CHAPITRE XXL
De la puissance.
S 1. Comment nous acquérons ridée de puissance.
L’esprit étant instruit tous les jours, par le moyen des sens , de l’altération des idées simples qu’il remarque dans les choses extérieures , et observant comment une chose vient a finir et cesser d’être , et comment une autre , qui n’était pas auparavant , commence d'exister ; réfléchissant, d’autre part, sur ce qui se passe en luimême , et voyant un perpétuel changement de ses propres idées, causé quelquefois par Timpression des objets extérieurs sur ses sens , et quelquefois par la détermination de son propre choix; et concluant de ces changements , qu’il a vu arriver si constamment , qu’il y en aura , à l’avenir, de pareils dans les mêmes choses , produits par de pareils agents et par de semblables voies , il vient à considérer , dans une chose , la possibilité qu’il y a qu’une de ses idées simples soit changée, et, dans une autre, la possibilité de produire ce changement ; et par là l’esprit | se forme l’idée que nous nommons puissance
• - Si la puissance répond au latin potentia, elle est
• opposée à Yacte ; et le passage de la puissance à I’arta
■ est le changement. C’rst ce qu'Aristote entend par le «mot de wioMcemeH/, lorsqu'il dit que c’est Yacte , ou « peut-être l’actuation de ce gui est en puissance. On
■ peut donc dire que la puissance, en général, est la pus- « sibilité du changement. Or, le changement , ou Farte de
• cette possibilité, étant action dans un sujet et passion « dans un autre, il y aura deux puissances, l'une passive « et Faulre active. L’uc/iee pourra être appelée faculté, « et peut-être que la passif e pourrait être appelée capacité « ou réceptivité. U est vrai que la puissance active peut « être prise quelquefois dans nu sens plus parfait , lorsque « outre la simple faculté U y a tendance ; et c’est ainsi « que je la prends dans mes considérations dynamiques. « On pourrait lui affecter particulièrement le mot de force ; « et ta force serait ou en tétée hie ou effort ; car F éntélé-
■ eAJe( quoique Aristote la prenne si généralement qu’elle
■ comprend toute action et tout effort ) me parait plutôt
• convenir aux forces agissantes primitives, et celui « d'effort aux dérivatives, fl y a même encore une espèce « de pu isM nce jtassi ve plus particulière et plus chargée de « réalité, c’est celle qui est dans la matière, où il n’y a