‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 110 sur 277 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

vulgaires de la terre... tandis que moi je suis comuie une argile plus douce , imprégnée des semences des fleurs ; mais nos fruits doivent être conformes à notre nature. Si j'ai commis une faute, elle est de cette espèce qui trouble le moins ce certain sens que je ne sais comment appeler; mais il me cause parfois une impression de peine et parfois de plaisir : c'est comme un esprit qui semble placé auprès de mon cœur pour calmer ses battemens et non pour les activer ; seul il me fait des questions que jamais n'osèrent m'adresser , ni les mortels , ni même Baal , quoique ce soit une divinité rendant des oracles , et que son image majestueuse fi'once le sourcil quand les ombres du soir changent l'expression de son front de marbre comme si elle allait parler. Loin de moi ces vaines pensées!... Je veux me livrer à la joie... voici celle qui la précède toujours comme son héraut. ( Myrrha entre. )

MYRRHA

Roi , le ciel est couvert , et le tonnerre commence à gronder sourdement dans les nuages qui s'appiochent et nous menacent d'une horrible tempête par la lueur des éclairs. Voulez-vous donc quitter le palais ^

SARDANAPALE

Une tempête , dis-tu ?

MYRRHA

Oui , seigneur.

SARDANAPALE

Pour moi , je ne serais pas fâché de changer de spectacle et d'observer la guerre des élémens ; mais cela conviendrait peu aux vêtemens de soie et aux visages délicats de nos hôtes; dis-moi, Myrrha, es-tu de celles qui craignent la voix tonnante des nuagfes ?

MYRRHA

Dans ma patrie nous respectons leur voix comme les augures de Jupiter.

SARDANAPALIi.

Jupiter?... ah oui! Aotrc Baal : le nôtre tient au^si le scep-.

198 SARDANAPALE

tre du tonnerre; de temps à autre quelque carreau tombe pour prouver sa divinité, quelquefois cependant il frappe ses propres autels.

MYRRHA

C'est un triste présage.

SARDANAPALE

Oui... pour les prêtres. Eh bien donc, nous ne sortirons pas du palais cette nuit, et nous célébrerons ici notre festin.

MYRRHA

Maintenant, que Jupiter soit loué! il a entendu la prière que tu ne voulais pas écouter. Les dieux t'aiment plus que tu ne t'aimes toi-même , et font éclater cet orage entre toi et tes ennemis pour te protéger contre eux,

SARDANAPALE

Ma bien-aimée! s'il y a du danger, il me semble qu'il est le même dans ces murs que sur les bords de l'Euphrate.

MYRRHA

Non, seigneur; ces remparts sont élevés et solides, il faut que la trahison pénètre à travers trop de détours et de portes massives , mais dans le pavillon il n'est point de défense.

SARDANAPALE

Ni dans le palais , ni dans la forteresse , ni sur le sommet du Caucase entouré d'un rempart de nuages , où l'aigle bâtit son aire entre des rochers impraticables , nulle part enfin , si la trahison nous y attaque ; de même que la flèche atteint le roi des airs, le poignard atteindra celui de la terre. Mais rassure-toi ; les satrapes , innocens ou coupables , sont bannis et déjà loin de ces lieux,

MYRRHA

Ils vivent donc ?

.SAROANAPALE.

Si cruelle , toi aussi i'

MYRRHA

Je ne reculerai pas devant le juste châtiment inflige à ceux qui attentent à votre vie ; s'il en était autrement , je ne mériterais pas de conserver la mienne ; d'ailleurs vous ave'-t entendu le prince Salemèncs.

ACTK DRUXIEMF.. 19!)

.SA«DA\APAI,E.

f'.hose étian"c ! I;i doureiir ct la sévérilc sont éyalemotit contre moi ,('1 iiroxcitont à la vongeance.

MYRRHA

C est une vertu gtecque.

SARDANAPAI,n.

Mais non la vertu d'un roi... je n'en veux nullement, ()u, si jamais je l'adopte, ce sera avec les rois mes égaux.

MYIUIIIA.

(les Iionmies ont voulu l être.

SAHUAN VPAI.r.

Myrrha, ce conseil sent trop la femme, et vient de la peur...

Oui , de ma peur pour vous.

SARDANAPALE

N'importe... c'est toujours de la peur. J'ai observé que votre sexe, une fois irrité, est, malgré sa timidité, vindicatif jusqu'à un degré de persévérance que je ne voudrais pas imiter. Je vous croyais exempte de ce sentiment autant que de la faiblesse puérile des femmes asiatiques.

MYRRHA

Seigneur, je n'aime pas à me vanter de mon amour ni de mes vertus: j'ai partagé votre splendeur, je partagerai votre destinée. Vous verrez peut-être une esclave plus fidèle que des myriades de sujets; mais que les dieux écartent de nous ce malheur. Je me contente d'être aimée sur la foi de ce que je sens, plutôt que de vous le prouver avant vos malheurs que mes soins ne suffiraient peut-être pas pou/' détourner.

SARDANAPALE

Le malheur ne saurait survenir où existe l'amour parfait, excepté pour laugmenter encore et s'évanouir après avoir vainement essayé de causer son effroi et sa fuite. Entrons ; Iheure approche : il faut nous préparer à accTieillir les hôtes conviés à notre banquet. ( Ils sortent. )

2iW SARDAI^îAPALE.

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