‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 160 sur 277 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

son impatience de levenir dans sa [)alrie. C'est un erinie que je ne puis nier ni pallier, eoninie père ni connue Doge. S'il avait pris patience... un peu plus loug-tenips encore dans son exil... j ;wais des espérances... il les a toutes détruites... il faut (piil retourne.

MAUINA,

A l'exil!

I,E DOGE

Je l'ai dit.

MARINA

Et no puis-je aller avec lui?

Vous savez bien cpie cette demande vous a été refusée <kux fois par le conseil des Dix , elle vous serait encore moins accordée une troisième depuis qu'une aofrrnvation d'offense les rend plus sévères pour votre époux.

MARINA

Sévères .f* dites atroces! Ces vieillards, un pied dans la tombe, et dont les yeux affaiblis ne répandent d'autres larmes que celles de la caducité; ces démons incarnés au front à demi chauve, aux mains tremblantes, et dont la tète est aussi flétrie que leur cœur est dur, ils jugent, exilent, condamnent à mort, comme si la vie n'était rien de plus précieux que le sentiment éteint dans leur sein infeiual.

T,E DOGE

Vous ne savez pas...

MARINA

Je sais... oui... je sais, et vous devriez savoir aussi, ce me semble... que ce sont des démons : se peut-il qu'ils soient des hommes , eux qui ayant reçu le jour et sucé le lait d'une femme... aimé ou parlé d'amour... donné leurs mains pour contracter des vœux sacrés... bercé leurs enfans sur leurs ^e noux et peut-être gémi sur leurs douleurs, leurs périls ou leur mort... vos semblables enfin, par la forme du moins; se peutil qu'ils soient des hommes après en avoir agi avec les vôtres comme ils ont fait... et avec vous-même, vous qui les soutenez? 4. ,o

7<)0 LES DEUX FOSCARl.

LE DOGE

Je VOUS pardonne parce que vous êtes mal informée.

MARINA

Vous savez tout et vous ne sentez rien.

J'ai tant souffert que les paroles ont cessé de faire impression sur moi.

MARINA

Oui , sans doute ! vous avez vu couler le sang de votre fils et vous n'avez pas frémi j après tout , que sont les paroles d'une femme ? que sont ses larmes pour vous faire impression .^^

LE DOGE

Femme , cette douleur plaintive , je te le dis , n'est rien dans la balance auprès de celle... mais j'ai pitié de toi, ma pauvre Marina.

MARINA

Aie pitié de mon époux , ou cesse de me plaindre moimême ; aie pitié de ton fils!... Toi en avoir pitié! c'est un mot inconnu à ton cœur... comment est-il sorti de tes lèvres?

LE DOGE

Je supporte ces reproches , quoiqu'ils m'outragent ! Si tu pouvais seulement lire...

MARINA

Ce n'est pas sur ton front , ni dans tes yeux, ni dans tes actes... Où verrais-je donc cette sympathie... où est-elle?* LE DOGE , tournant les yeux 'vers la terre. Là.

MARINA

Dans la terre ?

LE DOGE

Vers laquelle je tends : quand elle pèsera sur ce cœur, plus léger enfin , quoique chargé du marbre funèbre , alors vous me connaîtrez mieux.

Etes-vous donc, en effet , tant à plaindre ?

ACTK DEUXIEME. ?91

I,K DOGE

A plaiiulic! Personne ne joindra jamais à mon nom ce mot, par lequel les hommes marquent leur orgueil triomphant : mon nom sera toujours tel que je 1 ai porte , tt^l que je le re("us.

MARINA

Si ce n étaient les pauvres enfans de celui que tu ne peux f)u que tu ne veux pas sauver, ce nom finirait avec toi.

LE DOGE

Plùt au ciel! il eût mieux valu pour mon fds de n'être pas no : j en dis autant pour moi... J ai vu notre maison déshonorée.

MARINA

(^est faux ! Jamais dans le sein d'im mortel n'a palpité un cœur plus franc, plus noble, plus fidèle, plus aimant, plus loyal. Je ne voudrais pas changer mon époux, victime de l'exil, des persécutions, des tortures, opprimé, foule aux pieds, vivant ou mort* non, je ne le changerais pas pour un prince ou pour le chevalier le plus illustre de la fable ou de l'histoire, quand il aurait lui monde entier pour le soutenir. Déshonoré!... lui, déshonoré! Je te dis,o Doge, que c'est "Venise qui se déshonore ; le nom de Foscari sera son plus honteux reproche, non pour ce qu'il a fait, mais pour ce qu'il a souffert... C'est vous tous qui êtes des traî^^res ! Tyrans ! si vous aimiez votre patrie comme cette victime , qui passe des chaînes aux tortures, et se soumet à tout plutôt qu'à lexil, vous vous prosterneriez à ses genoux et lui derriaTideriez le jiardon d<' votre insigne outrage.

r,E DOGE.

11 fut, en eftVt , tout ce que vous a\e/, dit. Je supportai avec iT^us de <alme la mort des deux fils qiu: le ciel ma rerlemandes, que le déshonneur de Jacopo.

MARINA

J'.nrore ce mot (\c déshonneur î

I,F. nOGE.

N'a-t-il pas été eoridairme ?

292 LES DEUX FOSCART.

MARINA

J\ fSt-ce que le coupable qui est condamné ?

LE DOGE

Le temps peut réhabiliter sa mémoire... je l'espère... iî était mon orgueil, mon... Mais tout est inutile à présent... Je ne versai jamais beaucoup de larmes; je pleurai cependant le join- qu'il naquit : ces larmes étaient un présage.

MARINA

Je dis qu'il est innocent... et, ne le serait-il pas, devonsnous renier notre sang et nos proches aux jours de la fatalité i*

LE DOGE

Je ne le renie point ; mais j'ai d'autres devoirs que ceux d'un père, et dont l'Etat n'a pu me dispenser : deux fois j'ai reçu un refus.... [Un domestique entre.) Il faut les remplir.

LE DOMESTIQUE

Un message des Dix.

LE DOGE

Qui l'apporte P

LE DOMESTIQUE

Le noble Loredano.

LE DOGE

Lui !... Qu'il entre ! ( Le domestique sort.)

MARINA

Dois-je me retirer ?

LE DOGE

Peut-être ce n'est pas nécessaire, s'il s agit de votre époux ; et sinon... [A Loredano qui entre.) Eh bien, seigneur, quel est votre bon plaisir ?

LOREDANO

Je VOUS apporte celui des Dix.

LE DOGE

Ils ont bien choisi leur envoyé.

LOREDANO

C'est leur choix qui m'amène ici.

LE DOGE

11 fait honneur à leui' sagesse et plus encore ^4 leur courtoisie... Poursuivez.

Page 1