de toutes sortes de perfec- « tions. » Ce raisonnement aurait mérité d'être un peu mieux développé. • Il faut malnte- « nant voir , poursuit-il , si les phénomènes de « la nature se peuvent commodément expliquer « par l’hypothèse d'un seul principe. » Nous l'avons expliqué suffisamment, en montrant qu'il y a des cas où quelque désordre dans la partie

est nécessaire pour produire le plus grand ordre dans le tout. Mais il parait que M. Bayle y eu demande un peu trop; Il voudrait qu'on lui montrât en détail comment le mal est lié avec le meilleur projet possible de l’univers , ce qui serait une explication parfaite du phénomène ; mais nous n’entreprenons pas de la donner , et n’y sommes pas obligés non plus, car on n’est point obligé à ce qui nous est impossible dans l’état où nous sommes : il nous suffit de faire remarquer que rien n'empêche qu'un certain mal particulier ne soit lié avec ce qui est le meilleur en général. Cette explication imparfaite , et qui laisse quelque chose à découvrir dans l'autre vie , est suffisante pour la solution des objections , mais non pas pour une compréhension de la chose.

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