LIVRE 11, CHAPITRE XIV
dans la chronologie , vient de ce qu'il n'est pas aisé de trouver exactement In longueur que chaque nation a donnée à scs années , tant elles différent les unes des autres , et toutes ensemble , du mouvement précis du soleil , comme je crois pouvoir l'assurer hardiment. Que si , depuis la création jusqu'au déluge, le soleil s'est mû constamment sur l’équateur , et qu'il ait ainsi répandu également sa chaleur et sa lumière sur toutes les parties habitables de la terre , faisant tous les jours d'une même longueur, sans s'écarter vers les tropiques , dans une révolution annuelle , comme l'a supposé un savant et ingénieux ■ auteur de ce temps ; je ne vois pas qu’il soit fort aisé d'imaginer, malgré le mouvement du soleil , que les hommes qui ont vécu avant le déluge aient compté par années depuis le commencement du inonde, ou qu'ils aient mesuré le temps par périodes, puisque , dans cette supposition , ils n'avaient point de marques fort commodes pour les distinguer.
S 21. Oat ne peut pas connaître certainement
que deux parties de durée soient égales.
Mais , dira-t-on peut-être , le moyen que , sans un mouvement régulier comme celui du soleil , ou quelque autre semblable, on pût jamais connaître que de telles périodes fussent égales ? A quoi je réponds , que l'égalité de toute autre apparence, qui reviendrait à certains intervalles, pourrait être connue de la même manière qu'au commencement on connut , ou l'on crut connaître, l’égalité des jours , ce que Ira hommes ne firent qu'en jugeant de leur longueur par cette suite d'idées qui, durant les intervalles, leur passèrent dans l'esprit. Car, venant à remarquer par l& qu’il y avait de l’inégalité dans les jours artificiels, et qu'il n’y en avait point dons Ira jours naturels , qui comprennent le jour et la nuit , ils conjecturèrent que ces derniers jours étaient égaux, ce qui suffisait pour les faire servir de mesure; quoiqu'on ait découvert, après une exacte recherche, qu’il y a effectivement de l'inégalité dans Ira révolutions diurnes du soleil : et même nous ne savons pas si ses révolutions annuelles ne sont point inégales. Cependant , par leur égalité supposée et apparente , clics servent tout aussi bien à mesurer le temps , que si l'on pouvait prouver qu’dira sont exactement égales;
• Vf. Itnroet . dans im livre intitule , Trthtri* Theoria Sacra . tl est liilTi n-nl de G. Buraet, qui est mort évéqne de Salisloiry, et d’un autre itumcl, médecin écossais.
quoique d'ailleurs clics ne puissent point mesurer les parties de la durée dans la dernière exactitude. Il faut donc prendre garde à distinguer soigneusement entre la durée en elle - même , et entre Ira mesures que nous employons pour juger de la longueur. La durée en elle-même doit être considérée comme allant d’un pas constamment égal et tout à fait uniforme. Mais nous ne pouvons point savoir si aucune des mesures de la durée a la même propriété, ni être assurés que Ira partira ou périodes qu’on leur attribue soient égales en durée l’une à l’autre : car on ne peut jamais démontrer, que deux longueurs successives de durée soient égales, avec quelque soin qu’elles aient été mesurées. Le mouvement du soleil , dont Ira hommes se sont servis si long terni» et avec tant d’assurance , comme d’une mesure de durée parfaitement exacte , s’est trouvé inégal dans scs différentes parties, comme je viens de dire ’. Et quoique depuis peu on ait employé lependule comme un mouvement plus constant et plus régulier que celui du soleil , ou , pour mieux dire , que celui de la terre, cependant , si l’on demandait à quelqu'un comment il sait certainement que deux vibrations successives d'un pendule sont égales , il aurait bien de la peine à se convaincre lui-même qu'elles le sont indubitablement, parce que nous ne pouvons point être assurés que la cause de ce mouvement qui nous est inconnue , opère toujours également ; et nous savons certainement , que le milieu dans lequel le pendule se meut , n'est pas constamment le même. Or, l'une do ces deux choses venant & varier , l’égalité de ces périodes peut changer , et , par ce moyen , la certitude et la justesse de cette mesure du mouvement peut être tout aussi bien détruite que la justesse des périodes de quelque autre apparence que ce soit. Du reste , la notion de la durée demeure toujours claire et distincte , quoique parmi les mesures que nous employons pour en déterminer les parties , il n’y en ait aucune dont on puisse démontrer qu’elle rat parfaitement exacte. Puis donc que deux parties de succession ne sauraient être jointes ensemble, il est impossible de pouvoir jamais s'assurer qu'elles sont égales. Tout ce que nous pouvons faire , pour