ACTE TROISIÈME. -JO
très n existèrent sur la terre , excepté ceux qu'on élève sur les morts ou sur les hommes condamnés à un supplice prochain... Çu'est'il devenu P tu me le demandes... la même question peut-être sera bientôt faite sur moi et obtiendra la même réponse... le doute et le soupçon de la terreur... à moins que tu ne fasses mon histoire.
MARINA
Moi !
JACOrO FOSCARI.
Et pourquoi non ? tous alors parleront de moi : la tyrannie du silence est peu durable j et, quoique les évènemens restent cachés, les gémissemens des hommes justes brisent toute espèce de ciment et même celui d'un tombeau! Je n'ai rien à craindre pour ma mémoire, mais c'est pour ma vie ; cependant je ne sens aucune crainte.
MARINA
Ta vie est en si\reté.
JACOPO FOSCARI
Et ma liberté?
MARINA
L'âme doit se créer la sienne.
JACOPO FOSCARI
Noble parole ! mais ce n'est qu un son. L'âme est beaucoup... elle n'est pas tout. L'âme m'a donné le courage de lisquer la mort et la torture, plus cruelle encore (si la mort n'est qu'un sommeil): je les ai bravées sans gémir, ou du moins le cri que j'ai poussé a plutôt fait honte à mes juges qu'à moi; mais ce n'est pas tout, il est des choses plus pénibles... telles que cet étroit cachot où je puis respirer pendant maintes années.
MARINA
Hélas ! et cet étroit cachot est tout ce qui t'appartient dans ce vaste Etat dont ton père est le prince.
Cette pensée ne peut guère me consoler. Mon sort est commun à plusieurs ; plus d'un captif gémit dans un cachot,
mais aucun comme moi, si près du palais de son père..; cependant quelquefois mon cœur se relève , et Tespérancé brille parmi ces faibles lueurs mêlées d'atomes de poussière qui composent tout notre jour; car, excepté la torche du «reôlier et une mouche luisante qui s'est laissé prendre la nuit dernière dans les toiles de cette araignée, je n'ai rien vu qui ressemblât à un rayon. Hélas ! je ne sais jusqu'où le courage peut nous soutenir, car j'en ai, je l'ai prouvé devant les hommes ; mais il s'affaisse dans la solitude ; mon âme est sociale.
MARINA
Je serai avec toi.
JACOPO FOSCARI
Ah ! s'il était possible! mais c'est ce qu'ils ne m'accorderont jamais... ils mêle refuseront encore, et je serai seul: sans compagnons... sans livres... ces peintures mensongères des hommes menteurs. J'ai demandé ces esquisses, qu'ils appellent annales, histoire , et qu'ils lèguent à la postérité comme des portraits... on a rejeté ma demande; ces murs sont donc devenus mon étude... tableaux plus fidèles de l'histoire de Venise , malgré leurs lacunes et leurs taches sinistres , que cette salle non loin d'ici , où l'on voit la longue suite des Do^es-avecle récit de leurs actions et leurs dates.
MARINA
Je viens t' apprendre le résultat de leur dernière délibération sur ton sort.
Je le sais... regarde!
( // montre ses membres pour rappeler ses tortures. )
MARINA
Non... non... ce n'est pas cela... ils renoncent à cette atrocité.
JACOPO FOSCARI
Qu ont-ils donc décidé ?
MARINA
Que tu letournes ù Candie.