I.E GARDE
Et vos membres ?
JACOPO FOSCARI
Mes membres ? Que de fois ils m'ont porté bondissant sur cette onde azurée où je guidais la gondole , masqué comme un jeune gondolier au milieu de mes joyeux rivaux, nobles comme moi , et nous disputant fièrement le prix de l'adresse et de la vigueur dans ce jeu de notre âge ! Une troupe de beautés patriciennes et plébéiennes nous encourageaient par leurs séduisans sourires , par l'expression de leurs tendres désirs en déployant leurs moucboirs , et nous applaudissant des mains jusqu'au but!... Que de fois, d'un bras plus robuste, j'ai fendu ces flots , opposant à leur résistance un sein audacieux! Avec le geste rapide du nageur, je rejetais en arrière ma chevelure humide ; j'élevais en souriant ma bouche au-dessus de la mer, qui la caressait comme une coupe. Suivant les flots dans leurs mouvemens, plus ils s'élançaient , plus il me soulevaient avec eux ; et souvent en me jouant je plongeais dans leurs gouffres de vert cristal , et j'allais toucher les coquillages et les plantes marines, invisible à ceux qui , restés sur le rivage , tremblaient de ne plus m'apercevoir. Soudain je reparaissais pointant à la main les gages qui prouvaient que j'avais mesuré l'abîme. Je m'élevais en frappant avec bruit les vagues, et, donnant un libre cours à mon souffle long-temps suspendu, j'écartais avec dédain l'écume qui m'entourait , et je poursuivais ma carrière comme l'oiseau de la mer... J'étais un enfant alors.
EE GARDE
Aujourd'hui vous êtes un homme ; jamais on n'eut autant besoin d'un mfde courage.
jyvcopo FOSCARI, regardant par le halcou. Belle Venise , nia chère et unique patrie !... Oh ! oui , main