ACTE TROISIÈME. i
ALTADA
Pardonner! sire, après toi, nous n'honorons personne plus (pielle. Mais silence! quai-je entendu?
ZAMES
C'est sans doute le bruit de quelque porte éloignée qu'ébranle U; vent.
ALTADA
J'ai cru reconnaître le son de... Ecoutez encore.
ZAMES
C'est la pluie qui bondit siu- le faîte du palais.
Cest assez... Myrrha, mon amour, as-tu ta lyre prête?... chante-moi un chant de Sapho... de celle... lu sais, qui dans
ta patrie se ( Pania entre ai^ec son épée et ses vètemens
ensanglantés ; les gardes se lèvent en désordre.) PANIA , aux gardes.
Accourez aux portes , et au plus vite sur les remparts ! aux armes ! le roi est en danger. Sire , excusez cet empressement... c'est celui de la fidélité.
SARDANAPALE
Parle.
PAMA.
Comme le craignait Salemènes , les perfides satrapes...
SARDANAPALE
Tu es blessé!... Donnez du vin. Reprends baleine, cher Pania.
PAMA.
Ce n est rien... une simple blessure ; je suis plus fatigué de la hâte avec laquelle je suis venu avertir mon souverain, que du sang que j'ai perdu pour sa défense.
-MYRRHA
Eh bien ! dites-vous, les rebelles..,
PAMA.
Aussitôt qu'Arbaces et Relèses sont arrivés à leurs quartiers dans la ville, ils ont lefusé d'aller plus loin; et quanti jai voulu user du pouvoir qui m'était confié, ils ont fait un appel à leurs soldats «m se sont soidevés avec audace.
•20i SARDANAPALE.
MYRRIIA.
Tous ?
PANIA
I 11 trop grand nombre.
SARDANAPALE
Ne dissinuile pas pour épargner la vérité à mon oreille.
PANIA
Les gardes de mon escorte ont été fidèles... et ceux qui survivent le sont encore.
MYRRHA
Et sont-ce là tous ceux qui sont fidèles ?
PANIA
Non , il reste les Bactriens , commandés par Salemènes , qui était en marche , toujours poussé par le soupçon que lui inspiraient les satrapes. Les Bactriens sont nombreux et résistent bravement aux rebelles, sans céder un pouce de terrain , et formant un cercle autour du palais où ils prétendent concentrer toutes leurs forces et sauver le l'oi... (// /lésite.) Je suis chargé...
MYRRHA
II n'est pas temps d'hésiter.
PAIVIA.
Le pi'ince Salemènes supplie le roi de s armer, ne seraitce que pour un moment , et de se montrer aux soldats : sa seule présence pourrait faire plus que des armées.
SARDANAPALE
Allons, mes armes!
Tu veux donc ?
SARDANAPALE
Puis-je ne pas vouloir.^ Qu'on les apporte!... mais point de bouclier... il est trop lourd... donnez-moi une cuirasse légère et mon épée. Où sont les rebelles ?
PANIA
C est a ]ieine à un stade du mur extérieur que le c()niJ)nr a lieu.
ACTb: TROISIEME. 20.-)
SARDANAPALE
Alors je puis combattre à cheval. Holà! Sféro! selle mon coursier... Il y a assez d'espace ineme dans les cours et près la porte extérieure poiu- faire manœuvrer la moitié des cavaliers de l'Arabie. [Sféro r>a chercher I armure.)
MYRRHA
Combien je t'aime !
SAKDANAPALE.
Je n en doutai jamais.
IMYRRHA.
Mais maintenant je te connais.
sARDAiVAPALE , « SBS serviteiiTS.
Apportez aussi ma pique... Où est Salemènes.**
PANIA
Où doit être un soldat , au plus épais de la mêlée.
Va donc le trouver à la hâte... Le passage est-il encore ouvert, et la communication libre entre le palais et nos troupes.''
PANIA
Elle l'était quand je l'ai quitté... Je ne crains rien... nos soldats étaient fermes et la phalange formée.
SARDANAPALE
Dis-lui d'épargner sa personne pour le moment, e^ que je n'épargnerai pas la mienne... et dis-lui que je viens.
PANIA
Ce mot garantit la victoire. [Pania sort.)
SARDAN'APALK.
Altada... Zames... Allons , armez-vous... tout est prêt dans l'arsenal. Que les femmes soient enfermées en sûreté dans les appartemens reculés ; qu ime garde y soit placée avec ordre de n'abandonner son poste qu'avec la vie... commande-la, Zames... Altada , armez-vous et revenez ici^ votre poste est auprès de notre personne. [Zames , -Altada et tous sortent ^ excepté Myrrha. Sféro et (Vautres officiers du palais entrent avec les armes du roi , etc.)
SFÉRO
Sire, voilà votre armure.
306 SARDANAPALE
SARDANAPALE , s^ armant.
Donne-moi la cuirasse... bien; mon baudrier: maintenant mon épée ; j'ai oublié le casque, où est-il ? c'est bien... non , il est trop pesant : vous vous êtes mépris... ce n'est pas celui que je voulais, mais l'autre qui porte un diadème.
