‹ Œuvres de Lord Byron (volume 2)Chapitre 216 sur 277 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

WERNER

Parce qu'il n'est qu'une route que le liche et le pauvre doivent faire ensemble. Vous vous en êtes approché il y a quelques heures , et moi il y a quelques jours... Désormais nous prendrons des chemins opposés... quoique tendant au même but.

Votre laniraoc est au-dessus de votre situation.

WERNER, oi'ec une ironie nmère.

Croyez-vous ?

STRALENHEIM

Ou du moins au-dessus de vos habits.

WERNER

Je suis heureux qu il ne soit pas au-dessous, comme il arrive parfois à des gens mieux vêtus. Mais, en un mot , que voulez-vous de moi ?

STRALENHEIM , Slirp/ÏS.

Moi?

WERNER

Oui, VOUS. Je vous suis inconnu; vous me questionnez, et vous êtes surpris que je refuse de répondre... àquelqu'iu» que je ne connais pas moi-même. Expliquez-vous sur ce que vous désirez , et alors je vous satisferai ou me satisferai moimême.

STRALENHEIM

J ignorais que vous eussiez des motifs de secret.

WERNER

Bien des gens en ont... N'en avez-vous pas P

STRALENHEIM

Aucun qui puisse intéresser im étranger.

WERNER

Excusez donc cet inconnu , cet étranger , s'il désire rester tel pour l'homme qui ne peut rien avoir de comnmn avec lui.

STRALENHEIM

Monsieur, je ne veux pas irriter votre humeur sombre...

394 WERNER

Je ne voulais que vous rendre service... Mais, bonne nuit!... Intendant , guidez-nous... ( A Gabor. ) Monsieur , vous venez avec moi ?

[Stralenheiin sort avec ses domestiques , Idenstein et Gabor. ^ WERNER , seul.

C'est lui... je suis pris dans ses embûches. Avant que j'eusse quitté Hambourg , Giulio , son dernier intendant, m'informa qu'il avait obtenu un ordre de l'électeur de Brandebourg pour arrêter Kruitzner (c'était alors mon nom), quand il paraîtrait sur la frontière : la ville libre seule a sauvé ma libellé... tant que je suis resté dans ses murs... Insensé que je suis de les avoir quittés ! Mais je croyais que cet humble vêtement et une route détournée auraient trompé les limiers envoyés à ma poursuite. Que faire ? Il ne me connaît pas personnellement. L'oeil de la seule crainte a pu le reconnaître après vingt années... Nous nous étions vus si froidement et si rarement dans notre jeunesse! Mais les gens qui l'entourent !... Je devine maintenant la cordialité du Hongrois , qui sans doute n'est qu'un instrument et un espion de Stra lenheim, mis en avant pour me sonder et s'assurer de moi... Sans argent!... malade, pauvre... environné par des flots débordés , que les riches mêmes ne peuvent traverser , malgré tous leurs moyens de dompter le péril, en sacrifiant les hommes dont leur or paie la vie... que puis-je espérer ? Il y a une heure, je croyais ma position sans ressource... Maintenant le passé est pour moi un paradis. Un jour de plus , et je suis découvert... à la veille de ressaisir mes honneurs , mes droits , mon héritage , quand quelques pièces d'or pourraient encore favoriser ma fuite.

(^Idenstein entre en causant avec Fritz. )

FRITZ

Sans délai.

IDENSTEIiV.

Je vous dis (jue cela est impossil)le.

FRITZ

Il faut le lenler néannioitis ; et, si un expiés éclioue , \\ en

Page 1