OS
H compare la douleur aux corps qui out beaucoup de densité , et qui pèsent beaucoup en peu de volume. Mais In douleur même fait connaître l’importance de la santé , lorsque nous en sommes privés. J'ai déjà remarqué que trop de plaisirs corporels seraient un vrai mal , et la chose ne doit pas être autrement ; il importe trop que l’esprit soit libre. Lactance (Divin. Instit. , lib. 3, cap. 18) avait dit que les hommes sont si délicats, qu’ils se plaignent du moindre mal, comme s’il absorbait tous les biens dont ils ont joui. M. Bayle dit là-dessus, qu'il suffit que les hommes sont de ce sentiment , pour juger qu'ils sont mal , puisque c’est le sentiment qui fàit la mesure du bien ou du mal. Mais je réponds que le présent sentiment n'est rien moins que la véritable mesure du bien et du mal passé et futur. Je lui accorde qu'on est mal , pendant qu'on fait ces réflexions chagrines ; mais cela n’empêche point qu’on n'ait été bien auparavant, et que , tout compté et tout rabattu , le bien ne surpasse le mal.
260. Je ne m’étonne pas que les païens , peu contents de leurs dieux , se soient plaints de Prométhée et d’Épiméthéc, de ce qu'ils avaient forgé un aussi faible animal que l'homme ; et qu'ils aient applaudi à la fable du vieux Silène, nourricier de Bacchus , qui fut pris par le roi Midas , et pour le prix de sa délivrance lui enseigua cette prétendue belle sentence: que le premier et le plus grand des biens était de ne point naître, et le second, de sortir promptoment de cette vie. (Cic. Tuscul. , lib. 1.) Platon a cru que les âmes avaient été dans un état plus heureux , et plusieurs des anciens , et Cicéron entre autres dans sa Consolation ( nu rapport de Lactance) , ont cru que pour leurs péchés elles ont été confinées dans les corps , comme dans une prison. Ils rendaient par là une raison de nos maux , et confirmaient leurs préjugés contre la vie humaine : il n’y a point de belle prison. Mais outre que même , selon ces mêmes païens, les maux de cette vie seraient contre-balancés et surpassés par les biens des vies passées et futures , j’ose dire qu'en examinant les choses sans prévention , nous trouverons que , l'un portant l’autre , la vie humaine est passable ordinairement ; et y joignant les motifs de la religion , nous serons contents de l'ordre que Dieu y a mis. Et pour mieux juger de nos biens, et" de nos maux , il sera bon de lire Cardan de utiUlate ex udversis capietula, et Novnrini de occultis Dci benejiciis.
261. M. Bayle s'étend sur les malheurs des grands, qui passent pour les plus heureux : l'usage continuel du beau côté de leur condition les rend insensibles au bien , mais tres-se risibles au mal. Quelqu'un dira : Tant pis pour eux ; s’ils ne savent pas jouir des avantages de la nature et de la fortune, est-ce la faute de l'une ou de l'autre? Il y a cependant des grands plus sages, qui savent mettre à profit les faveurs que Dieu leur a faites, qui se consolent facilement de leurs malheurs , et qui tirent même de l’avantage de leurs propres fautes. M. Bayle n'y prend point garde : et il aime mieux écouter Pline, qui croit qu'Auguste, prince des plus favorisés de la fortune, a senti pour le moins autant de mal que de J'avoue qu'il a trouvé de grands sujets de chagrin dans sa famille , et que le remords d'avoir opprimé la république , l'a peut-être tourmenté : mais je crois qu'il a été trop sage pour s'affliger du premier , et que Mécénos lui a fait concevoir apparemment , que Rome avait besoin d'un maitro. Si Auguste n'avait point été converti sur ce point , Virgile n'aurait jamais dit d'un damné :
Vendidit Air fntro po/riam , Dominumque patentent
fmposuit, fixH leges pretio atque refixit.
