‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 361 sur 423 · Chrysippe en avait déjà remarqué quel · texte numérisé non relu

Chrysippe en avait déjà remarqué quel

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ESSAIS SUR LA BONTÉ DE DIEU

que chose , non-seulement dans son 4e livre de la Providence, chez Àulu-Gelle (lib. 6, c. 1), où il prétend que le mal sert à faire connaître le bien (raison qui n’est pas suffisante Ici), mais eneore mieux , quand il se sert de la comparaison d’une pièce de théâtre , dans son second livre de la Nature (comme Plutarque le rapporte luiméme) , disant qu'il y a quelquefois des endroits dans une comédie, qui ne valent rien par euxmémes, et qui ne laissent pas de donner de la grâce à tout le poème. 11 appelle ces endroits des épigrammes ou inscriptions. Nous ne connaissons pas assez la nature de l’ancienne comédie, pour bien entendre ce passage de Chrysippe ; mais puisque Plutarque demeure d’accord du fait, il y a lieu de croire que cette comparaison n’était pas mauvaise. Plutarque répond premièrement , que le monde n’est pas comme une pièce de récréation ; mais c’est mal répondre : la comparaison consiste seulement dans ce point, qu’une mauvaise partie peut rendre le tout meilleur. Il répond en deuxième lieu , que ce mauvais endroit n’est qu’une petite partie de la comédie , au lieu que la vie humaine fourmille de maux. Cette réponse ne vaut rien non plus; car il devait considérer que ce que nous connaissons est aussi une très-petite partie de l’univers.

334. Mais revenons au cylindre de Chrysippe. Il a raison de dire que le vice vient de ia constitution originaire de quelques esprits. On lui objecte que Dieu les a formés, et il ne pouvait répliquer que par l'imperfection de la matière, qui ne permettait pas à Dieu de mieux faire. Cette réplique ne vaut rien ; car la matière en elle-même est indifférente pour toutes les formes, et Dieu l’a faite. Le mal vient plutôt des formes mêmes, mais abstraites, c’est-à-dire , des idées que Dieu n’a point produites par un acte de sa volonté , non plus que les nombres et les figures , et non plus (en un mot) que toutes les essences possibles , qu’on doit tenir pour éternelles et nécessaires; car clics se trouvent dans la région idéale des possibles , c’est-à-dire , dans l'entendement divin. Dieu n’est donc point auteur des essences, en tant qu’elles ne sont que des possibilités; mais il n’y a rien d’actuel , à quoi il n’ait décerné et donné l’existence ; et il a permis le mal , parce qu’il est enveloppé dons le meilleur plan qui se trouve dans la région des possibles , que la sagesse suprême ne pouvait manquer de choisir. C’est cette notion qui satisfait en même temps à la sagesse , à la puissance et à la bonté de Dieu , et ne laisse pas de donner lieu à l’en-

trée du mal. Dieu donne de la perfection aux créatures , autant que l’univers en peut recevoir. On pousse le cylindre, mais ce qu’il a de raboteux dans sa figure donne des bornes à la promptitude de son mouvement. Cette comparaison de Chrysippe n’est pas fort différente de la nôtre, qui était prise d’un bateau chargé, que le courant de la rivière fait aller, mais d’autant plus lentement que la charge est plus grande. Ces comparaisons tendent au même but; et cela fait voir que si nous étions assez Informés des sentiments des anciens philosophes , nous y trouverions plus de raison qu’on ne croit.

335. M. Bayle loue lui-même le passage de Chrysippe (artie. Chrysippe, let. T), qu’ Aulu- Gelle rnpporte au même endroit, où ce philosophe prétend que le mal est venu par concomitance. Cela s’éclaircit aussi par notre système ; car nous avons montré que le mai que Dieu a permis, n’était pas un objet de sa volonté, comme fin ou comme moyen’, mais seulement comme condition , puisqu’il devait être enveloppé dans le meilleur. Cependant il faut avouer que le cylindre de Chrysippe ne satisfait point à l'objection de la nécessité. Il fallait ajouter premièrement , que c’est par le choix libre de Dieu , que quelques-uns des possibles existent ; et secondement, que les créatures raisonnables agissent librement aussi, suivant leur natureoriglnel le quise trouvnitdéjàdans les idées éternelles, 'et enfin, que le motifdu bien incline lavolonté, sans la nécessiter.

