‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 22 sur 277 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

pas long-temps: et, après mon trépas, la fille de mon ancien ami , sa vertueuse fille , libre de nouveau dans son choix , plus riche et plus nu\re de raison , dans la fleur de l'âge , plus en état de choisir après quelques années d'épreuves , héritière du nom et des biens d'un prince , et , pour prix de son indulgence envers un vieillard pendant quelques étés , à l'abri des chicanes des lois et du pouvoir d'une famille jalouse, la fille de mon meilleur ami pourrait encore user de ses droits, trouver un époux dont l'âge fiit plus assorti avec le sien , et un cœur digne de sa fidélité.

ANGIOLIXA.

Seigneur , pour remplir tous mes devoirs et me montrer la vertueuse épouse de celui qui possède ma main , je n'ai écouté que mon cœur et le désir de mon père, rendu sacré par ses dernières paroles : une espérance ambitieuse ne troubla jamais mes songes ; et , si l'heure dont vous parlez arrivait , je saurais le prouver.

LE DOGE

Je vous crois , et je connais votre vertu; car l'amour, cet amour romanesque dont l'illusion me fut révélée dans ma jeunesse, et que je ne vis jamais durable, mais souvent fatal , cet amour n'eût pas été un attrait pour moi dans l'âge de mes passions , et ne le serait pas davantage aujourd'hui s'il existait. Mais j'attendais de vous le respect et les tendres égards que pouvaient exiger une amitié sincère et une franche complaisance à tous vos désirs ; reconnaissant de vos vertus , ma surveillance inaperçue couvrait de son ombre ces légères faiblesses auxquelles la jeunesse est soumise; sans jamais vous en reprendre ouvertement , elle vous en détournait peu à peu, afin que votre changement semblât l'effet de votre choix. J'étais fier , non de votre beauté , mais de votre conduite... ma confiance , une tendresse patriarcale plutôt qu'un aveugle hommage , tels étaient les titres que je croyais avoir à votre estime.

ANGIOLINA

Vous l'avez toujours eue.

LE DOGE

Je le pense. Quant à la différence de nos années, vous la connaissiez quand vous pouviez choisir , et vous m'avez choisi. Ma confiance n'était point inspirée par mes qualités ; elles n'auraient pas suffi pour l'inspirer , non plus que les dons extérieurs de la nature , quand j'aurais été à mon vingtcinquième printemps... J'avais confiance au sang de Lorédan qui coulait dans vos veines, à l'âme que Dieu vous donna... aux maximes que vous recommanda votre père... à votre croyance au ciel... à vos douces vertus , à votre fidélité et à votre honneur , le plus sûr garant du mien.

ANGIOLINA

Vous avez bien fait... Je vous remercie de cette confiance. Je n'ai jamais cessé un moment de vous en honorer davantage,

LE DOGE

L'honneur affermi par de sages préceptes est le rempart de la foi conjugale. S'il n'existe pas... des pensées frivoles et la vanité des plaisirs du monde se glissent dans le cœur. Si des désirs sensuels le bouleversent, je sais bien qu'il serait inutile à l'honnne de chercher la vertu dans un sancf infecté, quand celle à qui il s'est uni l'aurait d'ailleurs préféré à tout. Une vivante image du dieu des poètes avec toute la beauté qu'il doit au ciseau de l'artiste, ou le demi-dieu Alcide dans la majesté de ses formes divines, ne suffiraient pas pour enchaîner un cœur où la vertu n'est pas. C'est la persévérance qui la donne et l'éprouve. Le vice ne peut se fixer, la vertu ne peut changer... La femme une fois tombée fera sans cesse de nouvelles chutes. Le vice cherche la variété, tandis que la vertu reste immobile comme le soleil, et tout ce qui tourne autovu' d'elle en reçoit la vie , la lumière et l'éclat.

ANGIOLINA

\ous qui jugez si bien cette vertu dans les autres (je vous prie de m'excuser, seigneur) , pourquoi cédez-vous à la plus fatale des passions ? pourquoi troublez-vous vos au-

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