LIVRE il, CHAPITRE XVIII
(filent ) , qu'ils voulussent me faire part de leurs découvertes sur cette matière ; car , je me suis figuré jusqu’ici , que ces grondes et inexprimables difficultés , qui ne cessent d'embrouiller tous les discours qu'on fait sur l’infinité , soit de t'espace , de la durée ou de la divisibilité , étaient des preuves certaines des idées imparfaites que nous nous formons de l’infini , et de la disproportion qu’il y a entre l'infinité, et la compréhension d’un entendement aussi borné que ie nôtre. Car , tandis que les hommes parlent et disputent sur un espace infini , ou une durée infinie , comme s’ils en avaient une idée aussi complète et aussi positive que des noms dont ils se servent pour les exprimer , ou de l’idée qu’ils ont d’une aune , d'une heure , ou de quelque autre quantité déterminée , ce n’est pas merveille que la nature incompréhensible de la chose dont ils discourent , les jette dans des embarras et des contradictions perpétuelles , et que leur esprit se trouve accablé par un objet qui est trop vaste et trop au-dessus de leur portée, pour qu'ils puissent l’examiner, et le manier, pour ainsi dire , à leur volonté.
S î î. Si je me suis arrête assez longtemps à considérer la durée , l’espace , le nombre , et l’infinité qui dérive de la contemplation de ces trois choses , ce n’a pas été peut-être au delà de ce que la matière l’exigeait ; car , il y a peu d'idées simples dont les modes donnent plus d’excrcica aux pensées des hommes que celles-ci. Je ne prétends pas , au reste , traiter de ces choses dans toute leur étendue ; II suffit , pour mon dessein, de montrer comment l'esprit les reçoit , telles qu'elles sont , de la sensation et de la réflexion ; et comment l'idée même que nous avons de l’infinité , quelque éloignée qu’elle paraisse d’aucun objet des sens ou d’aucune opération de l’esprit, ne laisse pas de tirer de là son origine aussi bien que toutes nos autres idées. Peut-être se trouvera-t-il quelques mathématiciens , qui , exercés à de plus subtiles spéculations , pourront introduire dans leur esprit les idées de l’infinité par d’antres voies ; mais cela n’empêche pas qu’euxmêmes n'aient eu , comme 1e reste des hommes, les premières idées de l'infinité par la sensation et la réflexion , de la manière que je viens de l'expliquer.