‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 114 sur 277 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

une lance et un casque. 11 a combattu jusqu'à present tête nue et trop exposé. Ses soldats ont reconnu son visage et les rebelles aussi. A la clarté de la lune sa tiare de soie et ses cheveux flottans le désignent trop aux traits ennemis. Toutes les flèches sont dirigées sur cette chevelure , ce front royal et le large bandeau qui le couronne.

MYRRHA

O vous , (lieux qui faites entendre vos tonnerres dans la terre de mes aïeux , protégez-le. Est-ce le roi qui t'envoie !'

ALTADA

C'est Salemènes qui a pris sur lui de m'envoyer ici sans que notre souverain inattentif y prît garde. Le roi ! le roi est aussi vaillant soldat que bon convive. Hé! Sféro !... Je vais à l'arsenal, c'est là qu'il doit être. ( Altada sort. )

MYRRHA

Ce n'est pas un déshonneur... non... ce n'est pas un déshonnevu- d'avoir aimé cet homme. Je désire presque maintenant ce que je n'ai jamais désiré jusqu'ici , qu'il eût été Grec. Si Alcide fut livré à la honte pour avoir porté les vêtemens de la Lydienne Omphale et manié son vil fuseau, certes celui qui se montre un Hercule tout-à-coup , quoique , depuis sa jeunesse jusqu'à l'âge viril, élevé dans tous les arts qui énervent;... celui qui s'élance du banquet au combat comme à une couche d'amour , celui-là mérite qu une fiUe grecque soit sa maîtresse , un poète grec son poète, et un tombeau grec son monument. ( Un officier entre. )

MYRRHA

Où en est la bataille , seigneur ?

l'officier.

Elle est perdue, perdue presque sans espoir. Zames ! où est Zames "^

HrïRRHA.

A la tête des gardes qui veillent devant l'appartement des

femmes. ( L 'officier sort. ) ( Myrrha seule. ) Il est parti ; et

tout ce qu'il m'a dit c'est que tout est perdu. Qu'ai-je besoin

d'en savoir davantage? Ces mots , ces mots si courts annon-

21« SARDANAPALE

cent la pel le dun royaume et d'un roi, d'une race de treize siècles, d'une armée fidèle et de la fortune de tous ceux qui survivront; moi aussi, dans ce naufrage, semblable à la bulle d'eau qui se perd avec la vague qui la portait... je vais être anéantie. Du moins, mon sort est dans mes mains... Un orgueilleux vainqueur ne me comptera pas au nombre de ses dépouilles. ( Pania entre.)

PANIA

Venez avec moi, Myrrha, et sans délai. Nous n'avons pas un moment à perdre.

MYRRHA

Le roi?

PANIA

Le roi m'a envoyé ici pour vous emmener d'ici de l'autre côté du fleuve par un passage secret.

MYRRHA

11 vit donc ?

PANIA

Il m'a chargé de mettre vos jours en sûreté et de vous forcer de vivre pour l'amour de lui, jusqu'à ce qu'il puisse vous rejoindre.

MYRRHA

Veut-il donc céder ?

PANIA

Il tiendra jusqu'au dernier moment... 11 fait encore tout ce que peut le désespoir, et dispute chaque pouce de terrain dans le palais.

MYRRHA

Ils ont donc pénétré ici... Oui, leurs clameurs retentissent le long des antiques salles dont l'écho n'avait jamais été profané par des voix rebelles , jusqu'à cette fatale nuit... Adieu, race royale de l'Assyrie; adieu, fils de Nemrod. Leiu^ nom même va être oublié.

PANIA

Venez , venez avec moi.

MYRRHA

Non, je veux mourir ici... Va dire à ton roi que je l'ai

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