‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 162 sur 277 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

riez hors d'état d'éprouver ia crainte... Haïssez-moi ; je m'en inquiète peu.

LOREDANO

Je ne savais pas encore qu'un noble dans Venise n'avait rien à craindre pour sa vie de la colère d'un Doge, je veux dire par des moyens avoués.

LE DOGE

Mais moi, seigneur, je suis, ou j'étais du moins , quelque chose de plus qu'un simple Doge , par mon sang , mon caractère et mes actions ; ils le savent , ceux qui craignaient de m'élire et qui ont fait tous leurs efforts pour m' accabler. Soyez persuadé qu'avant ou depuis cette époque, si j'avais mis de limportance à votre absence , un mot de ma bouche eût suscité des gens qui vous eussent rendu nul ; mais j'ai toujours observé avec le plus grand respect toutes les lois , non seulement celles que vous avez dépassées contre mon autorité, commeje le prouverais si j'étais disposé à m'en pré-, valoir contre vous , je ne dis vous que parce que je vous considère comme une voix entre dix... mais, je le répète, j'ai observé avec autant de respect qu'un prêtre observe le culte de lautel tous les décrets qui ne m'ont imposé que le sacrifice de mon sang, de mon repos , de ma sûreté, de tout enfin, excepté de mon honneur ; je les ai observes pour la gloire, les intéiêts et le bonheur de l'Etat. Maintenant, seigneur, remplissez votre commission.

LOREDATVO.

Il est décrété que , sans répéter la question ou continuer un examen judiciaire qui ne sert qu'à montrer lopiniàtreté du coupable , les Dix le dispensent de la loi qui prescrit la torture jusqu'à un aveu complet ; d'ailleurs , le prisonnier ayant en partie confessé son crime en ne niant pas la lettre adressée au duc de Milan , les Dix ordonnent que Jacopo Foscari retournera au lieu de son exil dans la rïême galère qui l'a transporté ici.

MARINA

l)\cn soit loue! Au moins ils ne le traîneront plusdevaiir

:'î)ii LES DEUX FOSCARI.

cet iioinblo Uihuii.il. S'il pensait comme moi, le plus heureux destin pour lui et pour tous serait d'échapper à une telle patrie.

LE DOGE

Ce n'est pas là ime pensée vénitienne, ma fille.

MARINA

Non, elle est trop humaine! Puis-jc partager son exil?

LOREDANO

C'est ce dont les Dix n'ont point parlé.

Je m'y attendais; ce serait trop humain encore. Mais cela me sera-t-il interdit ?

LOREDANO

fl n'en a pas été question.

MARINA , au Do^e.

Alors, mon père, vous pourrez obtenir ou m'accorder vous-même cette faveur. ( yi Loredano. ) Et vous , seigneur , vous ne vous opposerez point à ma pi'ière d'accompagner mon époux.

LE DOGE

Je tâcherai.

MARINA

El VOUS, seigneur?

LOREDANO

Madame, ce n'est pas à moi d'anticiper sur le bon plaisn à\x tribunal.

MARINA

Le plaisir! quel mot pour parler des décrets de...

LE DOGE

Ma fille , savez-vous en présence de qui vous parlez i'

MARINA

En présence d'un prince et de son sujet.

LOREDANO

Sujet !

y\h ! ce mot vous offense ?,.. eh bien ! vous êtes son égal ,

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