ACTE PREMIER
le riche comte ou le lîor baron. Ma consolation est que je puis aller où je veux , je n'ai pas grand'chose à perdre.
WERNER
Et moi... rien.
GABOR
C'est encore plus dur... Vous avez été soldat, avez-vous dit ?
WERNER
Je l'étais.
GABOR
Vous en avez encore l'apparence. Tous les soldats sont ou devraient être camarades, même quand ils sont ennemis. Nous croisons nos épées , nous pointons nos canons les uns contre les autres; mais quand une trêve, une paix, ou n importe quoi , fait rentrer le fer dans le fourreau , et fait dormir l'étincelle qui allume la mèche fatale, nous sommes frères. Vous êtes pauvre et infirme... Je ne suis pas riche , mais je me porte bien ; je n'ai nul besoin qui me mette dans l'embarras. ( // lui montre sa bourse. ) Vous manquez de ceci... voulez-vous partager .î'
WERNER
Qui vous a dit que je fusse réduit à la mendicité?
GABOR
Vous-même , en disant que vous étiez soldat en temps de paix.
WERNER le regarde d'un air de méfiance. Vous ne me connaissez pas.î*
GABOR
Je ne connais personne , je ne méconnais pas moi-mêmecomment connaîtrais-je quelqu'un que je ne vois que depuis mie demi-heure?
WERNER
Je vous remercie. Votre offre serait généreuse, même poiuun ami: elle n'a rien d'humiliant pour un étranger, quoiqu'elle ne soit pas prudente ; mais je ne vous en remercie pas moins. Je suis indigent , il est vrai , excepté que je ne demande pas l'aumône; et, quandje demanderai à quelqu'un,
38(; WERNER
ce sera à relui qui fut le premier à m offrir ce que peu tie «(ens obtiennent même avec des prières. Veuillez m'excuseï-.
( Werner sort. ) GABOR , seul.
Voilà un homme de bonne mine , quoique usé , comme tant d'autres, par la peine ou le plaisir, qui nous abrègent notre vie avant le temps : je ne sais lequel des deux, de la peine ou du plaisir, y contribue le plus; mais cet homme paraît avoir eu de meilleurs jours. Et qui n'en peut dire autant quand on a vu le jour d'hier?... Mais voici notre sage intendant avec le vin. Allons, pour l'amour de la coupe, je supportei'ai l'échanson. [ Idenstein entre. )
IDENSTEIN
Le voici... le nectar! il a vingt ans comme un jour.
GABOR
Cet âge-là fait les jeunes femmes et le vieux vin ; et c'est dommage pour ces deux excellentes choses, que les années qui améliorent l'un gâtent l'auti^e... Remplissez jusqu'au bord... A notre hôtesse... votre belle moitié!
( Il prend le verre. )
IDEXSTEIN.
Belle!... fort bien. J'espère que votre goût en vin est égal à celui que vous montrez pour la beauté. Néanmoins je vous ferai raison.
GABOR
Cette jolie femme que j'ai rencontrée dans la salle voisine, et dont l'air, le port et les regards auraient été dignes des beaux jours de ce palais, quoique ses vêtemens répondent davantage à l'état de dégradation où il est, n'est-ce pas votre femme ? Elle m'a rendu mon salut avec une grâce ra vissante.
IDEXSTEIN.
Je voudrais bien être son mari! Mais vous vous êtes trompé... c'est la femme de l'étranger.
A la voir , on la prendrait pour celle d'un piince. Quoi-