Auguste aurait cru que lui et César étaient désignés par ces vers, qui parlent d’un maître donné à un État libre. Mais il y a de l'apparence qu'il en faisait aussi peu d'application à son règne , qu'il regardait comme compatible avec la liberté, et comme un remède nécessaire des maux publics, que les princes d’aujourd'hui s’appliquent ce qui se dit des rois blâmes dons le Télémaque de Monsieur de Cambray. Cliacun croit être dans le bon droit. Tacite , auteur désintéressé , fait l'apologie d’Auguste en deux mots nu commencement de scs Annales. Mais Auguste a pu mieux que personne juger de son bonheur : il paraît être mort content, par une raison qui prouve qu'il était content de sa vie ; car en mourant il dit un vers grec à ses amis , qui signifie autant que ce Plaudite qu’on avait coutume de dire à l'issue d'une pièce de théâtre bien jouée. Suétone le rapporte :
Aon xfôrov xai wzvrt; \j\uïç (urà x«fô< xTVftvjtrotn.
262. Mais quand même il serait échu plus de mal que de bien au genre humain , il suffit par rapport à Dieu, qu’il y a Incomparablement plus de bien que de mal dans l'univers. Le rabbin Maimonide (dout on uc reconnaît pas assez le
(iOi ESSAIS SUR LA BONTE DE DIEU
mérite , eu disant qu'il est le premier des rabbins qui ait cessé de dire des sottises) a aussi fort bien juge de cette question de la prévalence du bien sur le mal dans le monde. Voici ce qu'il dit dans son Doctor perplcxorum (p. 8, cap. 1 2) :
• Il s’élève souvent des pensées dans les émes .. des personnes mal instruites , qui les font croire . qu'il y a plus de mal que de bien dans le
■ monde : et l'on trouve souvent dans les poésies
• et dans les chansons des païens, que c'est « comme un miracle quand il arrive quelque
• chose de bon , au lieu que les maux sont ordi-
- naires et continuels. Cette erreur ne s'est pas
• seulement emparée du vulgaire , cent mêmes « qui veulent passer pour sages ont donné là-de- « dans. Kt un auteur célèbre nomme Alrasi,
• dans son Sepher Elobuth , ou Théosophie, y a « mis, entre beaucoup d'autres absurdités, qu’il y « a plus de maux «pie de biens, et qu'il se trou- » verait , eu comparant les récréations et les
- plaisirs dont l’homme jouit en temps de tran- « quillité, avec les douleurs , les tourments , les
• troubles , les defauts , les soucis , les chagrins
■ et les afflictions, dont il est accablé, que notre
- vie est un grand mat , et une véritable peine » qui nous est infligée pour nous punir. » Maimonide ajoute, que la cause de leur erreur extravagante est , qu’ils s’imaginent que la nature n’a été faite que pour eux , et qu'ils comptent pour rien ce qui est distinct de leur personne j d’où ils infèrent que quand il arrive quelque chose contre leur gré , tout va mal dans l'univers.
263. M. Bayle dit que cette remarque de Maimonide ne va point au but , parce que la question est, si parmi les hommes le mal surpasse le bien. Mais considérant les paroles du rabbin, je trouve que la question qu'il forme est génértde , et qu'il a voulu réfuter ceux qui la décident par une raison particulière, tirée des maux du genre humain , comme si tout était fait polir l'homme : et il y a de l'apparence que l'auteur qu’il réfute a aussi parlé du bien et du mal en général. Maimonide a raison de dire , que si l’on considérait la petitesse de l'homme par rapport h l’univers , on comprendrait avec évidence , qne la supériorité du mal , quand il se trouverait parmi les hommes , ne doit pas avoir lieu pour cela parmi les anges , ni parmi les corps célestes , ni parmi les éléments et les mixtes Inanimés, ni parmi plusieurs espèces d’animaux. J'ai montré ailleurs, qu'en supposant que le nombre des damnés surpasse celui des sauvés
(supposition qui n’est pourtant pas absolument certaine) , on pourrait accorder qu’il y a plus de mal que de bien pur rapport nu genre humain qui nous est connu. Mais j'ai donné à considérer, que cela n'empéehc point qu’il n'y ait incomparablement plus de bien que de mal moral et physique dans les créatures raisonnables en général , et que la cité de Dieu, qui comprend ; toutes ces créatures, ne soit le plus parfait Etat : comme en considérant le bien et le mal métaphysique, qui se trouve dans toutes les substances, soit douées, soit destituées d'intelligence , et qui pris dans eette latitude comprendrait le bien physique et le bien moral , il faut dire que l'univers, tel qu'il est actuellement, doit être le meilleur de tous les systèmes.
