ACTE TROISIEME. .-^O
semblable chronique écrite et lue par des malheureux seuls. ( // grave son nom. Un familier des Dix entre. )
L£ FAMILIER
Je vous apporte votre nourriture.
JACOrO FOSCARI.
Déposez-la par terre; je n'ai plus faim; mais mes lèvres sont desséchées... où est l'eau .^
LE FAMILIER
JACOPO FOSCAUi, après avoir bu.
Je vous remercie, je suis mieux.
LE FAMILIER
J'ai ordre de vous informer que la continuation de votre procès est différée.
JACOPO FOSCARI
Jusques à quand ?
LE FAMILIER
Je l'ignore... J'ai aussi l'ordre d'admettre votre illustre épouse.
JACOPO FOSCARI
Ah ! ils s'adoucissent donc... j avais cessé de l'espérer; il était temps. ( Marina entre. ^
MARINA
Mon bien-aimé !
JACOPO FOSCARI , V embrassant.
Ma fidèle épouse, ma tendre amie! quel bonheur!
MARINA
Nous ne nous séparerons plus.
JACOPO FOSCARI
Comment! voudrais-tu partager mon cachot '.'
MARINA
Oui, et la torture, le tondjeau... je voudrais tout partager avec toi ; mais le tombeau le plus tard possible , car là nous ne nous connaîtrons plus ;] cependant je le partagerais volontiers avec toi... tout, excepté une nouvelle séparation; een est trop d'avoir survécu à la première! Comment es-tu?
et tes membres épuisés? Hélas î pourquoi le demander? ta
pâleur...
JACOPO FOSCARI
C'est le plaisir inattendu de te revoir sitôt, qui a refoulé tout mon sang dans mon cœur et rendu mon visage semblable au tien, car tu es pâle aussi , ma tendre Marina.
MARINA
C'est l'effet de l'obscurité de cet éternel cachot qui ne connut jamais les rayons du soleil ; la torche du familier jette aussi ime sombre lueur qui semble ajouter aux ténèbres plutôt que de les dissiper, en mêlant aux vapeurs du cachot sa fumée bitumineuse ; elle entoure d'un nuage tout ce que nous considérons, môme tes yeux... mais non... comme ils étincellent !
•TACOPO FOSCARI.
Et les tiens!... Mais je suis ébloui par la torche.
MARINA
Je l'eusse été sans flamme... Pouvais-tu voir ici ?
JACOPO FOSCARI
Rien d'abord 5 mais l'habitude et le temps m'ont familiarisé avec les ténèbres ; et le pâle demi-jour de ces rayons qui se glissent à travers les fissures faites par les vents était plus doux à mes regards que la splendeur du soleil quand il dorait de ses riches rayons d'autres édifices que ceux de Venise. Un moment avant que tu entrasses... j'écri^'^ais.
MARINA
Quoi ?
JACOPO FOSCARI
Mon nom; regarde, le voici... auprès du nom de celui qui me précéda dans ce lieu , si les dates du cachot disent vrai.
MARINA
Et qu est-il devenu ?
JACOPO FOSCARI
Ces murs se taisent sur la fin des captifs; ils ne savent nous en donner qu'un soupçon. Jamais des mm-s plus sinis-