‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 370 sur 423 · ABRÉGÉ I)E LA · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ I)E LA

l'univers quelque chose de plus noble que tout ce qu’il y aurait eu sans cela parmi les créatures. Et pour plus d’intelligence , on a ajoute , après plusieurs bons auteurs , qu'il était de l'ordre et du bien général que Dieu laissât a certaines créatures l'occasion d'exercer leur liberté , lors même qu'il a prévu qu'elles sc tourneraient au mal , mais qu'il pouvait si bien redresser ; parce qu’il ne convenait pas que pour empêcher le péché , Dieu agit toujours d'une manière extraordinaire. Il suffit donc, pour anéantir l’objection, de faire voir qu'un monde avec le mal pouvait être meilleur qu'un monde sans mal : mais on est encore allé plus avant dans l'ouvrage , et l'on a même montré que cet univers doit être effectivement meilleur que .tout autre univers possible.

11e Object. S'il y a plus de mal que de bien dans les créatures intelligentes, il y a plus de mal que de bien dans tout l’ouvrage de Dieu.

Or il y a plus de mal que de bien dans les créatures intelligentes.

Donc il y a plus de mal que de bien dans tout l’ouvrage de Dieu.

Rép. On nie la majeure et la mineure de ce syllogisme conditionnel. Quant à la majeure, on ne l'accorde point , parce que cette prétendue conséquence de la partie au tout , des créatures intelligentes à toutes les créatures, suppose tacitement et sans preuve , que les créatures destituées de raison ne peuvent point entrer en comparaison et en ligne de compte avec celles qui en ont. Mais pourquoi ne se pourrait-il pas que le surplus du bien dans les créatures non Intelligentes, qui remplissent le monde, récompensât et surpassât même incomparablement le surplus du mal dans les créatures raisonnables ? Il est vrai que le prix des dernières est plus grand ; mais eu récompense , les autres sont en plus grand nombre sans comparaison ; et il se peut que la proportion du nombre et de la quantité surpasse celle du prix et de la qualité.

Quant & la mineure , on ne la doit point accorder non plus, c’est-â-dire , on ne doit point accorder qu’il y a plus de mal que de bien dans les créatures intelligentes. On n'a pas même besoin de convenir qu'il y a plus de mnl que de bien dans le genre humain , parce qu'il se peut , et il est même fort raisonnable , que la gloire et la perfection des bienheureux soit incomparablement plus grande que la misère et l'imperfection des damnés , et qu’ici l exccllcnce

du bien total dans le plus petit nombre, prévale au mal total dans le nombre plus grand. Les bienheureux approchent de la Divinité par le moyen du divin Médiateur , autant qu’il peut convenir à ces créature», et font des progrès dans le bien , qu’il est impossible que les damnés fassent dans le mal, quand ils approcheraient le plus près qu’i I se peut de la nature des démons. Dieu est infini , et le démon est borné ; le bleu peut aller et va à l’infini , au lieu que le mal a ses bornes. Il se peut donc , et II est à croire qu'il arrive dans la comparaison des bienheureu x et des damnés le contraire de ce que nous avons dit pouvoir arriver daus la comparaison des créatures intelligentes et non Intelligentes ; c'està-dire , il se peut que dans la comparaison des heureux et des malheureux , la proportion des degrés surpasse celle des nombres , et que dans la comparaison des créatures Intelligentes et non Intelligentes, la proportion des nombres soit plus grande que celle des prix. On est en droit de supposer qu’une chose se peut, tant qu'on ne prouve point qu’elle est impossible ; et même ce qu’on avance Ici passe la supposition.

Mais , en second lieu , quand on accorderait qu’il y a plus de mal que de bien dans le genre humain , on a encore tout sujet de ne point accorder qu’il y a plus de mal que de bien dans toutes les créatures intelligentes. Car il y a un nombre inconcevable de génies, et peut-être encore d'autres créatures raisonnables. Et un adversaire ne saurait prouver que dans toute la cité de Dieu, composée tant de génies que d'animaux raisonnables sans nombre et d'une infinité d'espèces , le mal surpasse le bien. Et quoiqu’on n'ait point besoin , pour répondre à une objection , de prouver qu’une chose est , quand sa seule possibilité suffit , on n'a pus laissé de montrer dans cet ouvrage que c'est une suite de la suprême perfection du souverain de l’univers , que le royaume de Dieu soit le plus parfait de tous les Etats ou gouvernements possibles , et que par conséquent le peu de mal qu'il y a , soit requis pour le comble du bien immense qui s'y trouve.

II T Object. S'il est toujours impossible de ne point pécher, il est toujours injuste de punir.

Or il est toujours impossible de ne point pécher ; ou bien, tout péché est nécessaire.

Donc il est toujours injuste de punir.

On en prouve la mineure.

l*r Pbosyllogisue. Tout prédétermiué est nécessaire.

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