‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 372 sur 423 · ABRÉGÉ DE LA · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DE LA

bue plutôt , quoiqu'il en soit bien informé , en est complice.

Dieu peut empêcher le péché des créatures Intelligentes ; mais il ne le fait pas, et il y contribue plutôt par son concours et par les occasions qu’il fait naître, quoiqu’il en ait une parfaite connaissance.

Donc, etc.

Rép. On nie la majeure de ce syllogisme. Car il se peut qu’on puisse empêcher le péché, mais qu’on ne doive point le faire, parce qu’on ne le pourrait sans commettre soi-même un péché , ou (quand il s'agit de Dieu) sans faire une action déraisonnable. On en a donné des instances , et on en n fait l'application à Dieu luimême. Il se peut aussi qu'on contribue au mal , et qu'on lui ouvre même le chemin quelquefois, en faisant des choses qu’on est obligé de faire. Et quand on fait son devoir , ou ( en parlant de Dieu) quand, tout bien considéré , on fait ce que la raison demande , on n'est point responsable des événements , lors même qu’on les prévoit. On ne veut pas ces maux ; mais on les veut permettre pour un plus grand bien qu'on ne saurait se dispenser raisonnablement de préférer A d'autres considérations. Et c’est une volonté conséquente , qui résulte des volontés antécédentes, par lesquelles on veut le bien. Je sais que quelques-uns , en parlant de la volonté de Dieu antécédente et conséquente , ont entendu par Yantécédente celle qui veut que tous les hommes soient sauvés , et par la conséquente, celle qui veut, en conséquence du péché persévérant , qu’il y en ait de damnés. Mais ce ne sont que des exemples d’une notion plus générale , et on peut dire , par la même raison , que Dieu veut par sa volonté antécédente que les hommes ne pèchent point, et que par sa volonté conséquente ou finale et décrétoire (qui a toujours son effet), il veut permettre qu’ils pèchent, cette permission étant une suite des raisons supérieures. Et on a sujet de dire généralement que la volonté antécédente de Dieu va à la production du bien et à l'empêchement du mal , chacun pris en soi , et comme détaché {particularité r et secundum qui il ), Thora. 1 , qu. 19 , art 6 ) , suivant la mesure du degré de chaque bien ou de chaque mal ; mais que la volonté divine conséquente , ou finale et totale , va à la production d’autant de biens qu’on en peut mettre ensemble , dont la combinaison devient par là déterminée , et comprend aussi la permission de quelques maux et l'exclusion de quelques biens,

comme le meilleur plan possible de l’univers le demande. Arminius , dans son Antipcrkinsus , a fort bien expliqué que la volonté de Dieu peut être appelée conséquente, non-seulement par rapport A l’action de la créature considérée auparavant dans l’entendement divin , mais encore par rapport à d’autres volontés divines antérieures. Mais il suflit de considérer le passage cité de Thomas d’Aquin , et celui de Scot, l , dlst. 48, qu. XI , pour voir qu’ils prennent cette distinction comme on l’a prise ici. Cependant si quelqu’un ne veut point souffrir cet usage des termes, qu’il mette volonté préalable au lieu d’antécédente , et volonté finale ou décrétoire , au lieu de conséquente. Car on ne veut point disputer des mots.

V Objkct. Quiconque produit tout ce qu’il y a de réel dans une chose , en est la cause.

Dieu produit tout ce qu’il y a de réel dans le péché.

Donc Dieu est la cause du péché.

Uep. On pourrait se contenter de nier la majeure, ou la mineure, parce que le terme de réel requit des interprétations qui peuvent rendre ces propositions fausses. Mais pour se mieux expliquer, on distinguera. Réel signifie ou ce qui est positif seulement , ou .bien li comprend encore les êtres privatifs : au premier ras, on nie la majeure et on accorde la mineure; au second cas , on fait le contraire. On aurait pu se borner à cela; mais on a bien voulu aller encore plus loin , pour rendre raison de cette distinction. On a donc été bien aise de foire considérer que toute réalité purement positive ou absolue est une perfection , et que l’imperfection vient de la limitation, c’est-à-dire, du privatif; car limiter est refuser le progrès ou le plus outre. Or, Dieu est la cause de toutes les perfections, et par conséquent de toutes les réalités , lorsqu'on les considère comme purement positives. Mais les limitations, ou les privations, résultent de l'imperfection des créatures , qui borne leur réceptivité. Et il en est comme d’un bateau chargé que la rivière fait aller plus ou moins lentement, à mesure du poids qu'il porte : ainsi sa vitesse vient de la rivière ; mais le retardement qui borne cette vitesse, vient de la charge. Aussi a-t-on fait voir dans cet ouvrage comment la créature, en causant le péché, est une cause déficiente ; comment les erreurs et les mauvaises inclinations naissent de la privation , et comment la privation est efficace par accident; et on a justifié le sentiment de saint Augustin (lib. 1. ad Simpl.

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