‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 371 sur 423 · ABRÉGÉ DE LA · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DE LA

Tout événement est prédéterminé.

Donc tout événement (et par conséquent le péché aussi) est nécessaire.

On prouve encore ainsi cette seconde mineure.

a” Phosylldg. Ce qui est futur, ce qui est prévu , ce qui est enveloppé dans les causes , est prédéterminé.

Tout événement est tel.

Donc tout événement est prédéterminé.

Rsp. On accorde dans un certain sens la conclusion du second prosyllogisme, qui est la mineure du premier ; mais on niera la mineure du premier prosyllogisme , c’est-à-dire , que tout prédéterminé est nécessaire : entendant par la nécessité de pécher , par exemple , ou par l'impossibilité de ne point pécher , ou de ne point faire quelque action , la nécessité dont il s'agit ici , c'est-à-dire , celle qui est essentielle et absolue , et qui détruit la moralité de l'action et la justice des châtiments. Car si quelqu'un entendait une autre nécessité ou impossibilité, c'està-dire une nécessité qui ne fût que morale , ou qui ne fût qu’hypothétique (qu'on expliquera tantàt) , il est manifeste qu’on lui nierait lu majeure de l'objection même. On se pourrait contenter de cette réponse , et demander la preuve de la proposition niée ; mais on a bien voulu encore rendre raison de son procédé dans cet ouvrage , pour mieux éclaircir la chose , et pour donner plus de jour à toute cette matière, en expliquant la nécessité qui doit être rejetée, et ia détermination qui doit avoir lieu. C'est que la nécessité , contraire à la moralité , qui doit être évitée , et qui ferait que le châtiment serait injuste , est une nécessité insurmontable, qui rendrait toute opposition inutile, quand même on voudrait de tout son cœur éviter l’action necessaire , et quand on ferait tous les efforts possibles pour cela. Or il est manifeste que cela n'est point applicable aux actions volontaires , puisqu'on ne les ferait point , si on ne le voulait bien. Aussi leur prévision et prédétermination n’est point absolue , mois elle suppose la volonté ; s’il est sûr qu'on les fera , il n'est pas moins sûr qu’on les voudra faire. Ces actions volontaires et leurs suites n'arriveront point, quoi qu'on fasse, ou soit qu'on les veuille ou non , mais parce qu’on fera et par ce qu'on voudra faire , ce qui y conduit. Et cela est contenu dans la prévision et dans la prédétermination , et en fait même la raison. Et la nécessité de tels événements est appelée conditionnelle hypothétique, ou bien nécessité de

conséquence , parce qu’elle suppose la volonté , et les autres reqvisit ; au lieu que la nécessité qui détruit la moralité, et qui rend le châtiment injuste , et la récompense inutile , est dans les choses qui seront , quoi qu’on fasse , et quoi qu'on veuille faire , et en uu mot , dans ce qui est essentiel ; et c'est ce qu'on appelle une nécessité absolue. Aussi ne sert-il de rien , a l’égard de ce qui est nécessaire absolument , de faire des défenses ou des commandements , de proposer des peines ou des prix , de blâmer ou de jouer ; il n'en sera ni plus ni moins. Au lieu que dans les actions volontaires , et dans ce qui en dépend , les préceptes , armés du pouvoir de punir et de récompenser , servent très-souvent , et sont compris dans l'ordre des causes qui font exister l'action. Et c'est par cette raison que non-seulement les soins et les travaux, mais encore les prières Bont utilus; Dieu ayant encore eu ces prières en vue, avant qu’il ait réglé les choses , et y ayant eu l'égard qui était couvenable. C'est pourquoi le précepte qui dit , or» et labora (priez et travaillez), subsiste tout entier; et non-seulement ceux qui prétendeut, sous le vain prétexte de la nécessité des événements, qu'on peut négliger les soins que les affaires demandent, mais encore ceux qui raisonnent contre les prières , tombent dans ce que les anciens appelaient déjà le sophisme paresseux'. Ainsi la prédétermination des événements par les causes est justement ce qui contribue à la moralité , au lieu de la détruire , et les causes inclinent ia volonté sans la nécessiter. C'est pourquoi la détermination dont il s'agit n'est point une nécessitation : il est certain (à celui qui sait tout) que l'effet suivra cette inclination ; mais cet effet n’en suit point par une conséquence nécessaire, c’est-a-dlre , dont le contraire implique contraction : et c'est aussi par une telle inclination hiterne que la volonté se détermine, sans qu'il y ait de la nécessite. Supposez qu'on ait la plus grande passion du monde (par exemple , une grande soif) : vous m’avouerez que l’âme peut trouver quelque raison pour y résister , quand ce ne serait que celle de montrer son pouvoir. Ainsi, quoiqu'on ne soit jamais dans une parftüte indifférence d'équilibre , et qu'il y ait toujours une prévalence d’inclination pour le parti qu’on prend, elle ne rend pourtant jamais la résolution qu’on prend absolument nécessaire.

IV' Objsct. Quiconque peut empêcher le péché d’autrui et ne le fait pas , mais y coutri-

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