‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 12 sur 277 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

cette hydre aristocratique dont les têtes venimeuses ont soufflé sur nous tous une véritable peste.

ISRAEL BERTUCCIO

Cependant tu naquis et tu as vécu patricien.

LE DOGE

Maudite soit l'heure où je naquis tel! je dois à ma naissance d'être un Doge outragé ; mais j'ai vécu en soldat , en serviteur de Venise et du peuple , et non du sénat. Leur avantage et ma gloire furent ma récompense. J'ai combattu et versé mon sang; j'ai combattu et j'ai triomphé; j'ai fait la paix, ou attisé le feu de la guerre, dans mes ambassades, suivant que l'exigeait l'intérêt de notre patrie. J'ai traversé les terres et les mers pendant plus de soixante ans, toujours fidèle à mes devoirs envers Venise, qui fut mon berceau et celui de mes pères. Revoir encore une fois ces tours chéries s'élevant dans le lointain sur l'azur des lagunes , c'était assez pour prix de mes travaux. Mais ce n'est pour aucune secte , pour aucune faction, que j'ai prodigué mon sang et mes sueurs! Veux-tu connaître quel était mon but? demande au pélican pourquoi il s'est déchiré le 5ein. Si cet oiseau pouvait parler, il te répondrait que c'est pour tous ses enfans.

ISRAEL BERTUCCIO

Cependant les nobles t'ont fait Doge.

LE DOGE

Oui , ils m'ont fait Doge. Je n'ai point cherché ces chaînes dorées : elles sont venues au-devant de moi à mon retour de Rome. N'ayant jamais refusé jusqu'alors aucuns travaux, aucune charge pour le bien de l'Etat, je ne refusai point , au déclin de mes jours , le titre le plus noble de tous en apparence, mais le plus vil par tout ce qu'il nous condamne à faire et à souffrir. Je t'en prends toi-même à témoin, toi mon sujet outragé, à qui je ne puis rendre justice , pas plus qu'à moi-même.

LSRAEL BERTUCCIO.

Vous la rendrez à l'im at à l'autre si vous le voulez ; et ,

(le plus, vous la rendrez encore à des milliers de citoyens non moins opprimés, qui n'attendent qu'un signal... Voulez-vous le donner?

LE DOGE

Tu parles par énigmes.

ISKAEL BERTUCCIO.

Je m'expliquerai bientôt au péril de ma vie si vous daignez me prêter une oreille attentive.

LE DOGE

Parle.

ISRAEL BERTUCCIO

Toi et moi nous ne sommes pas les seuls outragés , méprisés et foulés aux pieds; mais le peuple entier gémit de l'oppression qui l'accable. Les soldats étrangers à la solde du sénat sont mécontens de leurs longs arrérages. Les marins et les soldats vénitiens partagent les sentimens de leurs amis. Quel est celui d'entre eux dont les frères , les enfans , le père, la femme ou la sœur n'ont pas été opprimés ou outragés par les patriciens ? La guerre désespérée contre les Génois qui se continue avec le sang du peuple, et un trésor i^empli avec le prix de ses sueurs... la guerre augmente le mécontentement... aujourd'hui même... Mais j'oublie qu'en parlant ainsi je prononce peut-être la sentence de ma mort.

LE DOGE

Après avoir souffert comme tu l'as fait... crains-tu encore la mort.t' garde donc le silence, et vis pour être maltraité par ceux mêmes pour qui tu as versé ton sang.

Non , je parlerai à tout hasard ; et si le Doge de Venise se fait délateur , honte et malheur à lui ! car il y perdra plus que moi.

LE DOGE

Ne crains rien du Doge... achève.

ISRAEL BERTUCCIO

Sachez donc qu'il existe luie réunion secrète d'hommes liés par un serment fraternel, cœurs fidèles et vaillans, qui

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