‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 130 sur 277 · MYRRHA ET BALÉA · texte numérisé non relu

MYRRHA ET BALÉA

MYURHA , a un balcon.

Le jour enfin a paru. Quelle nuit Ta précédé! Qu'elle a t*té belle dans le ciel! le passage rapide d'une tempête n'a fait que varier sa magnificence ! qu'elle a été horrible sur la terre, où dans une heure la paix et l'espérance , l'amour et la joie , ont été troublés par les passions humaines et confondus en un véritable chaos dont les divers éléinens ne sont pas encore distincts! La guerre continue! le soleil peut-il se lever si brillan t, et transformer ainsi les nuages en vapeurs de formes élégantes figurant des dômes d'or, des monts couronnés de neige et des vagues plus pourprées que celles de 1 Océan ? Ce splendide assemblage, plus beau qu'un ciel azuré, imite les constructions de la terre ; imitation si fidèle qu'on la croirait presque permanente, mais si fugitive dans l'éternelle voûte, qu on peut à peine lui donner d'autre nom que celui de vision passagère : et cependant ce spectacle s'empare de l'âme , l'adoucit, et se fond en elle jusqu'à ce qu enfin le lever et le coucher du soleil deviennent des heures consacrées à l'amour et à la mélancolie , deux génies qui châtient et purifient nos cœurs , et dont nous ne changerions pas les doux reproches pour toutes les joies bruyantes qui frappent 1 air de leurs clameurs : ceux qui ne leur rendent pas cette espèce de culte ne connaissent pas les régions dans lesquelles ils construisent ces palais où leurs adorateurs respirent un calme délicieux... im calme de peu de durée , il est vrai , mais qui participe assez de celui du ciel pour leur donner la force de supporter le 4- i6

2'r2 SARDANAPALE.

reste des heures fatigantes de la vie mortelle. Ces heures uiènies ils peuvent encore les passer à rêver dans une douce résignation , quoique employés , en apparence , comme leurs frères, à remplir une tâche de peine et de plaisir... deux noms pour un seul sentiment , que dans son inquiétude notre souffrance intérieure voudrait varier par des sons , tandis que la sensation réelle échappe à tous nos efforts pour être heureux.

BALÉA

Vous vous livrez à une rêverie bien paisible : pouvez-vous contempler ainsi laurore d'un jour qui peut-être sera le dernier de notre vie ?

MYRRHA

C'est pour cela même que je le contemple et que je reproche à mes yeux , qui peut-être ne le reverront plus , de l'avoir vu souvent, trop souvent, sans la vénération et les transports que mérite ce qui empêche la terre d'être aussi fragile que je le suis dans ce corps mortel... Viens, regarde le dieu de la Chaldée; quand je l'admire , je me convertis presque à votre Baal.

EALÉA.

Il régna jadis sur la terre comme il règne aujourd'hui dans le ciel.

MYRRHA

11 sfouverne bien mieux la terre maintenant. Jamais monarquc terrestre n'eut la moitié de la p;ùsible gloire d'un seul de ses rayons.

BALÉA

Assurément c'est un dieu.

MYRRHA

Nous le ci'oyons aussi nous autres Grecs ; cependant je pense quelquefois que cet orbe splendide doit plutôt être vui séjour de dieux que faire partie des rois immortels. Le voilà qui écarte tous les nuages et remplit mes yeux d'une lumière qui fait disparaître pour moi le reste du monde. Je ne puis plus regarder.

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