‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 356 sur 423 · GO-2 ESSAIS SI R LA · texte numérisé non relu

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tranches. Si de telles gens pouvaient garder les avantages du corps et du cœur , et les joindre à nos connaissances , iis nous passeraient de toutes les manières :

Estât ut in medits turns aprica casis.

Ils seraient par rapport à nous , ce qu'un géant est à un nain , une montagne à une colline :

Quantus Sryx. et quantus Athos, gaudrtque nivali

Vrrtice te attoltens pntrr Aprnninus ad auras.

247. Tout ce qu’une merveilleuse vigueur de corps et d'esprit fait dans ces sauvages entêtés d'un point d’honneur des plus singuliers, pourrait être acquis parmi nous par l'éducation', par des mortifications bien assaisonnées, par une joie dominante fondée en raisons , par un grand exercice à conserver une certaine présence d’esprit nu milieu des distractions et des impressions les plus capables de le troubler. On raconte quelque chose d'approchant des anciens Assassins, sujets et élèves du Vieux, ou plutôt Seigneur (Senior) de la montagne. Une telle école (mais pour un meilleur but) serait bonne pour les missionnaires qui voudraient rentrer dans le Japon. Les gymnosophistes des anciens Indiens avaient peut-être quelque chose d'approchant; et ce Calanus , qui donna au grand Alexandre le spectacle de se faire brûler tout vif, avait sans doute été encouragé par de grands exemples de ses maîtres , et exercé par de grandes souffrances à ne point redouter la douleur. Les femmes de ces mêmes Indiens , qui demandent encore aujourd'hui d'être brûlées avec les cor|H de leurs maris, semblent tenir encore quelque chose du courage de ces anciens philosophes de leur pays. Je ne m'attends pas qu'on fonde si tôt un ordre religieux , dont le but soit d’élever l’homme à ce haut point de perfection : de telles gens seraient trop au-dessus des autres, et trop formidables aux puissances. Comme il est rare qu'on soit exposé aux extrémités ou l’on aurait besoin d’une si grande force d'esprit , on ne s'avisera guère d'en faire provision aux dépens de nos commodités ordinaires , quoiqu'on y gagnerait incomparablement plus qu'on n’y perdrait.

248. Cependant cela même est une preuve que le bien surpasse déjà le mal, puisqu'on n’a pas besoin de ce grand remède. Euripide l’a dit aussi :

IPtiw ta xpuffxà — ûv xoxiüv tïvai ftporotc.

Mata naîtra longe judico tUnci a bonis.

Homère et plusieurs autres poètes étaient d'un

bonté de dieu,

autre sentiment , et le vulgaire est du leur. Cela vient de ce que le mal excite plutôt notre attention que le bien : mais cette même raison confirme que le mal est plus rare. Il ne faut donc pas ajouter fol aux expressions chagrines de Pline, qui fait passer la nature pour une marâtre, et qui prétend que l’homme est la plus misérable et la plus vainc de toutes les créatures. Ces deux épithètes ne s'accordent point : on n’est pas assez misérable, quand on est plein de soi-méme. Il est vrai que les hommes ne méprisent que trop la nature humaine ; apparemment parce qu'ils ne voient point d'autres créatures capables d’exciter leur émulation ; mais ils ne s’estiment que trop , et ne se contentent que trop facilement en particulier. Je suis donc pour Méric Casaubon , qui dans ses notes sur le Xénophane de Diogene Laërce loue fort les beaux sentiments d'Euripide , jusqu'à lui attribuer d’avoir dit des choses, qwB spirant thimivo ov peclus. Sénèque (lib. 4, c. 4, de Benetle.) parle éloquemment des biens dont la nature nous a comblés. M. Bayle, dans son Dictionnaire, article Xénophane , y oppose plusieurs autorités , et entre autres celle du poète Diphilus dans les Collections de Stobée, dont le grec pourrait être exprimé ainsi en latin ;

Fortuna cyafhis bibere nos datis jttbens ,

Infundit uno terna pro bono ma/a.

249. M. Bayle croit que s’il ne s'agissait que du mal de coulpe , ou du mal moral des hommes, le procès serait bientôt terminé à l'avantage de Pline , et qu'Euripide perdrait sa cause. En cela je ne m’y oppose pas ; nos vices surpassent sans doute nos vertus , et c'est l'effet du péché originel. Il est pourtant vrai qu'encore la-dcssus ie vulgaire outre les choses , et que même quelques théologiens abaissent si fort l'homme, qu'ils font tort à la providence de l'auteur de l'homme. C’est pourquoi je ne suis pas pour ceux qui ont cru faire beaucoup d’honneur à notre religion , en disant que les vertus des païens n'étaient que sptendida peceata, des vices éclatants. C'est une saillie de saint Augustin , qui n’a point de fondement dans la sainte Écriture , et qui choque la raison. Mais il ne s'agit ici que du bien et du mal physique , et il faut comparer particulièrement les prospérités et les adversités de cette vie. M. Bayle voudrait presque écarter la considération de la santé ; il la compare aux corps raréfiés , qui ne se font guère sentir, comme l’air, par exemple; mais

ET LA LIBERTE DE L'HOMME. PART. III

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