ACTE DEUXIEME
T.OREDANO.
Nous avons décide...
LE DOGE
Nous ?
l.OKEDANO.
Le conseil des Dix.
LE DOGE
(^uoi ! se sont-ils assemblés, et sans m'en avertii i*
LOUEDANO.
Ils ont voulu respecter votre sensibilité et votre vieillesse.
LE noGE.
Voilà du nouveau... quand ont-ils épaigné l'une ou l'autre ;' Je les remercie pourtant.
LOIIEDANO.
Vous savez qu'ils ont le pouvoir d'agir sans la présence du Doge.
LE DOGE
Il y a quelques années que je sais cela , long-temps avant que je devinsse Doge ou que j'eusse rêvé à un tel avancement. Vous n'avez nul besoin de m'instruire, seigneur; j'étais membre du conseil, que vous n'étiez qu'un jeimepatricien .
LOREDANO
Oui, du temps de mon père ; je l'ai entendu dire à lui <'t à l'amiral son frère. Votre Altesse doit se Ivs rappeler; tous «leux moiuurent subitement.
LE DOGE
Si cela est, mieux vaut mourir ainsi (pic dans une l(uigue .igonie.
loreda.no.
Sans aucun doute; cependant la plupart dvs lionnnes piclèrent jouir de tous les jours que la nature leur accorde. LE doge.
Votre oncle et votre père n'en ont-ils pas joui?
C'est ce que la tond)c sait mieux que ikuis. Us soul morts sul)itement, comme je disais,
LE DOGE
Est-ce une chose si étrange que vous deviez répéter ce mot avec emphase ?
LOREDAIVO.
Elle est si loin d'être étrange, que selon moi jamais mon ne fut aussi naturelle que la leur. Ne pensez-vous pas de même ?
LE DOGE
Que penser de deux hommes mortels ?
LOREDANO
Qu'ils ont des ennemis mortels.
LE DOGE
Je vous comprends, vos pères étaient mes ennemis eî vous êtes en tout leur héritier.
LOREDANO
Vous savez mieux que personne si je dois l'être.
LE DOGE
Je le sais. Vos pères furent mes ennemis, et j'ai entendu parler de certains bruits. J'ai lu aussi leur épitaphe qui attribue leur mort au poison. Peut-être est-elle aussi vraie que la plupart des épitaphes , mais ce n'en est pas moins une fable.
Qui ose le dire ?
LE DOGE
Moi... Il est vrai que vos pères furent mes ennemis non moins déclarés que leur fils peut l'être. Je leur rendis haine pour haine , mais je fus ouvertement leur ennemi. Je n'employai jamais de cabale dans le conseil , ou dans la république 5 jamais je n'entrepris rien en secret contre leur vie par le fer ou le poison. Vous existez , en voilà une preuve.
LOREDANO
Je ne crains rien.
LE DOGE
Vous n'avez rien à craindre d'un homme tel que moi ; si j'étais ce que vous me supposer, depuis long-temps vous se-