336. L’avantage de la liberté qui est dans la créature, est sans doute éminemment en Dieu; mais cela se doit entendre autant qu’il est véritablement un avantage, et autant qu'il ne présuppose point une imperfection. Car de pouvoir se tromper et s’égarer, est un désavantage ; et d’avoir un empire sur les passions, est un avantage à la vérité , mais qui présuppose une imperfection , savoir la passion même , dont Dieu est incapable. Scot a eu raison de dire que si Dieu n’était point libre et exempt de la nécessité, aucune créature ne le serait Mais Dieu est incapable d’être indéterminé en quoi que ce soit : il ne saurait Ignorer, il ne saurait douter, il ne saurait suspendre son jugement; sa volonté est toujours arrêtée, et elle ne le saurait être que par le meilleur. Dieu ne saurait jamais avoir une volonté particulière primitive, c'est-à-dire, indépendante des lois ou des volontés générales; elle serait déraisonnable. Il ne saurait se déterminer sur Adam , sur Pierre , sur Judas, sur aucun individu, sans qu'il y ait une raison de cette

ET LÀ. LIBERTÉ DE L’HOMME. PART. III

détermination; et cette raison mène nécessairement à quelque énonciation générale. Le sage agit toujours par principes; Il agit toujours par règles , et jomnis par exceptions , que lorsque les régies concourent entre elles par des tendances contraires, où la plus forte l’emporte; autrement, ou elles s'empêcheront mutuellement, ou il en résultera quelque troisième partie ; et dans tous ces cas , une régie sert d’exception A l'autre, sans qu'il y ait jamais d’exceptions originales, auprès de celui qui agit toujours régulièrement.

337. S’il y a des gens qui croient que l’élection et la réprobation se font du côté de Dieu par un pouvoir absolu despotique, non-seulement sans aucune raison qui paraisse, mais véritablement sans aucune, raison , même cachée , ils soutiennent un sentiment qui détruit également la nature des choses , et les perfections divines. Un tel décret absolument absolu ( pour parler ainsi ; serait sans doute insupportable ; mais Luther et Calvin en ont été bien éloignés; le premier espère que la vie future nous fera comprendre les justes raisons du choix de Dieu; et le second proteste expressément que ces raisons sont justes et saintes , quoiqu'elles nous soient inconnues. Nous avons déjà cité pour cela le traité de Calvin de la Prédestination, dont voici les propres paroles : • Dieu , avant la chute d’Adam,

• avait délibéré ce qu’il avait à faire, et ce pour

• des causes qui nous sont cachées.... Il reste

• donc qu'il ait eu de justes causes pour réprouver - une partie des hommes, maisà nous ixconnuks.»

338. Cette vérité, que tout ce que Dieu fait est raisonnable, et ne saurait être mieux fait, frappe d’abord tout homme de bon sens, et extorque, pour ainsi dire, son approbation. Et cependant, c'est une fatalité aux philosophes les plus subtils, d'aller choquer quelquefois sans y penser, dans le progrès et dans la chaleur des disputes , les premiers principes du bon sens , enveloppés sous des termes qui les font méconnaître. "Nous avons vu ci-dessus , comme l’excellent M. Bayle , avec toute sa pénétration , n’a pas laissé de combattre ce principe que nous venons de marquer, et qui est une suite certaine de la perfection suprême de Dieu ; il a cru défendre par là la cause de Dieu , et l’exempter d’une nécessité imaginaire, en lui laissant la liberté de choisir entre plusieurs biens le moindre. On a déjà parlé de M. Diroys et d'autres , qui ont donné aussi dans cette étrange opinion , qui n’est que trop suivie. Ceux qui In soutiennent ne remarquent pas que c'est vouloir conserver, ou

plutût donner à Dieu une fausse liberté, qui est la liberté d’agir déraisonnablement. C'est rendre ses ouvrages sujets à la correction, et nous mettre dans l'impossibilité de dire, ou même d'espérer, qu’on puisse dire quelque chose de raisonnable sur la permission du mal.

