‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 75 sur 423 · LIVRE II, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XIV

l’expérience; et je souhaiterais que quelqu'un voulût essayer de fixer son esprit, pendant un temps considérable, sur une seule idée qui ne fût accompagnée d'aucune autre , et sans qu’il s’y fit aucun changement.

S 14. Qu’il prenne, par exemple, une certaine figure , un certain degré de lumière ou de blancheur , ou telle idée qu'il voudra , et il aura , je m’assure , bien de la peine à tenir son esprit vide de toute autre idée, ou plutôt il éprouvera qu’effectlveraent d’autres idées d'une espèce différente ou diverses considérations de la même idée ( chacune (lesquelles est une idée nouvelle ) viendront se représenter incessamment à son esprit les unes après les autres , quelque soin qu’il prenne pour se fixer À une seule idée.

S 1S. Tout ce qu’un homme peut faire en cette occasion , c’est , je crois , devoir et de considérer quelles sont les idées qui se succèdent dans son entendement , ou bien de diriger son esprit vers une certaine espèce d’idées, et de rappeler celles qu'il veut ou dont il a besoin. Mais d'empêcher une constante succession de nouvelles idées, c’est, à mon avis, ce qu’il ne saurait faire , quoique ordinairement il soit en son pouvoir de se déterminer è les considérer avec application , s’il le trouve à propos.

$ 10. De quelque manière que nos triées soient

produites en nous , elles n’enferment aucun

sentiment de mouvement.

De savoir si ces différentes idées que nous avons dans l'esprit sont produites par certains mouvements, c'est ce que je ne prétends pas examiner ici ; mais une chose dont je suis certain , c’est qu’elles n’enferment aucune idée de mouvement en se montrant û nous , et que celui qui n'aurait pas l'idée du mouvement par quelque autre voie , n'en aurait aucune , à mon avis ; ce qui suffit pour le dessein que j’ai présentement en vue , comme aussi pour faire voir que c’est par ce changement perpétuel d’idées que nous remarquons dans notre esprit, et par cette suite de nouvelles apparences qui se présentent à lui , que nous acquérons les idées de la succession et de la durée , sans quoi clics nous seraient absolument inconnues. Ce n’est donc pas le mouvement , mais une suite constante d’idées qui se présentent à notre esprit pendant que nous veillons, qui nous donnent l’idée de la durée • ,

* ■ Une suite de perceptions réveille en nous l’idée de « ta durée, mais elle ue la fait point. Nos perceptions n'ont

laquelle idée le mouvement ne nous fait apercevoir qu'en tant qu'il produit dans notre esprit une constante succession d'idées, comme je l'ai déjà montré ; de sorte que , sans l’idée d’aucun mouvement, nous avons une idée aussi claire de la succession et de la durée par cette suite d’idées qui se présentent à notre esprit les unes après les autres, que par une succession d’idées produites par un changement sensible et continu de distance entre deux corps , c'est-à-dire , par des idées qui nous viennent du mouvement. C’est pourquoi nous aurions l'idée de la durée, quand bien même nous n'aurions aucune perception du mouvement.

S 17 .le temps est une durée distinguée par certaines mesures.

L’esprit ayant ainsi acquis l'idée de la durée , la première chose qui se présente naturellement à faire après cela, c'est de trouvér une mesure de cette commune durée , par laquelle on puisse juger de scs différentes longueurs , et voir l’ordre distinct dans lequel plusieurs choses existent; car, sans cela , la plupart de nos connaissances tomberaient dans la confusion , et une grande partie de l'histoire deviendrait entièrement inutile. La durée, ainsi distinguée en certaines périodes , et désignée par certaines mesures , ou époques , est, à mon avis, ce que nous appelons plus proprement le temps.

S là. Une bonne mesure du temps doit diviser toute sa durée en périodes égales.

Pour mesurer l'étendue, il ne faut qu'appliquer la mesure dont nous nous servons , à la chose dont nous voulons savoir retendue. Mais c'est ce qu'on ne peut faire pour mesurer la durée ; parce qu'on ne saurait joindre ensemble deux differentes parties de succession ,

« jamais une suite assez constante et régulière, pour ré* * pondre a celle du temps, qui est un continu uniforme et « simple , comme une ligne droite. I.c changement des

- perceptions nous donne occasion de penser au tempe, et « on le mesure par des changements uniformes. Mais « quand U n'y aurait rien d’unifomie dans la nature, le ■ tempe ne laisserait pas d’étre déterminé , comme le lien « ne laisserait pas d’étre déterminé aussi , quand il u’y au* s rail aucun corps fisc ou immobile. C'est que, ronnais- « sant les régies des mouvements difformes, on petit toui* jours les rapporter à des mouvements uniformes,

- intelligibles, et prévoir, par ce moyen, ce qui arrivera « par différents mouvements joints ensemble ; et, dans co « sens, le temps est ta mesure du mouvement, r’est-a-dire, « le mouvement uniforme est la mesuie du mouvement

- difforme. •

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