ACTE DEUXIEME. 2cS
MARINA
Je dcbiraisvous parler do lui.
I,E noGK.
LK nOGE.
De votre t'poiix ?
Et de votre fils.
Continuez , ma fille.
MARINA
J'avais obtenu des Dix la permission de rester auprès de mon époux pendant un nombre d heures limité.
LE DOGE
Vous l'avie/ obtenue.
MARINA
Cette permission est révoquée.
LE DOGE
Par qui ?
MARINA
Par les Dix. Nous étions parvenus au pont ties Soupirs, que je me préparais à passer avec Foscari, lorsque le sombre gardien de ce pont fut le premier à faire des difficultés. Un messager fut envoyé aux Dix , mais le tribunal avait \.j\é sa séance; n'ayant aucune autorisation écrite, je fus repoussée en m'entendant dire que , jusqu'à ce que cette haute cour se rassemblât, les murs du cachot nous sépareraient encore.
LE DOGE
En effet, cette formalité a été omise, dans la précipitation avec laquelle la cour s'est ajournée : et , jusqu'à ce qu'elle se réunisse, il est douteux que vous obteniez rien.
Jusqu'à ce qu'elle se réunisse ! et quand elle se réunira , on le soumettra de nouveau à la question! C'est par une nouvelle torture que nous devons acheter cette entrevue d'un époux et de sa femme !... O Dieu ! tu es témoin de l'outrage fait au plus saint des nœuds.
2«8 LES DEUX FOSCAKI.
LE DOGE
Mon enfant!... mon enfant!
MARINA , hrusquement.
Ne m'appelez pas votre enfant... vous n'aurez bientôt plus d'enfans : vous n'en méritez pas... vous qui parlez si froidement d'un fils dont l'infortune arracherait des larmes de sang à des Spartiates ! Quoiqu'ils ne pleurassent pas leurs fds qui mouraient en combattant , est-il écrit qu'ils les vissent périr sans tendre les mains pour les sauver ?
LE DOGE
Vous me voyez, je ne puis pleurer... je voudrais le pouvoir... mais , si j'avais autant de vies qu'il reste de cheveux blancs sur cette tête ; si cette toque ducale était le diadème de la terre , et cette bague , gage de mon hymen avec les vagues, un talisman pour les calmer... je donnerais le tout pour lui.
MARINA
Il en faudrait moins pour le sauver.
LE DOGE
Cette seule réponse prouve que vous ne connaissez pas Venise. Hélas ! comment le pourriez-vous ? Elle ne se connaît pas elle-même dans tous ses mystères. Ecoutez-moi... ceux qui en veulent à Foscari n'en veulent pas moins à son père. La ruine de celui-ci ne sauverait pas son fils. Ils tendent au même but par des moyens différens, et c'est... mais ils n'ont pas encore vaincu.
MARINA
Ils vous ont écrasé.
LE DOGE
Pas encore... je vis.
MARINA
Et votre fils... combien de temps vivra-t-il encore?
LE DOGE
Il vivra, j'espère; et malgré tout ce qu'il a souffert... il vivra autant d'années et plus heureux que son père. Ce jeune téméraire a tout détruit avec cette lettre que lui avait dictée