FRIT
Partons.
ULRic , à Idenstein.
Allons , antique oracle , explique ton énigme.
( // sort avec Idenstein et Fritz. )
STRALENHEIM , SeuL
Ce jeune homme a l'air actif et belliqueux ; il est beau comme Hercule avant le premier de ses travaux ; son front, quand il est calme, cache une pensée rêveuse, jusqu'à ce que son œil s'anime quand un autre regard l'interroge. Je voudrais me l'attacher. Jai besoin de quelques esprits de cette trempe auprès de moi ; car cet héritage vaut bien une lutte. Quoique je ne sois pas homme à céder sans une trop vive résistance , tels sont aussi ceux qui viendront peut-être me le disputer... Le jeune homme , dit-on, est brave; mais il a disparu , dans un caprice d'extravagance , laissant au hasard le soin de soutenir ses droits : c'est fort bien... Le père, que j'ai fait suivre depuis quelque temps , comme une proie, par des limiers, m'avait mis en défaut; mais je le tiens ici, et c'est encore mieux. Ce doit être lui... tout me le dit; et ceux que j'ai interrogés me confirment dans cette idée, quoiqu'ils ignorent le but de mes questions. Oui, j'en suis assuré par son aspect, le mystère et l'époque de son arrivée. Je n'ai pas vu sa femme; mais ce que m'a dit fintendant de sa dignité, de son air étranger, me l'a fait reconnaître... Un autre gage , c'est l'antipathie avec laquelle nous nous sommes rencontrés, tels que des lions et des serpens qui reculent en présence les uns des autres, quand un instinct secret les avertit qu'ils sont nés ennemis mortels, sans être destinés à se servir réciproquement de proie... Nous nous mesurerons. Dans quelques heures , si , comme le temps l'annonce, les flots ne s'élèvent pas plus haut, l'ordre arrive de Francfort, et je le tiendrai dans un donjon , où il avouera son état et son nom véritable. Quel mal y auraitil, s'il était tout autre que celui que je soupçonne .•*... Ce vol aussi, à part la perte que je fais, n'est pas un incident mal-
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heureux : il est pauvre , c'est à-dire suspect... il est inconnu, c'est-à-dire sans appui... Nous navons , il est vrai , aucune preuve qu'il soit coupable ; mais quelles preuves a-t-il de son innocence ? S'il était un homme indifférent pour moi dans ma position, je fixerais plutôt mes soupçons sur le Hongrois, qui a quelque chose que je n'aime guère. Seul de tous ceux qui sont ici , excepté l'intendant et les valets du prince et les miens , il a eu accès dans mon appartement... Le voici. ( Gabor entre. ) Ami, comment vous trouvez-vous .•*
GABOR
Comme ceux qui se trouvent bien partout, quand ils ont soupe et dormi, bien ou mal... Et vous, monseigneur?
STRALENHEIiM.
Plus reposé que riche : mon auberge va probablement me coûter cher.
GABOR
J'ai entendu parler de votre perte... c'est une bagatelle pour quelqu'un de votre rang.
Vous penseriez autrement , si la perte vous regardait.
GABOR
Je n'eus jamais une si grosse somme dans ma vie , et par conséquent je ne suis pas à même d'en décider. Mais je venais vous chercher. Vos courriers ont tourné le dos ; je les devance ici.
STRAI-ENHEIM.
Vous !... pourquoi?
GABOR
J'ai été, au point du jouT, épier le mouvement de la rivière , désireux de continuer mon voyage. V^os messagers ont été tous arrêtés comme moi ; et , voyant que la tentative est inutile, j'attends le bon plaisir de l'eau.
STBALENHEIM.
Que les coquins ne sont-ils au fond ! Pourquoi n'ontils pas au moins tenté le passage? je l'avais ordonné à tous risques.
AC TK OEliXlÈME 413
tlABOR.
Si vous pouviez commander à l'Oder de se diviser , comme Moïse à la mer Rouge , et si l'Oder vous obéissait , ils auraient tenté le passage.
STRALENHEIM
11 faut que je voie cela : les (;oquins! les lâches!... mais ils me le paieront. ( Stralenheim sort. )
GAuoR , seul.
Le voilà parti , mou baron féodal , aussi impérieux que noble! 1 abrégé de ce qui nous reste de ces preux chevaliers du bon vieux temps. Hier il aurait donné ses terres, s'il en a , et plus encore , ses seize quartiers, pour une vessie pleine d'air, pendant qu'il étouffait à travers la portière de son carrosse submergé... aujourd'hui il tempête contre ces pauvres diables, parce qu'ils aiment aussi leur vie. Après tout, il a raison... Il est étrange qu'ils y tiennent, quand des êtres tels que celui-ci ont le droit de les faire exposer au gré de leur caprice. O pauvre monde ! tu es vraiment une comédie !
( Gabor sort. )