‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 150 sur 277 · I.E GARDE · texte numérisé non relu

I.E GARDE

La coideur revient sur vos joues. Que le ciel vous envoie la force pour supporter tout ce qu'on peut encore vous condamner à souffrir!... Je tremble d'y songer.

JACOPO FÔSCARI.

Ils ne me banniront plus!... Non... non , qu'ils me torturent encore... il me reste de la force.

LE GARDE

Avouez , et vous ne subirez plus la question.

JACOrO FOSCARI.

J'ai avoué une première £ois et une seconde , deux fois ils m'ont exilé.

LE GARDE

Et la troisième ils vous ôteront la vie.

Qu'ils me l'ôtent, pourvu que je sois enseveli dans la patrie qui me vit naître : je préfère n'être plus que cendre ici , à vivre ailleurs.

LE GARDE

Pouvez-vous tant aimer le sol qui vous hait ?

JACOPO FOSCARI

Le sol !.... oh ! non , ce sont les enfans du sol qui me persécutent ; mais ma terre natale me recevra comme une mère dans son sein ; je ne demande rien qu'un tombeau vénitien... une prison , ce qu'ils voudront , pourvu que c,e soit ici.

( Un officier entre.) l'officier.

Amenez le prisonnier.

LE GARDE

Seigneur, vous entendez l'ordre.' 4. iS

JACOPO FOSCARI

Oui, je suis accoutumé à de tels ordres j c'est la troisième fois qu'ils m'ont torturé... [Au garde.) Allons, prête-moi ton bras. l'officier.

Prenez le mien , seigneur; c'est mon devoir d'être auprès de votre personne.

JACOPO FOSCARI

Vous... vous êtes celui qui hier présidiez à mon supplice... retirez-vous ! je marcherai seul.

l'officier.

Comme vous voudrez , seigneur; la sentence ne peut m'être attribuée, mais je n'osai pas désobéir au conseil quand... les Dix...

JACOPO FOSCARI

T'ont ordonné de m'étendre sur leur horrible instrument. Je t'en prie, ne me touche pas... c'est-à-dire à présent... le temps viendra qu'ils renouvelleront leur ordre; retire -toi jusque là. Quand je regarde tes mains , le sang se fige dans mes membres qui frissonnent par anticipation de la torture , et sur mon front coule une sueur glacée comme si... Mais allons... je l'ai supportée... je puis la supporter... Quel aspect montre mon père ?

LOFFICIER.

Son aspect accoutumé.

JACOPO FOSCARI

La terre, le ciel, l'azur de l'océan , l'éclat de notre ville , ses édifices, la gaieté de sa place... (le murmure joyeux des nations qu'elle rassemble parvient même en ces lieux ; dans ces salles des inconnus qui gouvernent , et des inconnus sans nombre condamnés à mourir en silence )... tout porte le même aspect , tout , et mon père aussi. Rien ne sympathise avec Foscari , pas même un Foscari... Seigneur, je vous suis. (/. Foscari et V officier sortent , etc.) MEMMo entre ai^ec un sénateur.

Il est parti... nous sommes venus trop tard... Croyez-voKS que les Dix siégeront long-temps aujourd'hui!'

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