ACTE PRKMIKR. nST
que le temps ait onlevc quelque chose à ses charmes, elle conserve encore beaucoup de beauté et de majesté.
inENSTEIN.
C'est plus que je n en pourrais dire de madame Idenstein, du moins pour la beauté : quant à la majesté , elle a quelques uns de ses attributs, dont je lui ferais grâce... Mais peu importe.
GABOR
Très peu. Mais qui peut être cet étranger ? Il a l'air d'être au-dessus de sa fortune.
IDENSTEIN
Ce n'est pas mon avis. 11 est pauvre comme Job, et n'est pas si patient... Mais ce qu'il est... Ma foi, je ne connais de lui que son nom ( et ne le connais que de ce soir).
GABOR
Mais, comment est-il venu ici."*
IDENSTEIN
Dans une vieille calèche, il y a un mois , et il tomba toutà-coup malade... à en mourir... Il ;iurait flù mourir.
GABOK.
Rare sensibilité!... Pourquoi?
IDENSTEIN
Qu'est-ce que la vie sans les moyens de vivre ? Il n'a pas un sou.
GABOR
Si cela est, je m'étonne qu'une personne comme vous, qui paraît avoir tant de prudence, reçoive de tels hôtes dans une aussi noble résidence.
IDENSTEIN
C'est vrai ; mais la pitié , vous le savez , entraîne le cœur dans ces imprudences ; et d'ailleurs ces gens-là avaient encore à cette époque certains objets qui les ont fait vivre jusqu'à présent: je réfléchis donc qu'ils seraient aussi bien logés ici qu'à la petite taverne, et je leur laissai l'usage de quelques chambres les plus délabrées. Ils ont servi à les aérer aussi long-temps du moins qu'ils ont pu payer leur bois.
388 WERNER
GABOR
Pauvres gens !
Oui, très pauvres
IDENSTEIN
GABOR
Et cependant peu faits à la pauvreté , si je ne me trompe. Où vont-ils ?
IDENSTEIN
Le ciel seul le sait , si ce n'est tout droit au ciel. II y a quelques jours que ce voyage-là paraissait le plus probable pour Werner.
Werner!... J'ai entendu ce nom-là... mais c'est peut être un nom supposé.
IDENSTEIN
Vraisemblablement ! Mais écoutez ce bruit ; un carrosse s'approche , et j'aperçois une lumière de torches. A coup sûr son excellence est arrivée. Il faut que je me rende à mon poste : ne venez-vous pas m'aider à le descendre de sa voiture , et lui présenter vos devoirs à la porte ?
GABOR
Je l'ai tiré de sa voiture quand il aurait donné sa baronnie ou son comté pour repousser les flots loin de lui. Il a maintenant assez de valets; ils se tenaient naguère à l'écart, secouant leurs oreilles humides sur le rivage, criant tous : Au secours ! et n'en offrant aucun : et quant aux devoirs, comme vous dites, j'ai fait le mien alors ; maintenant faites le vôtre : partez et amenez-le avec vos humbles saints et en rampant devant lui.
IDENSTEIN
Moi ramper!... Mais je perdrai l'occasion... Au diable! je n'y serai pas à temps. ( Wenier rentre, Idenstein sort. )
WERNER , à part.
J'ai entendu un bruit de voix et de carrosse. Comme tous les bruits me troublent! [Apercevant Gabor.) Encore ici! N'est-ce pas un espion de mon persécuteur? Son offre