264. Au reste, M. Bayle ne veut point qu'on fasse entrer notre faute en ligne de compte, lorsqu'on parle de nos souffrances. Il a raison, quand il s'agit simplement d’estimer ces souffrances ; mais il n'en est pas de même quand on demande s’il faut les attribuer à Dieu , ce qui est principalement le sujet des difficultés de M. Bayle , quand il oppose la raison ou l’expérience a la religion. Je sais qu’il a coutume de dire qu’il ne sert de rien de recourir à notre franc arbitre, puisque ses objections tendent encore à prouver que l'abus du franc arbitre ne doit pas moins être mis sur le compte de Dieu, qui l'a permis, et qui y a concouru ; et il débite commeune maxime, que pour une difficulté de plus ou de moins , on ne doit pas abandonner un système. C'est ce qu'il avance particulièrement en faveur des méthodes des rigidra et du dogme des supralapsaircs. Car il s’imagine qu'on se peut tenir a leur sentiment , quoiqu’il laisse toutes les difficultés en leur entier , parce que les autres systèmes , quoiqu'ils en font cesser quelques-unes , ne peuvent pas les résoudre toutes. Je tiens que le véritable système que j'ai expliqué, satisfait a tout : cependant quand cela ne serait point, j’avoue que je ncsaurais goûter cette maxime de M. Bayle, et je préférerais un système qui lèverait une grande partie des difficultés, à celui qui ne satisferait à rien. Et la considération de la méchanceté des hommes , qui leur attire presque tous leurs malheurs , fait voir au moins qu'ils n’ont aucun droit de sc plaindre. Il n'y a point de justice qui doive se mettre en peine de l'origine de la malice d'un scélérat , quand il n’est question que de le punir : autre chose est , quand il s’agit de l'empêcher. Cou sait bien que le naturel, l'éducation, la conversation, et sou-
ET LA LIBERTE 1)1: L HOMME. PART. III. «05
veut même le hasard , y ont beaucoup de part ; en est-il moins punissable ?
265. J’avoue qu’il reste encore udc autre difficulté : car si Dieu n'est point obligé de rendre raison aux méchants de leur méchanceté, il semble qu'il se doit a sol-méme, et à ceux qui l’honorent et qui l’aiment , la justification de son procédé à l’égard de la permission du vice et du crime. Mais Dieu y a déjà satisfait autant qu'il en est besoin ici-bas ; et en nous donnant la lumière de la raison , il nous a fourni de quoi satisfaire à toutes les difficultés. J’espère de l'avoir montre dans ce discours, et d’avoir éclairci ! la chose dans la partie précédente de ces Essais, presque autant qu'il sc peut faire par des raisons générales. Après cela, la permission du péché étant justifiée , les autres maux qui en sont une suite ne reçoivent plus aucune difficulté ; et nous sommes en droit de nous borner Ici au mal de coulpe , pour rendre raison du mal de peine , comme fait la sainte Écriture , et comme font presque tous les Pères de l'Église , et les prédicateurs. Et afin que l'on ne dise pas que eela n'est bon que per la predica , 11 suffit de considérer qu'apres les solutions que nous avons données , rien ne doit paraître plus juste ni plus exact que cette méthode. Car Dieu ayant trouvé déjà parmi les choses possibles, avant ses décrets actuels , l'homme abusant de sa liberté, et se procurant son malheur, n'a pu se dispenser de l'admettre à l'existence , parce que le meilleur plan général le demandait ; de sorte qu'on n'aura plus besoin de dire avec M. Jurieu , qu'il faut dogmatiser comme saint Augustin , et prêcher comme Pelage.
