‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 205 sur 277 · SCENE PREMIKKE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIKKE

La scene représente un chateau délabré, situé près d'une petite "ville , sur les frontières de la Silésie. — La nuit est orageuse.

WERNER ET JOSÉPHINE, son épouse.

JOSÉPHINE

Mon ami, calme-toi!

WERNER

Je suis calme.

JOSÉPHINE

Tu voudrais en vain me le persuader ; pourquoi cetf e démarche troublée ? Quelqu'un dont le cœur serait tranquille parcourrait-il d'un pas si rapide une chambre comme la nôtre.»* Si c'était un jardin, je te croirais heureux d'aller de fleur en fleur avec l'abeille ; mais ici !

W^EUNER.

L'air est froid; la tapisserie laisse pénétrer le vent qui l'agite ; mon sang est glacé.

JOSÉPHINE

Hélas , non !

WERNER , souriant.

Quoi , le voudrais-tu ?

Je voudrais qu'il eût son cours naturel.

371' WERNER

WERNER

Oui, jusqu'à ce qu'il soit versé ou qu'il s'arrête de luimême... Ce sera bientôt peut-être... C'est ce qui m'inquiète peu.

JOSÉPHINE

Et ne suis-je pour rien dans ton cœur?

WERNER

Oh ! tout.

JOSÉPHINE

Peux-tu désirer ce qui doit briser le mien ? WERNER, s' approchant d^elle.

Sans toi, j'aurais été... n'importe quoi, un mélange de beaucoup de bien et de beaucoup de mal. Tu sais ce que je suis ; ce que j'aurais été , tu l'ignores ; mais je t'aime , et rien ne nous séparera. ( Werner s^ éloigne brusquement et puis se rapproche de Joséphine.) L'orage de cette nuit m'a affecté peut-être; je ne suis que trop susceptible de l'être, et je viens d'être malade , comme tu le sais , hélas ! moins par mes souffrances que par ce que tu as souffert toi-même en veillant à mon chevet.

JOSÉPHINE

Te Aoir rétabli, c'est déjà beaucoup... Te voir heureux...

WERNER

Où as-tu vu quelqu'un qui le fiit ? Laisse-moi être malheureux comme tous le sont.

Mais pense combien de nos semblables , dans cette nuit de tempête, frissonnent sous le vent et la pluie, dont chaque goutte les courbe davantage vers la terre , qui n'a d'autre asile à leur offrir que celui de la tombe.

WERNER

Et ce n'est pas le pire. Qu'importe une demeure! le repos est tout. Quant aux misérables dont tu parles... oui, le vent mugit autour d'eux, et une pluie froide les pénètre. J'ai été soldat, chasseur, voyageur, et je suis presque un mendiant... Je connais tout cela par expérience.

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