‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 120 sur 277 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

MYRRHA

Non, attends, tu es fatigué... tu souffres. C'en est assez pour aifalblir le corps et l'esprit; cherche plutôt à te rendormir.

SARDANAtALE.

Pas à présent... je ne voudrais plus rêver, quoique je sache maintenant que je n'ai eu qu'un songe... pourras-tu en supporter le récit?

Je puis tout supporter, songes heureux ou lugubres, enfui tout ce que je puis partager avec vous en idée ou en léalité.

SARDANAPALE

Ce songe semblait réel, je te le dis; mes yeux étaient ouverts quand je voyais encore les fantômes s'éloigner... maintenant ils ont disparu.

MYRRHA

Continue.

SARDANAPALE

J'ai VU , c'est-à-dire je rêvais que j'étais ici... ici... où nous sommes... convié à un festin... moi-même j'étais l'hôte; mais je ne me regardais que comme un simple convive, et voulant n'avoir que des égaux pour jouir d'une aimable liberté ; à mes côtés , au lieu de toi , de Zames et de nos convives accoutumés, était d'abord un visage hautain , sombre et terrible... je ne pouvais le reconnaître; cependant je l'avais vu, sans savoir où. Ses traits étaient ceux d'un géant; son œil était immobile et pourtant il étincelait; ses longs cheveux descendaient sur ses vastes épaules , où était fixé un énorme carquois garni de flèches empennées aux dépens des ailes de l'aigle, et qui élevaient leurs fers aigus à travers ses cheveux semblables à des serpens. Je l'invitai à remplir la coupe qui était entre nous, mais il ne répondit pas... je l'emplis... il ne la prit pas , mais il tourna son œil sur moi et me fit trembler par la fixité de ses regards. Je fronçai le sourcil comme il convient à un roi... il ne fronça pas le sien, mais

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continua à me regarder avec le même aspect, dont l'inaltérable immobilité ne fit que m'effrayer davantage. Je voulus , pour le fuir , m adresser à des hôtes plus doux, et les chercher à ma droite, où tu as coutume de te placer; mais... {Ils'arnhe,)

MYRRHA

Eh bien ! au lieu de moi ?

SARUANAPALE.

Sur ton propre siège... à la place qui t'est destinée... je cherchais ton séduisant visage dans le cercle... mais au lieu de toi... était assis un fantôme aux cheveux gris, aux traits ridés , l'œil en feu , la main sanglante , vêtu comme une femme , avec une couronne sur son front sillonné par les ans , mais qui exprimait encore l'ironie cruelle de la vengeance et en même temps les désirs de la volupté... Mon sang se glaça.

MYRRHA

Est-ce tout?

SARDANAPALE

A sa main droite... à sa main décharnée, semblable aux serres d'un aigle... était une coupe dans laquelle bouillonnait du sang , et sa gauche en tenait une autre , remplie de... je ne le vis pas , je détournai les yeux. Le long de la table étaient assis une suite de fantômes couronnés , d'aspects divers, mais d'une même expression.

MYRRHA

Et ne reconnûtes -vous pas que ce n'était qu'une vision P

SARDANAPALE

Non : tout était ou semblait palpable. Je passais d'un visage à l'autre , dans l'espoir d'en trouver enfin un que j'eusse déjà connu... mais non... Tous se tournaient vers moi , me regardaient jusqu'à me changer en marbre, dont ils paraissaient eux-mêmes formés à demi ; mais en maibre doué de la vie, car je sentais qu'ils vivaient et moi aussi. Il y avait entre nous une espèce de sympathie horrible, comme s'ils eussent perdu une moitié de leur mort en venant à moi , et moi une moitié de ma vie en m'asseyant à leurs côtés. Nous

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