339. Ce travers a fait beaucoup de tort aux raisonnements de M. Bayle , et lui a été le moyen de sortir de bien des embarras. Cela parait encore par rapport aux lois du règne de la nature : il Iss croit arbitraires et indifférentes, et il objecte que Dieu eût pu mieux parvenir à son but dans le règne de la grâce, s'il ne sc fût point attaché à ces lois , s'il se fût dispensé plus souvent de les suivre, ou même s’il en avait fait d’autres. Il le croyait surtout à l’égard de la loi de l'union de l’âme et du corps. Car il est persuadé, avec les cartésiens modernes, que les idées des qualités sensibles, que Dieu donne (selon eux) à l'âme, à l’occasion des mouvements du corps, n’ont rien qui représente ces mouvements, ou qui leur ressemble; de sorte qu’il était purement arbitraire que Dieu nous donnât les idées de la chaleur, du froid , de la lumière , et autres que nous expérimentons, ou qu’il nous en donnât de tout autres à cette même occasion. J’ai été étonné bien souvent que de si habiles gens aient été capables de goûter des sentiments si peu philosophiques, et si contraires aux maximes fondamentales de la raison. Car rien ne marque mieux l'Imperfection d’une philosophie , que la nécessité où le philosophe se trouve , d’avouer qu’il sc passe quelque chose , suivant son système , dont il n’y a aucune raison ; et cela vaut bien la déclinaison des atomes d’Epicure. Soit que Dieu , ou que la nature opère , l’opération aura toujours scs raisons. Dans les opérations de la nature , ces raisons dépendront ou des vérités nécessaires, ou des lois que Dieu a trouvées les plus raisonnables ; et dans les opérations de Dieu, elles dépendront du choix de la suprême raison qui le fait agir.

3 10. M. ltegis, célèbre cartésien, avait soutenu dans sa métaphysique ( part. 2, liv. 2, c. 29), que les facultés que Dieu a données à l’homme , sont les plus excellentes dont il ait cté capable suivant l’ordre général de la nnture. « A ne

• considérer, dit-il, que la puissance de Dieu,

• et la nature de l’homme en elles-mêmes, il est

• très-facile de concevoir que Dieu a pu rendre

• l’homme plus parfait ; mais si l'on veut consi-

• dérer l’homme, non en lui-même, et séparé- « ment du reste des créatures , mais comme un

ESSAIS SUR LA ROME DE DIEU

* membre de l'univers , et une partie qui est sou- « mise aux lois générales des mouvements, on « sera obligé de reconnaître que l’homme est « aussi parfait qu'il l'a pu être. ■ Il ajoute, ■ que « nous ne concevons pas que Dieu ait pu employer > aucun autre moyen plus propre que la douleur,

- pour conserver notre corps. » M. Regis a raison en général , de dire que Dieu ne saurait mieux faire qu'il a fait , par rapport au tout. Et quoiqu’il y ait apparemment en quelques endroits de l'univers des animaux raisonnables , plus parfaits que l'homme, l’on peut dire que Dieu a eu raison de créer toute sorte d'espèces , les unes plus parfaites que les autres. Il n’est peut-être point impossible qu’il y ait quelque part une espèce d’animaux fort ressemblants à l’homme , qui soient plus parfaits que nous. Il se peut même que le genre humain parvienne avec le temps à une plus grande perfection que celle que nous pouvons nous imaginer présentement. Ainsi les lois du mouvement n'empêchcnt point que l'homme no soit plus parfait ; mais la place que Dieu a assignée à l’homme dans l'espace et dans le temps , borne les perfections qu'il a pu recevoir.