SFÉRO
Sire , je l'avais cru trop remarquable , à cause des pierreries piécieuses , pour risquer de le poser sur votre front sacré... et je vous assure que celui-ci est d'un métal plus solide, quoique moins riche.
SARDANAPALE
Tu avais cru ! Es-tu aussi devenu un rebelle , Sféro ? ton devoir est d'obéir... retourne , et... non... il est trop tard... je sortirai sans casque.
SFÉRO
Portez du moins celui-ci.
SARDANAPALE
Autant porter le Caucase ! c'est une montagne sur ma lête.
SFÉRO
Sire, le dernier des soldats ne va pas combattre exposé ainsi : chacun vous reconnaîtra... car l'orage a cessé , et la lune déploie son disque étincelant.
SARDANAPALE
Je vais pour me faire reconnaître , et par ce moyen je le serai plus tôt. Maintenant... ma lance !... Je suis armé... (// va pour sortir , s'arrête^ et se tourne -vers Sfcro.^ Sféro, j'avais oublié... apporte le miroir *.
SFÉRO
Le miroir , sire !
SARDANAPALE
Oui, le métal poli rapporté parmi les dépouilles de l'Inde. {Sféro sort.) [A Myrrha.) Myrrha , retire-toi dans un lieu sûr. Pourquoi n'es-tu pas allée avec les autres fennues ?
MYRRHA
Parce que ma place est ici.
Tel Olli'in portait un miroir dans les plaines illyriennc;.
ACTK TllOISlEME. 207
SARDANAPAL£
Et quand je serai parti ?
MYRRHA
Je le suis.
SAUDA\AI'Aî,K.
Toi , au combat !
MYRRHA
Si cela était, je ne serais pas la première fille de la Grèce qui en aurait parcouru les glorieux sentiers... J'attendrai ici votre retour.
SARDANAPALE
Ce lieu est spacieux , et le premier qu'on cherchera si les rebelles triomphent; si cela était, si je ne reviens pas...
MYRRHA
Nous nous rejoindrons.
SARDA^^APAI.K.
Comment ?
MYRRHA
Au lieu où tous se trouvent à la fin... dans le séjour des ombres, s'il est, comme je crois, un rivage au-delà Au Styx; et s il n'en est pas... dans le tombeau.
SARDANAPAT.E.
Oseras-tu ?
J'oserai tout , excepté de survivre à ce que j'aime, ei d'être la proie d'un rebelle. Pars , et déploie tout ton courage.
( SJiéro rentre avec le miroir. ) SARDANAPALE , se mirout.
La cuirasse me va bien \ le baudrier encore mieux , et le casque pas du tout. ( // rejette le casque après Valoir essayé de nouveau. ) Il me semble que je suis assez bien avec cette parure , et maintenant il faut en faire l'essai. Altada ! Où est Altada ?
SFÉRO
Sire, il vous attend hors du palais, et tient votre boncher prêt.
208 SARDANAPALE
SARDANAPALE
11 est Vial; j'oubliais qu'il est mon porte-bouclier, par un droit de naissance , transmis d'âge en âge. Myrrha , embrassemoi, encore, et puis encore... aime-moi, quoi qu'il arrive. Ma principale gloire sera de me rendre plus digne de ton amour.
MYRRHA
Va combattre et vaincre ! ( Sardanapale sort avec Sféro. ) Je suis seule: ils sont tous parti s, combien peu il en reviendra peut-être! Qu'il soit vainqueur, devrais-je périr à ce prix! s'il est vaincu, je meurs , ne voulant pas lui survivre. Il a pénétré dans mon cœur je ne sais comment... non parce qu'il est roi, car son trône chancelle, et la terre s'entr'ouvre pour ne plus lui céder qu'un tombeau; et je l'en aime davantage! O puissant Jupiter! pardonne cet amour coupable pour un Barbare qui ne connaît pas l'Olympe ! Oui , je l'aime maintenant bien plus... Silence!... écoutons ce bruit de guerre; il me semble qu'il approche. S'il en était ainsi... ( elle tire une fiole ) ce poison subtil de Colchos , que mon père apprit à distiller sur les rivages de l'Euxin, et qu'il m'enseigna à conserver , ce poison me rendra libre ; il l'eût fait depuis long-temps , si je n'eusse aimé jusqu'à oublier que j'étais esclave... dans ces lieux où tous sont esclaves, excepté un seul , et fiers de la servitude , pourvu qu'ils soient euxmêmes servis par d'autres esclaves ; nous oublions que des fers portés comme ornemens n'en sont pas moins des chaînes. Encore des cris! et puis le choc des armes!... et maintenant... ( Altada entre. )
ALTADA
Holà, Sféro!
MVRRHA.
11 n'est pas ici; que lui veux-tu? Où en est le combat ?
ALTADA
11 est douteux et terrible.
AlYRRHA.
Et le roi ?
ALTADA
Il se conduit en roi ! \f ciierrhr Sféro pour lui procinri