‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 78 sur 423 · Le pendule a rendu sensible et visible l'inégalité · texte numérisé non relu

Le pendule a rendu sensible et visible l'inégalité

- des jours d’un midi à l’autre : Soient diccre fnlsunt

- audet. Il est vrai qu’on le savait déjà , et qne celte iné-

- galilé a ses règles, quant à la révolution annuelle, qui

- récompense les inégalités des jours solaires, elle potr-

- mit changer dans la suite des temps. -

mesurer le temps, c’est de prendre certaines parties qui semblent se succéder constamment à distances égales: égalité apparente, dont nous n’avons [joint d’autre mesure que celle que la suite de nos propres Idées a mise dans notre mémoire ; ce qui , avec le concours de quelques autres raisons probables, nous persuade que ces périodes sont effectivement égales entre elles.

S 22. Le temps n’est pas la mesure du mouvement.

line chose qui me parait bien étrange dans cet article , c'est que , pendant que les hommes mesurent visiblement le temps par le mouvement des corps célestes , on ne laisse pas de définir le temps , la mesure du mouvement ; au lieu qu’il est évident, à quiconque y fait la moindre réflexion, que pour mesurer le mouvement il n'est pas moins nécessaire de considérer l'espace que le temps : et ceux qui porteront leur vue un peu plus loin, trouveront encore que, pour bien juger du mouvement d’un corps, et en faire une juste estimation , il faut nécessairement faire entrer en compte la grosseur de ce corps. Et dans le fond , le mouvement ne sert point autrement à mesurer la durée , qu’en tant qu’il ramène constamment certaines idées sensibles, par des périodes qui paraissent également éloignées l’une de l’autre. Car si le mouvement du soleil était aussi Inégal que celui d’un vaisseau poussé par des vents inconstants, tantôt faibles , tantôt impétueux , et toujours fort irréguliers; ou si, étant constamment d’une égale vitesse , il n’était pourtant pas circulaire , et ne produisait pas les mêmes apparences , nous ne pourrions non plus nous en servir & mesurer le temps , que du mouvement des comètes , qui est inégal en apparence.

§ 23. f-es minutes, les heures, les jours et les

années, ne sont pas des mesures nécessaires de la durée.

Les minutes, les heures , les jours et les années , ne sont pas plus nécessaires pour mesurer le temps ou la durée, que le pouce, le pied, Y aune, ou la lieue, qu’on prend sur quelque portion de matière , sont nécessaires pour mesurer l'étendue. Car , quoique par l’usage que nous en (bisons constamment dans cet endroit de l'univers, comme d'autant de périodes déterminées par les révolutions du soleil , ou comme des portions connues de ces sortes de périodes, nous ftyons fixé dans notre esprit les idées de ces

différentes longueurs de durée, que nous appliquons à toutes les parties du temps dont nous voulons considérer la longueur , cependant il peut y avoir d’autres parties de l'univers où l'on ne se sert non plus de ces sortes de mesures , qu'on se sert dans le Japon de nos pouces, de nos pieds ou de nos lieues. Il faut pourtant qu’on emploie partout quelque chose qui ait du rapport à ces mesures. Car nous ne saurions mesurer, ni faire connaître aux autres, la longueur d'aucune durée ; quoiqu’il y eût , dans le mémo temps , autant de mouvement dans le monde qu’il y en a présentement , supposé qu’il n’y eût aucune partie de ce mouvement qui se trouvât disposée de manière à faire des révolutions régulières et en apparence équidistantes. Du reste, les différentes mesures dont on peut se servir pour compter le temps, ne changent en aucune manière la notion de la durée , qui est ta chose à mesurer; non plus que les différents modèles du pied et de la coudée n'altèrent point l’idée de l'étendue, à l’égard de ceux qui emploient ces différentes mesures.

S 24. Notre mesure du temps peut être appliquée à la durée qui a existé avant le temps.

L'esprit ayant une fols acquis l’idée d’une mesure du temps , telle que la révolution annuelle du soleil , peut appliquer eette mesure à une certaine durée , avec laquelle cette mesure ne coexiste point , et avec qui elle n’a aucun rapport , considérée en elle-même. Car dire , par exemple, qn' Abraham naquit l’an 2712 de la période julienne, c’est parler aussi intelligiblement que si l’on comptait du commencement du monde; bien que dans une distance si éloignée il n’y eût ni mouvement du soleil , ni aucun autre mouvement. En effet , quoiqu'on suppose que la période julienne a commencé plusieurs centaines d’années avant qu’il y eût des jours , des nuits , ou des années désiguées par aucune révolution solaire , nous ne laissons pas de compter et de mesurer aussi bien la durée par cette époque , que si le soleil eût réellement existé dans ce temps-là , et qu’il se fût mû de la même manière qu’il se meut présentement. L’idée d’une durée égale à une révolution annuelle du soleil , peut être aussi aisément appliquée , dans notre esprit , & la durée , là où il n’y aurait ni soleil ni mouvement , que l’idée d’un pied ou d’une aune, prise sur les corps que nous voyons sur la terre , peut être appliquée par la pensée , à des distances qui soient au

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