341. Je doute aussi, avec M. Bayle, que la douleur soit nécessaire pour avertir les hommes du péril. Mais cet auteur le pousse trop loin (Rép. au provinc., eh. 77, tom. 2, p. 104). Il semble croire qu’un sentiment de plaisir pouvait avoir le même effet , et que pour empêcher un enfant de s’approcher trop près du feu. Dieu pouvait lui douncr des idées de plaisir à mesure de son éloignement. Cet expédient ne parait pas bien praticable à l'égard de tous les maux , si ce n'est par miracle : il est plus dans l’ordre que ec qui causerait un mal , s'il était trop proche, cause quelque pressentiment du mal, lorsqu'il l'est un peu moins. Cependant j'avoue que ce pressentitiment pourra être quelque chose de moins que la douleur, et ordinairement il en est ainsi. De sorte qu’il parait en effet que la douleur n'est point nécessaire pour faire éviter le péril présent; elle a coutume de servir plutôt de châtiment de ce qu’on s'est engagé effectivement dans le mal], et d'admonition de n’y pas retomber une autre fois. Il y a aussi beaucoup de maux doloriiiqucs, qu’il ne dépend pas de nous d'éviter; et comme une solution de la continuité de notre corps est une suite de beaucoup d'accidents qui nous peuvent arriver, il était naturel que cette imperfection du corps fût représentée par quelque sentiment d'imperfection dans l’tlme. Cependant je ne voudrais pas répondre qu'il n’y eût des ani-

maux dans l’univers, dont la structure fût assez artificieuse, pour faire accompagner cette solution d'un sentiment indifférent, comme lorsqu'on coupe un membre gangrené ; ou même d’un sentiment de plaisir, comme si l'on ne faisait que se gratter ; parce que l'imperfection qui accompagne la solution du corps pourrait donner lieu au sentiment d'une perfection plus grande, qui était suspendue ou arrêtée par la continuité qu’on fait cesser; et à cet égard le corps serai t com me une prison .

342. Rien n’empêche aussi qu'il n’y ait des animaux dons l’uuivers, semblables à celui que Cyrano de Bergerac rencontra dans le soleil ; le corps de cct animal étant une manière de fluide composé d'une infinité de petits animaux , capables de se ranger suivant les désirs du grand animal , qui par ce moyen se transformait en un moment comme bon lui semblait , et la solution de la continuité lui nuisait aussi peu , qu’un coup de rame est capable de nuire à la mer. Mais enfin ces animaux ne sont pas des hommes, ils ne sont pas dans notre glol>e , au siècle où nous sommes ; et le plan de Dieu ne l’a point laissé manquer ici-bas d'un animal raisonnable revêtu de chair et d'os , dont la structure porte qu'il soit susceptible de la douleur.

343. Mais M. Bayle s’y oppose encore par un autre principe : c'est celui que j'ai déjà touché. Il semble qu’il croie que les idées que l'âme conçoit par rapport aux sentiments du corps sont arbitraires. Ainsi Dieu pouvait faire que la solution de continuité nous donnât du plaisir. Il veut même que les lois du mouvement soient entièrement arbitraires. - Je voudrais savoir , dit -il

• (chap. lits, t. III, p. 1080) , si Dieu a établi > par un acte de sa liberté d'indifférence les lois » générales de la communication des mouve-

• monts , et les lois particulières de l'union de « l’âme humaine avec un corps organisé. En ce

- cas , 11 pouvait établir de tout autres lois , et « adopter un système dont les suites n’enfermas- » sent ni le mal moral , ni le mal physique. Mais » si l'on répond que Dieu a été nécessité par la « souveraine sagesse a établir les lois qu’il a éta-

blics , voilà le Fatum des stoïciens , à pur et

- à plein. La sagesse aura marqué un chemin à .. Dieu , dont il lui aura été aussi impossible de « s'écarter que de se détruire soi-même. » Cette objection a été assez détruite : ce n'est qu'une nécessité morale ; et c’est toujours une heureuse nécessité d'être obligé d’agir suivant les règles de la parfaite sagesse.

^ 344. D'ailleurs, il me parait que la raison

ET LA LIBERTÉ DF

qui fait croire à plusieurs que les lois du mouvement sont arbitraires , vient de ce que peu de gens les ont bien examinées. L'on sait A présent que M. Dcsoartés s’est fort trompé en les établissant. J’ai fait voir d'une manière démonstrative , que la conservation de la même quantité de mouvement ne saurait avoir lieu ; mais je trouve qu’il se conserve la même quantité de la force, tant absolue que directive et que respective, totale et partiale. Mes principes , qui portent cette matière où elle peut aller, n’ont pas encore été publiés entièrement ; mais j’en ai fait part A des amis très-capables d’en juger , qui les ont fort godtés , et ont converti quelques autres personnes d’un savoir et d'un mérite reconnu. J’ai découvert en même temps, que les lois du mouvement qui se trouvent effectivement dans la nature , et sont vérifiées par les expériences , ne sont pas à la vérité absolument démontrables, comme serait une proposition géométrique : mais il ne faut pas aussi qu'elles le soient. Elles ne naissent pas entièrement du principe de la nécessité, mais elles naissent du principe de la perfection et de l’ordre ; elles sont un effet du choix et de la sagesse de Dieu. Je puis démontrer ces lois de plusieurs manières, mats il faut toujours supposer quelque chose qui n'est pas d'une nécessité absolument géométrique. I)c sorte que ces belles lois sont une preuve merveilleuse d'un être intelligent et libre , contre le système de la nécessité absolue et brute de Straton ou de Spinosa.

