‹ Œuvres de Locke et LeibnitzChapitre 89 sur 423 · IG · texte numérisé non relu

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d'un nombre qui est actuellement présent à l'esprit , et sur lequel il fixe et termine sa vue , est différente do l'idée d’un espace ou d’un nombre qu'on ne peut jamais épuiser par la pensée , quoiqu’on l’étende sans cesse par des additions et des progressions continuées sans fin. Car, de quelque étendue que soit l’idée d'un espace que j'ai actuellement dans l’esprit , sa grandeur ne surpasse point la grandeur qu'elle a dans l'Instant même qu’allé est présente à mon esprit , bien que dans le moment suivant je puisse l’étendre au double , et ainsi à l'infini ; car enfin rien n'est infini que ce qui n’a point de bornes : et telle est cette idée de l'infinité à laquelle nos pensées ne sauraient trouver aucune fin.

S 9 .Le nombre nous donne la plus nette idée de l'infinité.

Mais , de toutes les idées qui nous fournissent l'idée de l'infinité, telle que nous sommes capables de l'avoir , il n’y en a atteune qui nous en donne une idée plus nette et plus distincte que celle du nombre, comme nous l’avons déjà remarqué. Car, lors même que l’esprit applique l’idée de l'infinité à l’espace et à la durée , il se sert d’idées de nombres répétés, comme de millions de mtttions de lieues ou d’années , qui sont autant d’idées distinctes, que le nombre empêche de tomber dans un confus entassement où l'esprit ne saurait éviter de sc perdre. Mais quand nous avons ajouté autant de millions qu’il nous a plu , de certaines longueurs d’espace ou de durée , l’idée la plus claire que nous nous puissions former de l'infinité , c’est ce reste confus et incompréhensible de nombres , qui , multipliés sans fin, ne laissent voir aucun terme à ces additions.

S 10. Aous concevons différemment l'infinité

du nombre, celle de la durée et celle de l’expansion.

Tour pénétrer plus avant dans cette idée que nous avons de l’infinité , et nous convaincre que ce n’est autre chose qu’une infinité de nombres que nous appliquons à des parties déterminées dont nous avons des idées distinctes dans l’esprit , il ne sera peut-être pas inutile de considérer qu’en général nous ne regardons pas le nombre comme infini , au lieu que nous sommes portés à attacher cette Idée à la durée et à l’expansion , ce qui vient de ce que dans le nombre pons trouvons une fin ; car, comme il n’y a rien dans le nombre qui soit moindre que l’unité,

nous nous arrêtons là, et y troui ons , pour ainsi dire, le bout de nos comptes. Du reste, nous ne pouvons mettre aucunes bornes à l’addition ou à l’augmentation des nombres. Nous sommes, à cet égard , comme à l’extrémité d’une ligne qui peut être contiuuée de l’autre côte au delà de tout ce que nous pouvons concevoir. Mais il n’en est pas de même à l'égard de l'espace et de la durée ; car dans la durée nous considérons cette ligne de nombres comme étendue de deux côtés, à une longueur inconcevable, indéterminée et infinie. Ce qui paraîtra évidemment à quiconque voudra réfléchir sur l’idée qu’il a de l’éternité , qui , je crois , ne lui paraîtra autre chose que cette infinité de nombres étendue de deux côtés, à l’égard de la durée passée et de celle qui est à venir , a parte ante , et a parte posl, comme on parle dans les écoles. Car, lorsque nous voulons considérer l’étemitc a parie ante, que faisons-nous autre chose que répéter dans notre esprit , en commençant par le temps présent où nous existons , les Idées des années , ou des siècles, ou de quelque autre portion que ce soit de la durée passée , convaincus en nousmêmes que nous pouvons continuer ces additions par le moyen d’une infinité de nombros qui ne pent jamais nous manquer ? Et lorsque nous considérons l’éternité a parte post, nous commençons aussi par nous-mêmes, précisément de îa même manière , en étendant , par des périodes à venir multipliées sans fin , cette ligne de nombres que nous continuons toujours comme auparavant; et ces deux lignes jointes ensemble font cette durée que nous nommons éternité , laquelle parait infinie de quelque côté que nous la considérions , ou devant , ou derrière : parce que nous appliquons toujours au côté que nous envisageons l'infinité de nombres , c’est-à-dire , la puissance d’ajouter toujours plus , sans jamais parvenir à la fin de ces additions.

S 11. Comment nous concevons l’infinité de rcspace.

La même chose arrive à l’égard de l'espace, où nous nous considérons comme placés dans un centre d’où nous pouvons ajouter de tous côtés des lignes indéfinies de nombres , comptant vers tous les endroits qui nous environnent , une aune , une lieue , un diamètre de la terre ou do Vorbis tnagnus, que nous multiplions par cette infinité de nombres, aussi souvent que nous voulons ; et , comme nous n’avons pas plus du raison de donner des bornes à ccs idées répé

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