SECOND SYLLOGISME
L'ouvrage le plus digne de la sagesse de Dieu comprend entre autres choses le péché de tous les hommes , et la damnation éternelle de ta plus grande partie des hommes.
Or Dieu veut nécessairement fourrage le plus digne de sa sagesse.
Il veut donc nécessairement l'ouvrage gui comprend entre autres te péché de tous les hommes, et la damnation étemelle de la plus grande partie des hommes.
Passe pour la majeure, mais on nie la mineure. Les décrets de Dieu sont toujours libres, quoique Dieu y soit toujours porté par des raisons qui consistent dans la vue du bien ; car, être nécessité moralement par la sagesse, être obligé par la considération du bien , c’est être libre , c'est n'être point nécessité métaphysiquement. Et la nécessité métaphysique seule, comme nous avons remarqué tant de fois, est opposée a la liberté.
238. Je n'examine point les syllogismes que M. Bayle objecte dans le chapitre suivant (ch. 142), contre le système, des sttpralapsaires , et particuliérement contre le discours que Théodore de Bexe lit dans le colloque de Montbéliard, l'an I48n. Ces syllogismes ont presque le même défaut que ceux que nous venons d'examiner; mais j'avoue que le système même de Bèze ne satisfait point. Ce colloque aussi ne servit qu'a augmenter les aigreurs des partis. » Dieu a créé > le monde a sa gloire ; sa gloire n'est connue » [selon Itize), si sa miséricorde et sa justice '
■ n'est déclarée : pour cette cause il a déclaré « aucuns certains hommes de pure gréee a vie • étemelle , et aucuns par juste jugement à dam- « nation étemelle. La miséricorde présuppose la » misère , la justice présuppose la coulpe { il
■ pouvait ajouter t/u’encore la misère suppose « ta coulpe). Cependant Dieu étant bon , voire » la bonté même , Il a créé l’homme Ik>u et juste,
« mais mnable, et qui peut pécher de sa franche « volonté. L’homme n'est point chu a la volée ou « témérairement , ni par les causes ordonnées par
■ quelque autre dieu , scion les manichéens , «mais par In 'providence de Dieu ; toutefois de « telle sorte que. Dieu ne fut point enveloppe dans - la faute : par autant que l'homme n'a point été « contraint de pécher. »
23". Ce système n'est pas des mieux imagi-
nés : il n’est pas fort propre a faire voir In sagesse , la bonté et la justice de Dieu, et heureusement il est presque abandonné aujourd'hui. S’il n’y avait point d'autres raisons plus profondes , capables de porter Dieu à la permission de la eoulpc, source de la misère, il n’y aurait ni coulpe , ni misère dans le monde , car celles qn'on allègue ici ne suflisent point. 11 déclarerait mieux sa miséricorde en empêchant la misère , et il déclarerait mieux sa justice en empêchant la coulpe , en avançant la vertu , en la récompensant. L’on ne voit pas aussi comment celui qui non -seulement fait qu'un homme puisse tomber, mais qui dispose les circonstances en sorte qu’elles contribuent a le faire tomber, n’eu soit point coupable, s’il n’y a d’autres raisons qui l’y obligent. Mais lorsqu'on considère que Dieu , parfaitement bon et sage , doit avoir produit toute la vertu , bonté , félicité , dont le meilleur plan de l'univers est capable , et que souvent un mal dans quelques parties peut servir a un plus grand bien du tout , l'on juge aisément que Dieu peut avoir donné place a l’infélicité, et permis même la coulpe, comme il a fait , sans en pouvoir être blême. C’est l’unique remède qui remplit ce qui manque à tous les systèmes , de quelque manière qu’on range les décrets. Saint Augustin a déjà favorisé ces pensées , et l’on peut dire d’Ève, ce que le poète dit de la main de Mutius Scævola :
Si non erras&et , fecera! ilia minus.
240. Je trouve que le célèbre prélat anglais . qui a fait un livre ingénieux de l’origine du mal, dont quelques passages ont été combattus par M. Bayle, dans le second tome de sa Réponse aux questions d’un provincial, quoiqu’il semble éloigné de quelques-uns des sentiments que j’ai soutenus ici, et paraisse recourir quelquefois À un pouvoir despotique, comme si lu volonté de Dieu ne suivait pas les règles de la sagesse A l'égard du bien ou du mal , mais décernait arbitrairement qu'une telle ou telle chose doit laisser pour bonne ou mauvaise; et comme si même la volonté de la créature , en tant que libre , ne choisissait pas , para1 que l'objet lui parait lion , mois par une détermination purement arbitraire, indépendante de la représentation de l'objet; cet évêque, dis-je, ne laisse pas de dire en d'autres endroits , des choses qni semblent plus favorables A ma doctrine qu'a ce qui y [Tarait contraire dans la sienne. Il dit
ESSAIS SUR LA BONTÉ DE DIEU
que ce qu'une cause infiniment sage et libre a choisi, est meilleur que ce qu’elle n'a point choisi. N'cst-ce pas reconnaître que la bonté est
l'objet et la raison de son choix ? Dans ce sens on dira fort bien ici :
Sic ptacuit super is ; quœrrre plura ne/as.