345. J’ai trouve qu’on peut rendre raison de ces lois , en supposant que l'effet est toujours égal en force à sa cause, ou , ce qui est la même chose , tpie la même force se conserve toujours : mais cet axiome d’une philosophie supérieure ne saurait être démontré géométriquement. On peut encore employer d’autres principes de pareille nature; par exemple, ce principe, que l’action est toujours égale à la réaction , lequel suppose dans les choses une répugnance au changement externe, et ne saurait être tiré ni de l’étendue , ni de l'impénétrabilité ; et cet autre principe , qu’un mouvement simple a les mêmes propriétés que pourrait avoir un mouvement composé qui produirait les mêmes phénomènes de translation. Ces suppositions sont très -plausibles, et réussissent heureusement pour expliquer les lois du mouvement : Il n'y a rien de si convenable, d'autant plus qu’elles se rencontrent ensemble ; mais on n'y trouve aucune nécessité absolue qui nous force de les admettre, comme

on est forcé d’admettre les règles (le la logique, de l’arithmétique et de la géométrie.

340. Il semble, en considérant l’indifférence de la matière au mouvement et nu repos , que le plus grand corps en repos pourrait être emporté sans aucune résistance par le moindre corps qui serait en mouvement ; auquel cas il y aurait action sans réaction , et un effet plus grand que sa cause. Il n’y a aussi nulle nécessité de dire du mouvement d'une boule qui court librement sur un plan horizontal uni , avec un certain degré de vitesse appelé A, que ce mouvement doit avoir les propriétés de celui qu’elle mirait , si elle allait moins vite dans un bateau mù luimême du même eêté, avec le reste de la vitesse, pour faire que le globe regardé du rivage avançât avec le même degré A. Car quoique la même apparence de vitesse et de direction résulte par ce moyen du bateau , ce n'est pas que ce soit la mémo chose. Cependant il se t route que les effets des concours des globes dans le batiau , dont le mouvement en chacun à part , joint à celui du bateau , donne l’apparence de ce qui se fait hors du bateau , donnent aussi l’apparence des effets que ces mêmes globes concourants feraient hors du bateau. Ce qui est beau, mais on ne voit point qu’il soit absolument nécessaire. Un mouvement dons les deux cûtés du triangle rectangle compose un mouvement dans l'hypoténuse ; mais il ne s'ensuit point qu’un globe mil dans l’hypoténuse doit faire l'effet de deux globes de sa grandeur mus dans les deux côtés : cependant cela se trouve véritable. Il n’y a rien de si convenable que cet événement , et Dieu a choisi des lois qui le produisent : mais on n'y voit aucune nécessité géométrique. Cependant c’ost ce défaut même de la nécessité qui relève la beauté des lois que Dieu a choisies , où plusieurs beaux axiomes se trouvent réunis , sans qu’on puisse dire lequel y est. le plus primitif.

847. J’ai encore fait voir qu’il s’y observe cette belle loi de la continuité , que j'ai peut-être mise le premier en avant , et qui est une espèce de pierre de touche , dont les règles do M. Deseartes, du P. Fabry, du P. Pardies, du P. Mallebranehe et d'autres , ne sauraient soutenir l’épreuve : comme J'ai fait voir en partie autrefois dans les Nouvelles de la république des lettres de M. Bayle. En vertu de cette loi , il faut qu'on puisse considérer le repos comme un mouvement évanouissant après avoir été continuellement diminué ; et de même l'égalité , comme une inégalité qui s'évanouit aussi, comme il ar-

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