‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 21 sur 277 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

ANGIOLINA

Et jusque là non ?

r.F. DOGE.

Qu importe mon pardon , le pardon d'un vieillard miné par les ans , abreuvé d'insultes et de mépris ! qu'importe mon pardon ou mon ressentiment! l'un et l'autre seraient inutiles... j'ai trop vécu... Mais changeons d'entretien... Mon enfant, épouse outragée, fille de Lorédan! il pensait peu ce père si brave, si loyal, qu'en t'unissant à son ami il te livrait à la honte... hélas! à la honte sans crime, car tu es innocente... Si tu avais eu un tout autre époux que le Doge , cette calomnie, ce blasphème n'eût jamais tombé sur toi. Si jeune, si belle, si pure, essuyer cet affront et n'être pas vengée !

ANGIOLINA

Je suis assez vengée , car vous m'aimez toujours , vous me conservez votre confiance et votre estime. Tous les hommes savent que vous êtes juste et que je suis fidèle. Que pourrais-je demander, que pourriez-vous exiger de plus ?

LE DOGE

C'est bien; et peut-être tout ira-t-il mieux encore; mais, quoi qu'il arrive , daigne respecter du moins ma mémoire.

ANGIOLINA

Que voulez-vous dire?

LE DOGE

Il n'importe.... Mais je voudrais , quelque chose que les autres pensent de moi, que tu me respectasses maintenant y et quand je serai dans ma tombe.

ANGIOLINA

Pourquoi en douteriez-vous.*' Ai-je jamais manqué au respect que je vous dois.''

LE DOGE

Viens ici , ma fille. Je veux te parler un moment. Ton père fut mon ami ; la fortune , inégale dans ses faveurs , l'avait rendu mon débiteur pour quelques légers services qiii resserrent les liens des hommes vertueux. Lorsque , affligé

de sa dernière maladie, il désira notre hymen, ce ne fut point pour s'acquitter envers moi : il l'avait déjà fait depuis long-temps par son amitié loyale. Son but était de déposer sa fille orpheline à l'abri des périls qui, dans cette ville infestée de vices , entourent une jeune fille seule et sans dot. Je ne pensais pas comme lui, mais je ne voulus point contrarier la pensée qui le consolait sur son lit de mort.

ANGIOLINA

Je n'ai point oublié la noblesse avec laquelle vous me dites de vous déclarer si mon jeune cœur n'avait point d'inclination qui aurait pu me rendre plus heureuse; je n'ai point oublié l'offre que vous me fîtes de me donner une dot égale à celle de la plus riche héritière de Venise , et de renoncer à tous les droits que vous laissaient les dernières volontés de mon père.

LE DOGE

Ainsi donc ce ne fut point le vil caprice d'une vieillesse extravagante , ni la sensualité trompeuse d'un cœur épuisé, qui me firent souhaiter une beauté virginale et une jeune épouse. Dans mon ardentejeunesse j'avais dompté de telles passions ; et mon âge avancé est exempt de cette lèpre de luxiu'e qui souille les dernières années des hommes vicieux , et leur fait épuiser jusqu'à la lie la coupe des plaisirs ; il en est qui achètent par un mariage une jeune victime trop pauvre pour refuser un état honnête , et trop sensible pour ne pas connaître tout son malheur.... Notre hymen ne fut pas de cette espèce ; vous reçûtes de moi la liberté de choisir , et pour réponse vous voulûtes obéir au choix de votre père.

ANGIOLINA

Oui, je l'ai voulu à la face du ciel et de la terre; je n'ai jamais eu de regret pour moi , mais quelquefois pour vous , en songeant à vos dernières inquiétudes.

Je savais que mon cœur ne vous traiterait jamais avec dureté : je savais que mes jours ne vous importuneraient

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