2 Bti. Cette méthode de dériver le mal de peine du mal de coulpe, qui ne saurait être blâmée , sert surtout pour rendre raison du plus grand mal physique , qui est la damnation. Ernest Sonerus, autrefois professeur en philosophie a Altorf ( université établie dans le pays de la république de Nuremberg), qui passait pour un excellent aristotélicien , mais qui a été reconuu enfin socinien caché, avait fait un petit discours intitulé, Démonstration contre l'éternité des peines. Elle était fondée sur ce principe assez rebattu , qu'il n'y a point de proportion entre une peine infinie et une coulpe finie. On me la communiqua , imprimée ( ce semblait ) en Hollande; et je répondis qu'il y avait une considération à faire, qui était échappée à feu M. Sonerus : c'était qu'il suffisait de dire que la duré*e de la coulpe causait la durée de In peine ; que les dam-
nes demeurant méchants, ils ne pouvaient être tirés de leur misère , et qu'ainsi on n’avait point besoin, pour justifier la continuation de leurs souffrances , de supposer que le péché est devenu d'une valeur inllnle , par l'objet infini offense'’ , qui est Dieu ; thèse que je n’avais pas assez examinée pour en prononcer. Je sais que l'opinion commune des scolastiques, après le maître des sentences , est , que dans l'autre vie il n'y a ni mérite ni démérite ; mais je ne crois pas qu'elle puisse passer pour un article de fol, lorsqu'on la prend à In rigueur. M. Fechtius, théologien célèbre à Rostock , l'a fort bien réfutée dans son livre de l’État des damnés. Elle est très-fausse , dit-il , $ 59. Dieu ne saurait changer sa nature : la justice lui est essentielle ; la mort a fermé la porte de la grâce , et non pas celle de la justice.
207, J'ai remarqué que plusieurs habiles théologiens ont rendu raison de la durée des peines des damnés , comme je viens de faire. Jean Gerhard , théologien célébra de la confession d'Augsbourg (in lacis thcol. , toco de fn/emo, jj 60), allègue entre autres arguments , que les damnés ont toujours une mauvaise volonté , et manquent de la grâce qui la pourrait rancira bonne. Zaeharias Ursinus , théologien de Heidelberg , ayant formé cette question , dans son Traité de Fide , pourquoi le péché mérite une peine éternelle , après avoir allégué la raison vulgaire, que l’offensé est infini , allègue aussi cette seconde raison , quint non cessante peccato non potest cessare pana. Et le Père Drexelius, jésuite, dit, dans son livre intitulé, Nicetas, on f Incontinence triomphée ( liv. 2 , ch. 11,5» ) : - Nec
■ mirum damnatos semper torqueri , continué > blasphémant, et sic quasi semper peccant, sem-
- per ergo plcctuntur. > Il rapporte et approuve la même raison dans son ouvrage de l'Éternité, ( liv. 2 , ch. 15) en disant ; « Sunt qui dicant ,
- nec displicet responsum : scelerati in locix • inférais semper peccant , ideo semper puniun-
■ tur. ■ FS il donne a connaîtra par la que ce sentiment est assez ordinaire aux docteurs de l'Église romaine. Il est vrai qu'il allègue encore une raison plus subtile, prise du pape Grégoire le Grand ( lib. 4 , Dial. , ch. 44 ) , que les damnés sont punis éternellement , parce que Dieu a prévu par une espèce de science moyenne qu'ils auraient toujours péché s’ils avaient toujours vécu sur la terre. Mais c'est une hypothèse où il y a bien à dire. M. Fecht allègue encore plusieurs célébras théologiens protestants pour le sentiment de M. Gerhard , quoiqu'il en
ESSAIS SUR 1,A BONTE DE DIEU
rapporte aussi qui sont d’une autre opinion. I
268. M. Bayle même en divers endroits m'a fourni des passages de deux habiles théologiens de sou parti , qui se rapportent assez à ce que je viens de dire. M. Jurieu , dans son livre de l'Unité de l’Église , opposé à celui que M. Nicole avait fait sur le même sujet, juge ( p. 379 ) » que « la raison nous dit qu'une créature qui ne peut
• cesser d'étre criminelle, ne peut aussi cesser
• d'être misérable. » M. Jaquelot , dans son livre de la Foi et de la Raison, p. 220 , croit
• que les damnés doivent subsister éternellement
• privés de la gloire des bienheureux , et que
• cette privation pourrait bien être l'origine et
• la cause de toutes leurs peiues, par les ré- - flexions que ces malheureuses créatures feront
• sur leurs crimes qui les nurout privées d'un
■ bonheur éternel. Ou sait quels cuisants re-
• grcts, quelle peine l’envie cause 6 ceux qui
• se v oient pris és d'un bien , d'un bonheur con-
• sidérable qu'on leur avait offert, et qu'ils ont
■ rejeté , surtout lorsqu'ils en voient d'autres qui
• en sont revêtus. » Ce tour est un peu différent de celui de M. Jurieu , mais ils conviennent tous deux dnns ce sentimeut , que les damnés sont eux-mêmes la cause de la continuation de leurs tourments. L'origéniste de M. le Clerc ne s'en éloigne pas entièrement , lorsqu'il dit dans la Bibliothèque choisie (t. 7, p. 341): >0160,
• qui a prévu que l’homme tomberait , ne le
■ damne pas pour cela , mais seulement parce
• que pouvant se relever , Il ne se relève pas ,
• c'est-à-dire, qu’il conserve librement ses mou-
• vaises habitudes jusqu'à la fin de la vie. ■ S’il pousse ce raisonnement au delà de la vie , il attribuera la continuation des peines des méchants à la continuation de leur coulpe.
