‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 141 sur 277 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

SARDANAPAI.K.

Et me blâmes-tu ?

PANÏA.

Non... mais permettez-moi de mettre le feu au bûcher poiu- y monter avec vous.

MYRRHA

Ce devoir me regarde.

PANIA

Une femme !

MYRRHA

C'est le devoir d'un soldat de mourir pour son souverain, pourquoi ne serait-ce pas celui d'une femme de mourir avec son amant?

PANIA

Dévouement étrange !

Moins étrange que tu ne penses, mon cher Pania. Cependant conserve ta vie... Adieu : le bûcher est prêt.

PANIA

J'aurais honte de laisser mon souverain avec une seule femme pour partager sa mort.

SARDANAPAI.E.

Un trop grand nombre d'amis m'a déjà précédé dans la tombe... pars; enrichis-toi.

PANIA

Et vis malheureux.

SARDANAPALE

Pense à ton serment... il est sacré , irrévocable.

PANIA

Puisqu'il en est ainsi , adieu.

SARDANAPALE

Cherche bien dans mon appartement ; n'éprouve aucun remords à emporter tout l'or que tu trouveras. Souvienstoi que tout ce que tu laisseras deviendra le partage des esclaves auteurs de ma mort : et quand vous aurez transporté tout dans vos navires, faites retentir les airs du son d'uur

2;5S SARDANAPALE

clairon avant de quitter le palais. Les bords du fleuve sont trop éloignés , ses ondes trop tumultueuses en ce moment pour que l'écho de ces lieux pût saisir le signal de votre départ... fuyez... et détournez la tête en suivant le cours de l'Euphrate. Si vous abordez dans la Papblagonie où la reine est en sûreté avec mes trois fds , à la cour de Cotta , diteslui ce que vous avez vu en partant , et priez-la de se souvenir de ce que je lui dis lors d'une séparation encore plus douloureuse.

PANIA

O main royale !... permettez-moi de la presser sur mes lèvres , ainsi qu'à ces pauvres soldats qui vous entourent et qui mourraient volontiers avec vous. [Les soldats et Pania s^ approchent et baisent la main de Sardanapale et les pans de sa rohe. )

SARDANAPALE

Mes meilleurs et mes derniers amis ! n'énervons pas mutuellement nos cœurs ; partez sans délai. Tous les adieux devraient être subits, quand on se quitte pour jamais... sinon ils font une éternité de quelques momens et attristent par des larmes la fin de la vie. Allez , et soyez heureux ; croyezmoi, je ne sms plus à plaindre... ou du moins je le suis bien plus pour le passé que pour le présent... quant à l'avenir , il est entre les mains des dieux , s'il en est : je le savirai bientôt. Adieu... adieu! [Pania et les soldats soi^tent.)

MYRRHA

Ces hommes étaient fidèles : c'est une consolation quand nos derniers i^gards s'arrêtent sur des visages aimans.

SARDANAPALE

Et sur des visages aimables, ma belle Myrrha!... mais écoute. Si dans ce moment, car nous sommes près du terme , tu éprouves une répugnance secrète à passer des flammes dans l'avenir , dis-le ; je ne t'en aimerai pas moins ; peut-être même ne t'aimerai je que davantage en te voyant céder à ta nature : il est encore temps de fuir.

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