269. M. Bayle dit (Rép. au prov. , ch. 173, pag. 1188) • que ce dogme de l’origéniste est
• hérétique , en ce qu'il enseigne que la dam-
■ nation n’est pas simplement fondée sur le pé- » ché , mais sur l’impénitcnce volontaire : > mais cette Impénitencc volontaire n’est-elle pas une continuation du péché 7 Je ne voudrais pourtant pas dire simplement que c’est parce que l'homme pouvant se relever , ne se relève pas , et j'ajouterais que c’est parce que l’homme ne s'aide pas du secours de la grâce pour se relever. Mais après cette vie, quoiqu’on suppose que ce secours cesse , il y a toujours dans l’homme qui pèche , lors même qu'il est damné , une liberté qui le rend coupable , et une puissance, mais éloignée , do se relever , quoiqu’elle ne vienne jamais à
l'acte. Et rien n’empêche qu’on ne puisse dire que ce degré de liberté, exempt de la nécessité, mais non exempt de la certitude , reste dans les damnés aussi bien que dans les bienheureux. Outre que les damnés n'ont point besoin d’un secours dont on a besoin dans cette vie , car iis ne savent que trop ce qu’il faut croire ici.
270. L’illustre prélat de l’Église anglicane, qui a publié depuis peu un livre de l'origine du mal , sur lequel M. Bayle a fait des remarques dans le second tome de sa Réponse aux questions d'un provincial , parle fort ingénieusement des peines des damnés. On représente le sentiment de ec prélat (après l’auteur des Nouvelles de la république des lettres, juin 1703) comme s’il faisait ■ des damnés tout autant de fous
• qui sentiront vivement leurs misères, mais qui
• s'applaudiront pourtant de leur conduite, et
• qui aimeront mieux être , et être ce qu'ils sont, ■ que de ne point être du tout. Ils aimeront leur
• état, tout malheureux qu’il sera, comme les « gens en colère , les amoureux , les ambitieux,
• les envieux se plaisent dans les choses mêmes « qui ne font qu’accroître leur misère. On ajoute « que les impies auront tellement accoutume leur
• esprit aux faux jugements, qu'ils n'en feront
• plus désormais d’autres , et passant perpétuel* « lement d’une erreur dans une autre, ils ne
• pourront s’empêcher de désirer perpétuellement « des choses dont ils ne pourront jouir, et dont
• la privation les jettera dans des désespoirs in-
• concevables , sans que l’expérience les puisse
• jamais rendre plus sages pour l'avenir , parce
• que par leur propre faute ils auront entière-
• ment corrompu leur entendement, et l'auront
• rendu incapable de juger sainement d'aucune
• chose. •
271 . Les anciens ont déjà conçu que le diable demeure éloigné de Dieu volontairement au milieu de ses tourments , et qu’il ne voudrait point se racheter par une soumission. Ils ont feint qu'un anachorète étant en vision, tira parole de Dieu , qu’il recevrait en grâce ic prince des mauvais anges , s'il voulait reconnaître sa faute ; mais que le diable rebuta ce médiateur d'une étrange manière. Au moins les théologiens conviennent ordinairement que les diables et les damnés haïssent Dieu et le blasphèment ; et un tel état ne peut manquer d’être suivi de la continuation de la misère. On peut lire sur cela le savant traité de M. Fechtius de l'État des damnés.